Brexit : « Il va y avoir des coûts supplémentaires »… Les entreprises françaises sont-elles prêtes à faire face?

VOS PAPIERS La sortie définitive du Royaume-Uni de l’UE va complexifier certaines procédures

Nicolas Raffin

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Bruno Le Maire et Alain Griset visitent en septembre 2020 l'usine Klubb, spécialisée dans la fabrication de nacelles élévatrices, a Ferrieres en Brie.
Bruno Le Maire et Alain Griset visitent en septembre 2020 l'usine Klubb, spécialisée dans la fabrication de nacelles élévatrices, a Ferrieres en Brie. — Vincent Loison/SIPA
  • Le Royaume-Uni sera définitivement séparé de l’UE le 1er janvier 2021.
  • Un accord commercial paraissant de plus en plus improbable, les relations avec le pays seront régies par les règles de l’OMC.
  • Cela implique de nombreux changements pour les entreprises françaises habituées à exporter Outre-Manche.

Le Brexit, c’est très long, surtout vers la fin. Quatre ans et demi après le vote des Britanniques, les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne patinent toujours, et la possibilité de voir un accord commercial signé avant fin décembre s’éloigne de plus en plus. Ce vendredi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a officiellement reconnu qu’il avait « plus de probabilité pour un no deal que pour un deal ». Comme l’a convenu le Premier ministre britannique Boris Johnson, ce week-end sera celui de la dernière chance pour trouver un accord.

Faute de quoi, le 31 décembre 2020 à minuit, le Royaume-Uni sortira définitivement du marché unique et de l’union douanière. Il deviendra, pour les Européens, un « pays tiers », avec qui les échanges seront soumis aux règles définies par l’Organisation mondiale du commerce. Pour les 30.000 entreprises françaises qui vendent des biens et des services de l’autre côté de la Manche, c’est un vrai bouleversement. Et encore plus pour les 2.000 structures qui réalisent plus de 50 % de leurs exportations vers le Royaume-Uni. « Quoi qu’il arrive (…) les choses vont changer radicalement » a prévenu Franck Riester, ministre délégué au commerce extérieur, lors d’une visite à Rungis en décembre.

Des délais de traitement plus longs

En effet, selon une étude de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Auvergne-Rhône-Alpes publiée en octobre, « une trentaine de produits ou de catégories de produits fortement exportés de la France vers ce pays pourraient subir des droits de douane à l’avenir, sur la base du tarif publié par le Royaume-Uni en mai 2020 et présenté à l’OMC. Cela toucherait plus de 14 milliards d’euros d’exportations françaises au Royaume-Uni (soit 43 % du total des exportations de la France vers ce pays) ».

A cette augmentation des coûts viendra s’ajouter un possible allongement des procédures de validation et des délais de livraison. En effet, la multiplication des contrôles douaniers devrait mécaniquement allonger le temps de passage à la frontière. Le Royaume-Uni l’a déjà anticipé, en construisant des nouvelles routes et des parkings tout neufs à proximité des ports de marchandise, comme celui de Douvres. En France, les premiers embouteillages de poids lourds sont déjà une réalité, car les Britanniques constituent des stocks en prévision du Brexit.

Respecter la norme

Tous ces changements montrent la nécessité qu’ont les entreprises françaises à se préparer rapidement pour un « no-deal ». Comme souvent, il y a de bons élèves qui sortent du lot et d’autres qui se cachent près du radiateur. Klac Industrie se range dans la première catégorie. Cette entreprise de 270 salariés implantée dans le Loiret produit et exporte des accessoires pour les engins de chantier.

« Nous allons avoir deux gros impacts liés au Brexit, prévoit Sophie Chevallier, responsable administrative et financière de la société. D’abord, le marquage « CE » ne sera plus accepté au Royaume-Uni. Il sera remplacé par une nouvelle norme (UKCA), qu’il faudra respecter si nous voulons continuer à exporter. Ensuite, il faudra voir si nous devons redéposer des brevets pour protéger nos outils. Cela entraînera forcément du travail et des coûts supplémentaires ».

Même son de cloche chez Digiplast, qui fabrique des plaques alvéolaires en plastique dans le Nord. Lors d’une visite d’Alain Griset, ministre délégué aux PME, fin octobre sur leur site, le patron de l’entreprise avait détaillé les mesures prises. « Deux de nos collaborateurs travaillent [sur le Brexit] depuis février 2019, expliquait à la Gazette du Nord-Pas-de-Calais Vincent Boggio, le directeur du site. Nous sommes prêts désormais pour toute la partie administrative et douanière. Nous avons anticipé un délai de livraison d’un jour supplémentaire en raison des formalités. »

Les risques du retard

Toutes les entreprises ne sont pas aussi bien préparées. Alain Griset s’en était d’ailleurs alarmé, à l’occasion de sa visite dans le Nord. « Peu d’entreprises sont prêtes [pour le Brexit] (…) Nous ne devons pas faire d’angélisme et nous laisser dépasser par des concurrents européens qui auraient mieux anticipé que nous. » Le risque, en cas d’impréparation, c’est en effet de perdre des parts de marché et donc d’avoir une baisse potentielle du chiffre d’affaires.

La CCI Auvergne-Rhône-Alpes tirait les mêmes conclusions dans son étude parue en octobre : « si certaines activités devraient pouvoir supporter de telles taxes, pour d’autres cela ne pourrait se faire sans répercussion sur le client [via des augmentations de prix], avec des risques d’atteinte à la compétitivité, de perte de débouchés et de renoncement à la présence sur ce marché. »