Confinement : Shopopop, le « Blablacar des livraisons », tire son épingle du jeu pendant la crise

COMMERCE La plateforme se déploie partout en France grâce à ses livraisons de courses ou colis effectuées par des particuliers

Frédéric Brenon

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Illustration d'une livraison récupérée par un utilisateur Shopopop, devant un supermarché.
Illustration d'une livraison récupérée par un utilisateur Shopopop, devant un supermarché. — Shopopop
  • Shopopop est une plateforme collaborative basée à Nantes.
  • Elle offre des solutions de livraisons à un millier de magasins partenaires, notamment les enseignes de la grande distribution.
  • Les livraisons à domicile se développent fortement dans le contexte de la crise sanitaire.

Elle se présente comme « le BlaBlaCar des livraisons » dans la mesure où son fonctionnement « ressemble à celui du covoiturage ». Quatre ans après un lancement limité à l’Ouest de la France, la start-up nantaise Shopopop connaît un essor national que la crise sanitaire n’a fait qu’amplifier. « On a multiplié par deux nos volumes quotidiens de livraisons cet automne. On les a même multipliés par quatre au printemps. On fait clairement partie des entreprises qui sont impactées positivement par le contexte », se réjouit, sans fanfaronner, Johan Ricaut, cofondateur de Shopopop.

La plateforme de l’entreprise réunit des automobilistes intéressés pour effectuer des livraisons pour le compte de magasins partenaires. Si la course proposée par le commerce lui convient, le conducteur se charge lui-même, avec son véhicule personnel, de récupérer la commande et de l’acheminer à l’adresse du client, moyennant, bien sûr, une petite rémunération.

« Des actifs profitant de leurs trajets domicile-travail »

Séduites par la flexibilité du concept, les principales enseignes de la grande distribution (E.Leclerc, Carrefour, Intermarché, Système U…) font désormais appel à Shopopop. Des boutiques indépendantes sont aussi partenaires. « Leurs besoins de livraisons ont beaucoup augmenté ces derniers mois, explique Johan Ricaut. On a aussi dû répondre à de nouveaux commerces cherchant des solutions. L’intérêt de notre plateforme, pour eux, est de ne pas avoir à investir dans des infrastructures. Nous sommes aussi capables d’absorber des pics de charge. » Shopopop se rémunère en vendant aux distributeurs des abonnements à un tarif représentant en moyenne 2 euros par livraison. Quant au coursier amateur, il est dédommagé par le client, généralement entre 5 et 9 euros.

Plus de 730.000 livraisons de courses ou de produits divers ont ainsi déjà été effectuées par ce moyen. Le nombre de coursiers inscrits (les « shoppers ») avoisine, lui, 75.000. Ceux-ci effectuent en moyenne moins de neuf prestations par mois. « Il s’agit souvent d’actifs profitant de leurs trajets domicile-travail pour livrer. On a aussi pas mal d’étudiants et de jeunes retraités. Notre promesse, c’est d’être capable de livrer le client en deux heures maximum. Pour le moment, notre réseau nous permet de la tenir sans problème. Il y a peu d’acteurs de la logistique qui sont capables de le faire », commente Johan Ricaut.

A la conquête de l’Europe

Le déploiement de Shopopop est parfois critiqué pour concurrencer le recours à des chauffeurs-livreurs professionnels. En réponse, Johan Ricaut souligne que sa plateforme « soutient le commerce local » et « optimise les trajets réels au lieu d’ajouter des camions sur la route ». Le dirigeant se défend aussi contre une volonté d'uberisation. « Ce n’est ni notre objectif, ni nos valeurs. On préfère avoir plein d’utilisateurs peu assidus plutôt que de créer une dépendance chez quelques-uns. » Des algorithmes permettent, par exemple, de « réguler l’usage » en pénalisant l’accès des shoppers commençant à générer trop de revenus.

Pour 2021, Shopopop, qui table sur 6 millions d’euros de chiffres d’affaires cette année, espère étendre sa présence géographique en doublant son nombre de magasins partenaires pour parvenir à un total de 2.000 points de vente. La société, qui emploie 47 personnes quartier Haluchère à Nantes, souhaite également poursuivre son développement en Europe (Italie, Portugal, Belgique). « La livraison à domicile a encore un gros potentiel de développement, considère Johan Ricaut. Beaucoup d’acteurs s’y mettent. »