Marseille : Les Parisiens privilégient désormais la cité phocéenne à Bordeaux pour leur déménagement

DEMENAGEMENT Selon une étude réalisée par une plateforme de réservation de déménageurs, les Parisiens privilégient désormais Marseille à Bordeaux pour changer de ville

Adrien Max

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Le Vieux-Port de Marseille et la bonne mère.
Le Vieux-Port de Marseille et la bonne mère. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Selon une étude réalisée par Nextories, une plateforme de réservation de déménageurs en ligne, 9,3 % des Parisiens déménagent vers Marseille contre 7,8 % pour Bordeaux.
  • C’est la première fois que Marseille détrône Bordeaux dans son attractivité auprès des Parisiens.

« C’est moins cher, il fait plus beau, il y a la mer, et les gens sont plus relax ! » Autant de raisons imparables qui poussent désormais les Parisiens à venir à s’installer à Marseille. Déjà très largement squattée cet été par les vacanciers, dont beaucoup d’habitants de la région parisienne, Marseille est à la mode. Dingue quand on pense qu’il n’y a même pas une dizaine d’années les réponses auraient été plutôt de cette facture : « C’est sale, dangereux, et les Marseillais sont spéciaux ».

Laetitia est de ceux qui ont récemment franchi le pas, en tout début d’été : « C’était une réflexion d’un an. J’ai bénéficié d’une mutation professionnelle et j’habite un appartement dans le 9e arrondissement entre colline et village. Je voulais une autre vie, tournée vers la nature, la mer et surtout le soleil. Cela fait maintenant cinq mois et je ne regrette absolument pas mon choix ».

Virginie ne pensait pas que Marseille pouvait être aussi accueillante, elle qui ne connaissait pas la ville. « Mon mari a obtenu un poste. Marseille n’était pas du tout notre souhait, étant moi-même originaire de Bordeaux. Je pensais qu’il n’y avait pas d’avenir professionnel pour moi dans cette ville. Quelle erreur ! Je suis dans le dentaire et j’ai trouvé du travail tout de suite, nous avons trouvé rapidement un grand appartement au prix d’un studio dans le 20e à Paris ou un 2/3 pièces à Bordeaux. Nous allons à la mer à pieds nous baigner, faire des balades. Il fait très beau presque toute l’année. Pour ma part, moi qui ne voulais pas partir de Paris, je n’y retournerai jamais y habiter et même pour aller à Bordeaux, je ne quitterai pas Marseille », confie-t-elle.

Première fois que Bordeaux chute pour Marseille

Cet attrait des habitants de Paris pour Marseille est grandissant. C’est ce que montre une étude réalisée par Nextories, une plateforme de réservation de déménageurs en ligne, auprès de 1.017 personnes représentatives de la population française. Et les Parisiens déménagent pour 9,3 % d’entre eux dans le département des Bouches-du-Rhône, ce qui est fait la première destination de départ, hors Ile-de-France.

Pour cette année 2020, suivent 7,8 % pour Bordeaux et la Gironde, et 7 % pour la région lyonnaise. En 2019, ils étaient 10,5 % à partir vers Bordeaux, 9,2 % vers Lyon et seulement 8,6 % vers Marseille.

« Bordeaux était à la première place depuis plus de trois ans, c’est la première fois que Bordeaux chute pour Marseille. A voir s’il s’agit d’une évolution ponctuelle, comme ça a pu être le cas avec la Bretagne, ou si c’est une tendance plus marquée », cadre Julien Bardet, co fondateur de Nextories.

« Marseille regagne ses lettres de noblesse »

Cette tendance est également observée chez les professionnels de l’immobilier. « On constate effectivement un regain d’attractivité pour Marseille de la part, entre autres, des Parisiens. Le marché bordelais est verrouillé, il y a moins de possibilités intéressantes : Bordeaux est plus cher que Marseille et Lyon est aussi bien bordé. Marseille est la ville où il y a le plus de potentiel et la proximité avec les Calanques y joue », relate Jean-Luc Lieutaud, président du pôle territorial Paca au sein de l’Union des syndicats de l’immobilier (Unis).

Et ces nouveaux acquéreurs ne sont pas là que pour investir. « Il y a un peu de tout. Certains s’installent à Marseille pour y travailler, le développement du télétravail y est pour quelque chose, d’autres font le choix d’une résidence secondaire. Et environ 60 % font de l’investissement, ce ne sont pas les mêmes coûts qu’à Bordeaux ou à Lyon. Il y a aussi des retraités qui font le choix de venir s’installer à Marseille. Nice ou Cannes offrent mois d’attractivité. Ici il y a quand même des salles de théâtre, de spectacle. Marseille regagne ses lettres de noblesse », constate-t-il.

« Cette ville, c’est pas pour les fragiles »

Mais tout n’est pas non plus idéal, et certains se heurtent à certaines réalités comme celles du manque de transports, la pollution ou encore l’état des écoles. « Se faire aux incivilités, au manque d’organisation de la ville n’est vraiment pas facile. Même trier ses poubelles paraît relever du parcours du combattant », explique Aurore qui trouve tout de même la ville très agréable depuis dix ans. « Il faut se faire sa propre opinion de cette ville si critiquée et pourtant si magique. Il faut s’y intéresser et prendre le temps de connaître l’histoire de Marseille et ses habitants », rappelle Laetitia.

Des habitants qui eux, en revanche, ne voient pas forcément ce regain d’attractivité d’un bon œil. « Je ne sais pas si, pour nous, Marseille, c’est une bonne nouvelle », s’interroge Jo. « Cassez vous les Parigos, cette ville c’est pas pour les fragiles y a pas de métro, pas de boulot et que trois Monoprix », résume, un brin en colère, un Marseillais qui, comme d’autre, a peur que sa ville se « boboïse ».