Confinement : Comment va se passer le report du Black Friday ?

ACHATS En acceptant de reporter le Black Friday du 27 novembre au 4 décembre, Amazon et d’autres enseignes ont voulu régler un problème de concurrence, mais semblent avoir ouvert la porte à bien d’autres complications

Jean-Loup Delmas

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Livraison d'achat en ligne, illustration
Livraison d'achat en ligne, illustration — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Ce jeudi, Amazon France et d’autres enseignes ont annoncé leur décision de reporter le Black Friday d’une semaine, par solidarité avec les petits commerces encore fermés.
  • Ce décalage du 27 novembre au 4 décembre soulève de nombreuses questions tant sur sa faisabilité que sur les conséquences qu’il aura.
  • Comment ce report risque-t-il de se dérouler, tant pour les distributeurs que pour les consommateurs ?

Ce jeudi, Amazon France et d'autres enseignes ont accepté de reporter son Black Friday d’une semaine, passant du 27 novembre au 4 décembre, comme le demandait Bruno Le Maire. « Aujourd’hui, comme d’autres grands distributeurs français et en tenant compte de la recommandation du gouvernement, nous avons décidé de reporter le Black Friday si cela permet aux commerces de rouvrir avant le 1er décembre », justifie le directeur général d’ Amazon France, Frédéric Duval.

Dans les faits, ce report pose de nombreuses questions sur la logistique à venir et les conséquences réelles de cette action. 20 Minutes fait le point sur les enjeux et les possibilités offertes par cette semaine de décalage.

Les autres enseignes vont-elles jouer le jeu ?

Probablement, selon Yves Marin du Cabinet Wavestone, expert de la grande distribution et de la consommation. Les enseignes sont soumises à deux grands enjeux, le commerce évidemment, mais aussi l’image, rappelle l’expert, selon qui le risque de passer pour des agents irresponsables et non-citoyens est beaucoup trop grand pour que d’autres distributeurs français maintiennent leurs propres offres promotionnelles le 27 novembre. D’autant plus depuis qu’Amazon montre l’exemple : « Il y a une crainte d’être ostracisé, d’être la seule enseigne qui est allée à contre-courant et qui a tout gâché à ce qui est vu comme une solidarité avec les petits commerces », appuie Yves Marin.

Comment organiser ce report ?

Cette solidarité va néanmoins virer au casse-tête logistique. Exemple tout simple choisi par l’expert, les prospectus papiers, « prêts à être routés et diffusés, où la date du 27 novembre a été imprimée notamment ». Toujours sur le côté pratique, les magasins ouverts devront déplacer le renfort d’effectifs prévu pour ce jour de foule massive. Même le nombre de forces de l’ordre est augmenté lors du Black Friday, là aussi pour gérer les flux de personnes, nécessitant à cause de ce report des ajustements.

Au-delà du présentiel, c’est toute la campagne de communication qui est à refaire, « surtout pour les enseignes qui avaient déjà commencé un pré-Black Friday comme Conforama », prend en exemple Yves Marin, avec notamment des préventes et des offres promotionnelles débutées. « Il va falloir alors temporiser et étirer ces offres et cette précampagne d’une semaine supplémentaire, ce qui ne sera pas sans conséquences. »

Dernier élément, et non des moindres, les effectifs de transports et de la Poste, sur le front pour tout livrer après le 27, et qui là aussi voit le pic de transport se décaler d’une semaine.

Faut-il redouter des reports d’achats sur les sites étrangers qui maintiennent le Black Friday au 27 novembre ?

On le rappelle, le report du Black Friday ne s’applique qu’à la France et toutes les grandes enseignes établies dans d’autres pays le feront bien le 27 novembre. Au point que les Français se jettent sur les achats étrangers ? Peu de risques, selon Yves Marin. Moins par solidarité patriotique que par habitude et par compatibilité des produits. Tout appareil électrique vendu sur Amazon UK par exemple n’aura pas un chargeur compatible avec les prises françaises. S’ajoutent à cela les frais de livraisons, souvent bien plus chers dès qu’on quitte le territoire national.

Et surtout, le plaisir de comparer les prix entre les différents distributeurs. Acheter un produit sur l’Amazon allemand dès le 27 novembre, cela veut dire aussi ne pas pouvoir juger de son prix avec le même produit chez Conforama ou Darty. « L’un des grands enjeux du Black Friday, c’est de comparer toutes les offres afin de faire le vrai bon plan, renseigne Yves Marin. En achetant ailleurs dès le 27, on prend le risque de se rendre compte qu’il y avait une meilleure offre en France le 4 décembre. »

Comment ça va se passer pour les consommateurs ?

Pour Yves Marin, ce report risque de perturber une grande partie des acheteurs, chez qui le Black Friday « reste un événement encore plus planifié et préparé en avance que les soldes ». Certaines comparaisons et achats étant programmés depuis des semaines, voire des mois, ce report entraîne aussi une complication logistique pour le consommateur, surtout dans ce flou particulier : « Impossible de savoir quel magasin sera ouvert ou fermé le 4 décembre donc ce qu’on va pouvoir acheter ou non. »

A cela s’ajoutent Noël et ce qui sera possible ou non d’y faire. Faut-il commander les cadeaux chez soi pour la joie de les remettre en personne ou serons-nous tous encore confinés et vaut-il mieux les envoyer directement chez la personne ? Que faut-il acheter comme type de cadeau, selon ce qu’on pourra faire ou non ? Tant d’incertitudes que liste Yves Marin, qui rappelle : « Le doute est la pire des choses pour l’achat, et on peut craindre un Black Friday très faible. »

Quelle conséquence ce report aura-t-il sur le reste de la consommation ?

Le Black Friday, c’est aussi le lancement plus ou moins officiel de la surconsommation des fêtes de fin d’année, qui se concentre principalement jusqu’à Noël puis s’étire un peu jusqu’au Nouvel An. De fait, en le reportant d’une semaine, « on réduit cette période d’intense activité économique d’une semaine, puisqu’elle ne débute plus que le 4 décembre ». Soit trois semaines avant Noël, ce qui risque aussi de poser quelques complications.

Dans l’optique où les Français consommeraient toujours autant, mais en trois semaines au lieu de quatre, « cela va engendrer d’énormes tensions dans les magasins, surtout en période de distanciation obligatoire, avec d’intenses flux de personnes à devoir gérer et contrôler ». Et au-delà du présentiel, se pose le même problème pour les livraisons de colis, massivement concentrées sur trois semaines alors que les livraisons sur quatre semaines sont déjà une pression pour tous les services de ventes et de transports. « On va au-devant de problèmes logistiques majeurs », conclut Yves Marin.