Coronavirus : Faut-il se dépêcher d’envoyer ses cadeaux de Noël pour éviter les retards de livraison ?

LOGISTIQUE Le nombre de colis expédiés est en très forte augmentation cette année

Nicolas Raffin

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Un centre de tri de colis de La Poste, près de Toulouse.
Un centre de tri de colis de La Poste, près de Toulouse. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Le confinement a fait exploser le nombre de colis envoyés.
  • La Poste a recruté des milliers de personnes pour assurer la logistique sur la fin d’année.
  • Mais les syndicats pointent le manque d’effectif et le risque d’épuisement des équipes sur le mois de décembre.

La dernière console de jeux ou le mug « Super Papa » seront-ils au pied du sapin le 25 décembre ? Ou bien passeront-ils Noël au fond d’un carton, stockés dans un entrepôt ? Comme chaque année, respecter les délais d’envoi des cadeaux est un vrai casse-tête pour les entreprises de livraison, confrontées à des flux massifs de colis à traiter sur une période très courte (ou « peak periode », dans leur jargon). Déjà délicat en temps normal, l’exercice est devenu encore plus compliqué avec le coronavirus.

Avec le confinement et les magasins fermés en novembre, les Français ont en effet pris l’habitude de commander massivement en ligne, multipliant ainsi le nombre de colis à traiter. Dans une communication vidéo postée au début du mois de novembre, Xavier Mallet, le directeur général de Colissimo, résumait les enjeux pour la fin d’année : « c’est 100 millions de colis à livrer sur novembre et décembre, deux fois plus qu’il y a cinq ans, 30 % de plus que l’année dernière […]. En France, on vit trois années de croissance en une seule. […] Les attentes de nos clients sont immenses, les e-commerçants bien sûr, mais aussi les magasins qui ont monté des canaux Internet pour continuer à vendre. »

« Il faut mieux les envoyer maintenant plutôt que le 15 décembre »

C’est donc toute la chaîne logistique – collecte, tri, distribution – qui se retrouve en tension. De quoi craindre des retards de livraison d’ici à Noël ? Une hypothèse confirmée par… le PDG de La Poste lui-même, fin novembre, sur le plateau de Quotidien. Interrogé sur la difficulté de livrer à temps au vu du volume exceptionnel de colis, Philippe Wahl répondait : « Ils vont tous arriver le mieux possible. […] Un peu de retard peut-être. ». Interrogé par 20 Minutes, le service communication précise: « La Poste garantit la livraison des Colissimo au pied du sapin pour tous les colis envoyés avant le 21 décembre ». 

L’entreprise a pourtant prévu des renforts pour gérer la période des fêtes. Près de 9.000 intérimaires ou CDD ont été recrutés et sont répartis sur les centres de tri, aux guichets des bureaux de poste ou encore à la livraison. En outre, La Poste a aussi anticipé la croissance « naturelle » de l’activité colis (+11 % chaque année depuis 2014) en ouvrant plusieurs nouvelles plateformes, comme celle de Douvrin (Nord), capable de traiter 350.000 colis par jour.

Des facteurs surmenés ?

Et pourtant, tous ces efforts pourraient ne pas suffire. « On ne peut pas mettre plus que ce peut contenir le tuyau. A un moment donné, ils ne pourront sûrement pas tout prendre, confie un syndicaliste du groupe à 20 Minutes. Mais ils ne peuvent pas le dire officiellement. Donc il va falloir prioriser. » Prioriser, cela veut dire privilégier la livraison des colis au courrier classique, notamment pour les facteurs chargés de faire des tournées « mixtes » (colis et courrier).

« Les premiers retours qui nous parviennent font état de facteurs enterrés sous le travail, témoigne Jean-Philippe Lacout, du syndicat Force Ouvrière. Alors oui, ils vont faire leur maximum parce qu’ils sont attachés à l’entreprise et qu’ils veulent que tout le monde ait ses cadeaux. Mais ils vont forcer, et puis immanquablement le physique finit par lâcher. Après les fêtes, avec le relâchement, vous avez le risque que le taux d’absentéisme augmente à cause du surmenage. »

Des effectifs insuffisants ?

Les syndicats estiment donc que les 9.000 personnes supplémentaires annoncées par la Poste ne suffiront pas pour traiter tous les colis à temps. Pour Force Ouvrière, il faudrait « 4.000 à 5.000 personnes » en plus. Sud PTT va encore plus loin et demande « 20.000 personnes » en renfort. « Après le premier confinement, 14.000 intérimaires et CDD ont été remerciés, explique Thierry Lagoutte, membre du bureau fédéral. A minima, il faudrait donc réembaucher autant de personnes qu’en mars-avril, en plus des 9.000 recrutements déjà actés ». Le syndicaliste estime aussi que la Poste devrait augmenter la rémunération de ses livreurs sous-traitants, qui opèrent souvent dans les grandes villes : « ils sont payés au colis livré. Si on ne paye pas plus cher, ils ne pourront pas embaucher ou acheter de nouveaux véhicules et cela va dégrader leurs conditions de travail déjà très difficiles. »

Finalement, le meilleur conseil qu’on puisse donner pour les colis de Noël, c’est celui formulé par le PDG de la Poste fin novembre : « Là où vous pouvez nous aider et vous aider, c’est de les envoyer le plus tôt possible. Il faut mieux les envoyer maintenant plutôt que le 15 décembre, parce que ce sera le pic du pic ». Vous voilà prévenus.