Illustration d'un élevage de porcs, ici en Bretagne.
Illustration d'un élevage de porcs, ici en Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes

AGRICULTURE

Bretagne : La fête est finie pour les producteurs de porcs avec des prix qui replongent

Le marché a été impacté par l’épidémie de coronavirus et la fièvre porcine africaine

  • Après 18 mois d’envolée des prix, le marché du porc replonge.
  • Plusieurs facteurs expliquent cette baisse des prix avec notamment la crise du cornavirus et l’épidémie de fièvre porcine africaine qui touche l’Allemagne.
  • Durement touché par la fièvre porcine, la Chine est également en train de reconstituer son cheptel.

Pour les producteurs de porcs français, l’heure n’est plus à la fête. Entre l’épidémie de coronavirus, la fièvre porcine africaine qui frappe l’Allemagne et la Chine qui reconstitue son cheptel, les mauvaises s’accumulent en cette fin d’année. « On a profité de l'embellie depuis 18 mois mais c’est passé », constate Paul Auffray, président de l’Institut français du porc.

A l’automne 2019, le prix de vente a flirté avec le 1,70 euro le kilo, un prix jamais atteint depuis 2012. Mais le cours n’a depuis cessé de se replier progressivement. Lundi, lors de la dernière cotation au Marché du porc breton (MPB), le cours s’est établi à 1,201 euro le kilo, le plus bas depuis mars 2019 et inférieur aux coûts de production. « Tous les signaux sont à l’orange », confirme Pascal Le Duot, directeur du MPB.

Les prix s’étaient envolés en raison de la fièvre porcine africaine

L’embellie du cours du cours du porc était pour une large part due à la fièvre porcine africaine qui a frappé la Chine en 2018. Le premier producteur mondial a ainsi été contraint d’abattre les animaux des élevages contaminés, réduisant sa production de près d’un tiers. Mais la Chine est aussi le premier consommateur mondial de viande de porc. Pour continuer à alimenter son marché intérieur, elle s’est donc résolue à importer davantage, dopant les cours pendant des mois.

Retour de balancier, la découverte récente de cas de fièvre porcine africaine en Allemagne, premier producteur de l’Union Européenne, a déstabilisé le marché européen. « Je suis très en colère contre les Allemands : contrairement à la France, ils n’ont rien fait pour protéger leurs élevages ! », accuse Paul Auffray.

Pas de débouchés dans la restauration

Conséquence de cette épidémie, plusieurs pays extra-européens, dont la Chine, ont suspendu leurs importations en provenance d’Allemagne. Celle-ci s’est retrouvée privée de son principal débouché à l’export, la Chine, et s’est repliée sur le marché européen, entraînant les prix à la baisse, dans la tendance des cours mondiaux du moment.

A cette offre pléthorique sur le marché européen est venu s’ajouter le deuxième confinement en France intervenu fin octobre. Ce dernier « a de nouveau privé les entreprises de débouchés sur le secteur de la restauration hors foyer (RHD) que la hausse des achats des ménages n’a pu compenser », note le Marché du porc breton.

La Chine sur le point de reconstituer son cheptel

Autre mauvaise nouvelle pour les producteurs français, le cheptel chinois décimé est en voie de reconstitution, plus rapidement qu’attendu. Le ministère chinois de l’Agriculture et des Affaires rurales, cité par la presse agricole, fait état de « neuf mois de croissance consécutifs » de son cheptel porcin à fin septembre. « Il faut toujours se méfier des annonces officielles (…) C’est une façon de faire pression sur les cours », analyse Pascal Le Duot.

Dans ce contexte, « pas facile de faire des pronostics » sur les perspectives qui s’offrent aux producteurs, note Paul Auffray, pour lequel le marché européen est durablement déstabilisé par l’épidémie de fièvre porcine en Allemagne. « Compte tenu de cette situation exceptionnelle, entre FPA, Covid, évolution de la consommation, il est quasiment impossible » de se projeter, souligne-t-il.