Coronavirus : L’aide de 900 euros aux saisonniers, vrai coup de pouce ou « effet d’annonce » ?

SOCIAL Le Premier ministre a annoncé jeudi une aide pour les travailleurs saisonniers

Delphine Bancaud

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Une station de sports d'hiver.
Une station de sports d'hiver. — Pixabay
  • Beaucoup de saisonniers ont vu leurs revenus baisser drastiquement cette année.
  • Le gouvernement a annoncé ce jeudi une aide pour les travailleurs précaires, saisonniers, intermittents ou extras avec une « garantie de ressource de 900 euros par mois » jusqu’en février 2021 ;
  • Mais selon plusieurs syndicats, les conditions pour en bénéficier sont trop restrictives, ce qui va réduire de fait le nombre de bénéficiaires.

 

Depuis le début de la crise sanitaire, les saisonniers sont dans le dur : certains n’ont pas été rappelés par leurs employeurs habituels, d’autres ont épuisé leurs droits au chômage… Et nouveau coup de massue annoncé mardi par Emmanuel Macron, puis confirmé par Jean Castex ce jeudi : il n’y aura pas de ski à Noël. « Beaucoup de ces travailleurs étant en couple avec un autre saisonnier, avec parfois des enfants à charge, ces difficultés se cumulent et ils vivent chichement », constate Eric Becker, secrétaire fédéral à Force ouvrière, en charge des saisonniers.

Conscients de cette réalité, le gouvernement a annoncé ce jeudi une aide pour les travailleurs précaires, saisonniers, intermittents ou extras avec une « garantie de ressource de 900 euros par mois » jusqu’en février 2021. La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a précisé dans la foulée que l’aide concernera « ceux qui ont travaillé plus de 60 % du temps en 2019 » et « qui n’ont pas pu travailler suffisamment en 2020 pour recharger leurs droits » au chômage du fait de la crise liée au coronavirus. Une aide qui « sera versée par Pole emploi tous les deux mois », nous précise le ministère du Travail.

« Il faut que le gouvernement revoie sa copie »

Autre condition pour toucher cette aide : « avoir un revenu actuel qui n’excède pas 900 euros par mois », informe le ministère du Travail. La garantie de revenu minimum de 900 euros par mois s’appliquera sur les mois de novembre, décembre, janvier et février et bénéficiera « à près de 400.000 travailleurs précaires, dont 70.000 jeunes », a détaillé la ministre du Travail. Et en cas de reprise d’un emploi par le saisonnier, il pourra encore toucher une partie de cette aide exceptionnelle. L’aide de 900 euros sera alors amputée d’une somme équivalente à 40 % de son salaire. Par exemple, si la personne retrouve un emploi payé 2.000 euros, elle touchera non plus 900 euros d’aide, mais 100 euros.

Ce coup de pouce financier avait été demandé par plusieurs syndicats. Mais pour eux, le compte n’y est pas. « C’est un effet d’annonce, qui ne prend pas en compte la réalité de l’emploi saisonnier en France. Car la condition d’avoir travaillé 60 % du temps en 2019 [60 % des jours de l’année, selon le ministère du Travail] exclut de fait de très nombreuses personnes », estime Antoine Fatiga, représentant CGT de la branche saisonniers. Un avis partagé par Eric Becker : « Il faut que le gouvernement revoie sa copie ; au mieux, un saisonnier travaille 5 ou 6 mois dans l’année ». Et donc moins de 60 % du temps. Une affirmation qui recoupe le portait des saisonniers réalisé par la Dares en décembre 2019. Selon cette étude, si 55 % de ces travailleurs complètent leur activité de saisonnier avec au moins un autre emploi sur une période de douze mois, les 45 % restants n’ont pas d’autre contrat durant l’année.

« Ce n’est pas suffisant pour vivre »

De plus, le montant de l’aide octroyée aux bénéficiaires de cette mesure est jugé trop faible : « Nous avions demandé une aide de 1.500 euros. Car certains saisonniers ont déjà pris un logement en station de sports d’hiver, qui leur coûte de 500 à 700 euros par mois. Donc 900 euros, ce n’est clairement pas la panacée », estime Eric Becker. « Ce n’est pas suffisant pour vivre », renchérit Antoine Fatiga.

Emmanuel Macron a donc annoncé mardi que les stations de sport d’hiver ne seraient sans doute pas ouvertes avant la mi-janvier, mais le gouvernement a incité les employeurs à continuer à recruter dès à présent des saisonniers. « Les professionnels ne doivent pas hésiter à en embaucher, quitte à demander ensuite du chômage partiel », a ainsi déclaré Elisabeth Borne. « Cela leur permettrait de toucher le chômage partiel. Mais beaucoup d’employeurs ne le font pas car ils n’ont pas forcément la trésorerie pour avancer les frais avant de se faire rembourser par l’Etat. Pour qu’ils le fassent, il faut que le gouvernement s’engage à ce que les délais de règlement soient très courts », insiste Eric Becker, qui compte bien interpeller à nouveau l’exécutif sur tous ces points. De même qu’Antoine Fatiga : « On ne veut pas que les saisonniers soient obligés de taper à la porte des Restos du cœur », insiste-t-il.