Confinement dans l’Ouest : Privés de marchés de Noël, des commerçants se rebiffent contre l’organisateur

REMBOURSEMENT Après l'annulation des marchés de Noël de Nantes, Angers, ou Le Mans, des commerçants qui y avaient loué un chalet accusent la société 2A organisation de ne pas assez les rembourser

Julie Urbach

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Le marché de Noël de Nantes se tient places Royale et du Commerce.
Le marché de Noël de Nantes se tient places Royale et du Commerce. — F.Brenon/20Minutes
  • La société nantaise 2A organisation, qui gère plusieurs marchés de Noël dans l'Ouest, va rembourser 50% des sommes versés par les exposants, comme le stipule le contrat.
  • Pas assez, dénoncent des commerçants mécontents, déjà fragilisés par la crise.

« Ils m’ont encaissé 10.000 euros, et je n’ai à ce jour rien récupéré ». Alors que le marché de Noël de Nantes aurait dû ouvrir ses portes il y a une semaine, l’ambiance n’est pas vraiment à la fête pour Romain Thibert. Ce commerçant de Saint-Sébastien-sur-Loire, qui vend des crèches et de la déco, a du mal à se relever des annulations ( pour raisons sanitaires) des marchés de Nantes et d’Angers auxquels il devait participer. En cause, selon lui, l’attitude « incompréhensible » de l’organisateur, la société nantaise 2A organisation, qui ne compte pas rembourser plus de 50 % des sommes versées par les exposants pour la location des chalets (Nantes, Angers, Le Mans, Rouen, Boulogne) qu’il gère en France.

Comme lui, une centaine de commerçants mécontents se sont regroupés dans un collectif et demandent aujourd’hui à revoir leur argent… Et ce même si le contrat qu’ils ont tous signé, cet été, mentionnait bien cette retenue en cas d’annulation. « Si on voulait notre place, on n’avait pas trop le choix sinon d’accepter cette clause, estime aujourd’hui Antoine Horel, le porte-parole du collectif. On était optimistes, puis quand les annulations sont tombées, on pensait tous que la société allait intelligemment ouvrir la table des négociations. Au lieu de ça, elle continue à encaisser des chèques, en faisant la sourde oreille. » «C'est faux, répond 2A organisation. Nous veillons à répondre à tous nos clients.»

« On a vraiment les boules »

Déjà fragilisés par la crise, ces commerçants, qui sont prêts à faire une croix sur les quelques centaines d'euros de frais de dossier, demandent à récupérer tout le reste. « Je suis autoentrepreneur, je fais 40 % de mon chiffre grâce aux marchés de Noël habituellement, témoigne Robin Richeux, qui fabrique des ceintures en cuir. Les 2.850 euros investis pour louer mon chalet, c’est une énorme somme ! On a vraiment les boules, on sait que l’on se tire une balle dans le pied en dénonçant la situation, mais ce n’est vraiment pas possible de nous laisser comme ça. »

Une « injustice » que certains jugent carrément « illégale ». Au point d’engager une action en justice en référé auprès du tribunal de commerce de Nantes. « La pandémie était quelque chose de connu, donc le cas de force majeur inscrit dans la clause n’est pas avéré, assure Jacques Chevalier, commerçant à Savenay et à l’origine de la démarche, qui regrouperait une vingtaine d’exposants. Pourquoi 2A garderaient-ils la moitié de la somme alors qu’ils n’ont plus aucun frais de gardiennage, de montage, de logistique… ? C’est extrêmement gonflé. »

La société 2A se défend

Sollicitée par 20 Minutes, la société 2A organisation assure que les commerçants qui n’ont pas encore été remboursés de la moitié de leur versement le seront « dans les jours ou les semaines prochaines ». Cependant, pas question d’aller au-delà de ce qui était prévu initialement. « C’est impossible car cela mettrait notre société en péril, explique Thibault Delourme, le directeur général de cette société de 36 salariés. Nous perdons nous aussi beaucoup d’argent, entre 130.000 et 150.000 euros rien que pour le marché de Noël de Nantes. » Selon lui, il fallait « partager les risques » dans la mesure où « les assurances ne jouent pas le jeu ». 

Une réunion doit avoir lieu en mairie d’Angers ce mardi matin. Nantes métropole, elle, a indiqué travailler sur « un protocole transactionnel » avec la société 2A afin d’effectuer « un effort financier partagé en direction des 116 commerçants ayant réservé un chalet sur le marché de Noël », sans plus de précision.