Confinement : « Laissez-nous travailler ! »… Devant le ministère du Travail, les pros de la restauration et de l’événementiel à l’agonie

REPORTAGE Les indépendants de la restauration et de l’événementiel manifestent de plus en plus leur désespoir. Comme ce lundi, devant le ministère du Travail

Romarik Le Dourneuf

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Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre
Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre — R.LE DOURNEUF
  • A l’appel de l’Umih et du GNI, commerçants et indépendants se sont rassemblés ce lundi sous les fenêtres du ministère du Travail.
  • Restaurateurs, hôteliers, personnels de la restauration en événementiel… Tous réclament des aides supplémentaires.
  • Pour les professionnels de la nuit, c’est un dialogue avec les autorités qui est demandé.

« Laissez nous travailler !! » De l’écran géant aux banderoles en passant par les t-shirts, le slogan s’affiche partout, ce lundi, sur l’esplanade des Invalides, à Paris (7e arrondissement). Venus de la France entière à l’appel de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) et du Groupement national des indépendants (GNI), commerçants et indépendants sont rassemblés sous les fenêtres du ministère du Travail. Et sous une pluie d’automne qui ne les a pas découragés.

Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre
Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre - R.LEDOURNEUF

Les restaurateurs en tête de file

Au premier abord, l’ambiance est bon enfant : musique à fond, food trucks et rires de retrouvailles. Mais la colère des manifestants est palpable une fois dans la foule. Les pancartes parlent de « massacres », de destruction, de pendaison… « Les termes sont forts, mais c’est parce qu’on est vraiment à l’agonie », explique Julie, restauratrice non-syndiquée.

Les restaurateurs, justement, sont nombreux. Avec les cafetiers, ils sont au centre des discussions depuis le début de la crise du coronavirus. Yvon, patron d’une brasserie dans les Hauts-de-France, aurait préféré ne pas devoir parler de sa corporation : « Le gouvernement, avec ses annonces, laisse planer l’idée qu’on pourrait s’en sortir avec les aides et la vente à emporter. Mais si ça limite les dégâts chez certains, la majorité d’entre nous meurt à petit feu ». Yvon, comme ses collègues, demande plus. Et c’est Denis Allegrini, président de l’Umih dans le Gard, qui résume les besoins : « Nous voulons les moyens de pérenniser les entreprises. Un vrai plan de soutien, pas des aides mais des indemnisations. On arrive à la fin des PGE [Prêts garantis par l’Etat] et nos trésoreries sont à bout de souffle. Or, il va falloir les rembourser et beaucoup en sont incapables. » Le responsable syndical souhaite avoir davantage de visibilité sur les étapes à venir. Sachant que la date du 20 janvier évoquée par Emmanuel Macron, il n’y croit pas vraiment.

Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre
Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre - R.LEDOURNEUF

L’événementiel se sent oublié

Derrière les restaurateurs et les hôteliers, d’autres filières, présentes ce lundi, souffrent aussi. C’est le cas des membres de l’Organisation des personnels de la restauration en événementiel (OPRE). Ces travailleurs, qui bénéficiaient jusqu’en 2014 du statut d’intermittent de la restauration, sont désormais assimilés à des chômeurs actifs. Maîtres d’hôtels, femmes de chambre, plongeurs, ils n’ont pu travailler depuis le 1er mars. « Comme nous n’avons pas droit au chômage partiel, beaucoup d’entre nous se retrouvent dans une grande précarité, raconte Nicolas, porte-parole de l’OPRE. Certains doivent vendre leur maison, d’autres tombent en dépression. » Pour ces « extras », les difficultés pourraient durer encore longtemps, selon Nicolas : « Nous ne serons pas concernés par la réouverture des restaurants le 20 janvier. Pour nous, ce ne sera pas avant avril ». Pour éviter que le « désastre » ne se poursuive, l’OPRE demande que le statut d’intermittent soit rétabli et qu’une année blanche, comme pour les intermittents du spectacle, soit accordé.

Les intermittents du spectacle, d’ailleurs, sont aussi là, devant le ministère. Margaux, « ingé son », demande une seconde année blanche : « A regarder l’évolution de l’épidémie, les spectacles ne vont pas redémarrer de sitôt. Pour le moment, on survit, mais si ça s’arrête, on va couler à pic ». D’autres ne peuvent même pas compter sur les aides du gouvernement. C’est le cas de Joël, standiste autoentrepreneur : « Il n’y a plus un salon depuis mars. Donc plus un euro qui rentre. Et comme je suis indépendant, je n’ai le droit à aucune aide. Je nourris ma famille avec de l’argent prêté par des amis. Mais ça ne va pas pouvoir durer… »

Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre
Les hôteliers et professions de l'événementiel se sont regroupées devant le ministère du Travail ce lundi 14 décembre - R.LEDOURNEUF

« Est-ce qu’il restera des sociétés et des travailleurs ? »

Johanna, elle, est manager dans une société de sécurité. En CDI et bénéficiant du chômage partiel, elle est venue défendre son équipe, dont la plupart des membres sont vacataires : « Notre secteur est particulièrement sinistré. Certaines entreprises ont eu des pertes de 70 à 100 % depuis le premier confinement ». Beaucoup de ces travailleurs sont obligés de se tourner vers d’autres domaines, ce qui inquiète d’autant plus Johanna : « Avec les grands événements à venir, la coupe du monde de rugby en 2023​, les Jeux Olympiques en 2024, on va avoir besoin de sécurité. Mais est-ce qu’il restera des sociétés et des travailleurs ? »

Des travailleurs, Matthieu Le Brun, patron de la discothèque le Milton Club, à Saint-Lô, et porte-parole des discothèques de Normandie et de Bretagne, pourrait en perdre un certain nombre lui aussi. Fermé depuis neuf mois, il considère son secteur comme le « grand oublié » de la crise. Conscient des risques sanitaires, il ne demande pas à rouvrir tout de suite, mais aimerait que des discussions puissent être entamées : « On aimerait au moins discuter. Travailler avec des médecins, des ministres, pour regarder comment on pourrait ouvrir (…) On n’est responsable ni de la première vague, ni de la deuxième… Nous étions fermés avant les pics. Et pourtant, on nous montre du doigt comme les vilains contaminateurs ».

Sa colère porte notamment sur une étude américaine qui aurait servi à justifier la fermeture des restaurants, des bars et donc des discothèques : « Aucune étude n’a été faite en France. Et maintenant, on voit des fêtes clandestines qui dépassent les forces de police. Sans parler des petites fêtes que chacun fait avec ses amis tous les samedis… » D’où son souhait : un test grandeur nature, encadré par les professionnels de la nuit. Dès le début de l’année 2021.