Brexit : Doit-on craindre une hausse du prix du poisson en cas de « no deal » ?

BRAS DE FER Les négociations sur le Brexit continuent de patiner, avec notamment un blocage concernant les zones de pêche

Romarik Le Dourneuf
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L'ombre d'une flambée des prix plane sur le poisson si le Brexit n'aboutissait pas à un accord (Illustration)
L'ombre d'une flambée des prix plane sur le poisson si le Brexit n'aboutissait pas à un accord (Illustration) — P.Magnien
  • La rencontre mercredi entre Boris Johnson et Ursula Von der Leyen n’a pas fait avancer les négociations au sujet de la pêche dans les eaux britanniques.
  • Avec ou sans accord, le Brexit pourrait-il aboutir à une augmentation des prix du poisson pour le consommateur européen ?
  • Difficile à dire, sachant des espoirs d’accords, étatiques ou privés, pourraient voir le jour.

On ne sait pas si les produits de la mer étaient au menu du dîner partagé mercredi soir entre le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et  Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Mais une chose est sûre : à une vingtaine de jours de la fin de la période de transition du Brexit, et avec la menace d’un no deal en toile de fond, ils ont parlé pêche.

C’est l’un des principaux points de blocage entre les deux parties : l’accessibilité, ou non, des eaux territoriales britanniques aux bateaux des pays membres de l’Union européenne. Comme depuis le départ, Londres et Bruxelles sont restés sur leurs positions, laissant planer un doute sur l’avenir de la pêche européenne. Et donc sur la consommation en Europe. En cas de non accord, faut-il alors craindre une hausse des prix du poisson ?

Petit poids économique, mais symbole fort

A compter du 1er janvier 2021, soit la fin programmée de la période de transition vers le Brexit, le Royaume-Uni veut reprendre la main sur ses eaux territoriales. Si la pêche ne représente que 0.1 % de son économie, ce secteur pèse considérablement dans les négociations avec l’UE. D’abord parce que 60 % des volumes pêchés dans ses eaux chaque année, soit 760.000 tonnes de poisson, le sont par des bateaux non-britanniques. Et parce que le Royaume-Uni exporte 80 % de sa pêche, essentiellement vers les pays de l’UE.

Par ailleurs, les eaux britanniques sont parmi les plus généreuses du monde, et leur inaccessibilité pourrait causer des remous au regard des conflits commerciaux déjà survenus par le passé. Enfin, c’est une question d’avenir pour les états membres de l’UE : le réchauffement climatique pousse les poissons à toujours plus migrer vers le nord. Donc vers les eaux britanniques.

La Commission européenne l’a elle-même admis récemment : « Compte tenu de l’importance de la pêche pour la subsistance économique de nombreuses communautés, il est nécessaire de faciliter les procédures d’autorisation des navires de pêche. »

Trop tôt pour se prononcer

Autant de questions qui ne préoccupent pas que les dirigeants de l’UE et les pêcheurs. Car l’issue finale des négociations pourrait avoir un impact sur les étals, et donc sur le portefeuille du consommateur . « Il est encore trop tôt pour se prononcer, mais on peut s’attendre à des conséquences sur les offres », confirme Thierry Desouches, porte-parole du groupe Système U. Comme d’autres acteurs de la grande distribution, qui se gardent tous de faire un pronostic, il s’inquiète. Car les conséquences d’un no deal pourraient être nombreuses.

En premier lieu : une augmentation du prix du poisson à cause de sa raréfaction. Dans le pire des cas (pour les Français), le Royaume-Uni récupère en effet l’exclusivité de la pêche dans ses eaux. Et comme la capacité des chalutiers britanniques est moindre que celle des Etats membres de l’UE, moins de poissons seraient pêchés, et donc disponibles à l’achat. L’Union européenne a proposé de réduire ses quotas à 60 % de sa pêche actuelle, une offre jugée excessive par Boris Johnson.

Autre effet possible : une hausse des prix due à une redevance que les pêcheurs européens pourraient verser au Royaume-Uni en échange du droit à prélever dans les eaux britanniques. Des pourcentages de 15 ou 18 % du montant des pêches effectuées ont été évoqués par Londres. Et ces montants seraient probablement répercutés sur le prix de vente final. De même que d’éventuels droits de douane sur les poissons pêchés par les Britanniques et vendus en Europe, le Royaume-Uni ne faisant plus partie du marché commun.

Des espoirs tout de même

Mais l’espoir de ne pas voir le prix du poisson s’envoler subsiste au sein de la la grande distribution. La solution recherchée par l’Union européenne reste un accord qui permettrait aux pêcheurs des Etats membres de continuer leurs activités, moyennant des contreparties. Comme évoqué plus haut, le Royaume-Uni exporte 80 %, dont une grande partie vers l’UE. Pour profiter de leurs eaux foisonnantes, les pêcheurs britanniques devront donc trouver un moyen de vendre leurs poissons.

Pour cela, ils font appel à des mareyeurs (des grossistes en produits de la mer). Ces derniers vont chercher à obtenir des accords pour éviter une flambée des prix. Et les acteurs de la grande distribution doutent de la capacité des Britanniques à pouvoir fournir toute l’Europe par leurs seuls moyens. Ils espèrent donc qu’à défaut d’un accord institutionnel, des accords commerciaux entre partenaires privés du Royaume-Uni et d’Europe puissent être trouvés pour continuer à fournir du poisson sur le continent à des prix équivalents au cours actuel.