Confinement : Avec la baisse des déplacements, les autocaristes sont au point mort

TRANSPORTS Le secteur pâtit notamment de l’absence des touristes

Nicolas Raffin
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Des consignes sanitaires à l'intérieur d'un bus (Illustration).
Des consignes sanitaires à l'intérieur d'un bus (Illustration). — ISA HARSIN/SIPA
  • Les entreprises de transports de voyageurs par autocars ont perdu en moyenne 80 % de leur chiffre d’affaires en 2020.
  • Les prévisions pour 2021 ne sont pas optimistes, et les professionnels demandent des garanties à l’État.
  • La profession est particulièrement dépendante du tourisme, à l’arrêt aujourd’hui.

Avec ses huit autocars, Loiret Tourisme est une petite société de transport. Mais son témoignage fait écho à la galère vécue en ce moment par les 3.500 entreprises du transport routier de voyageurs (TRV), qui emploient 100.000 personnes en France. Installée près d’Orléans, Loiret Tourisme a en effet subi, comme beaucoup d’autres, la pandémie de coronavirus.

Avec l’arrêt brutal des voyages, les véhicules sont restés au garage. « Nous n’avons eu aucun départ de mars à septembre, explique Thierry Selleret, gérant de la société. Ensuite, nous avons effectué quelques trajets avant le reconfinement, mais c’est loin d’être suffisant. Notre chiffre d’affaires a chuté de plus de 90 %. Pour l’instant, nous n’avons aucune perspective et nous ne pouvons pas nous projeter dans l’avenir ».

« En 2020, le chiffre d’affaires a baissé en moyenne de 80 % dans le secteur, confirme à 20 Minutes Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). Pour 2021, les carnets de commandes sont vides, et nous ne percevons pas d’amélioration de la situation d’ici à plusieurs mois ». La FNTV estime en effet que l’activité ne reprendra vraiment qu’en 2022, au mieux. « On est complètement sinistrés », ajoute Pierrick Burban, président du Groupe des autocaristes de tourisme français (GATF), créé suite à la pandémie.

« Sans le chômage partiel, on ne serait plus là »

Il faut dire que les principales sources d’activité se sont taries une à une, avant même le reconfinement. Les touristes ? Les étrangers ne sont pas venus, et les clubs du 3e âge, ainsi que les comités d’entreprise, n’organisent plus de séjours. Les voyages linguistiques des écoliers ?  Trop compliqués à organiser avec les restrictions sanitaires. Les fameux « cars Macron », dont beaucoup sont opérés par des PME ? L’un des leaders du secteur, Blablacar (et sa marque Blablabus) a annoncé mercredi qu’il ne prévoyait pas de faire rouler ses bus avant le printemps 2021. « Ça permet aussi à nos partenaires de ne pas opérer, avec une partie des chauffeurs couverte par le chômage partiel » a expliqué à l’AFP le directeur général, Nicolas Brusson.

Les seuls qui parviennent à sortir (un peu) la tête de l’eau sont les compagnies qui opèrent sur des transports « conventionnés » : ramassage scolaire ou lignes départementales et régionales, par exemple, qui assurent une forme de revenu minimum. C’est le cas des autocars Schidler, implantés en Lorraine. Le patron, Thierry Schidler, fait le point : « Notre activité repose normalement à 50 % sur le tourisme et 50 % sur le scolaire. Cette diversification nous a permis de basculer nos chauffeurs "tourisme" sur les lignes scolaires ». Pour autant, il ne crie pas victoire : « On a quand même perdu 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce qui représente environ 40 % du total. Les aides de l’État sont les bienvenues : sans le chômage partiel, on ne serait plus là aujourd’hui. ».

« C’est un vrai mur »

Reste que ces aides sont aujourd’hui jugées insuffisantes par les représentants du secteur. « A la différence d’autres sociétés d’autocars, nous sommes totalement dépendants du tourisme, argumente Pierrick Burban, du GATF. Il faudrait être traité de la même manière que les hôtels ou les restaurants ». « Il faut que l’État prolonge la prise en charge du chômage partiel à 100 % au-delà du 31 décembre 2020, demande pour sa part Jean-Sébastien Barrault. Nous sommes aussi très inquiets, car nous avions obtenu le report des échéances d’emprunt pour les entreprises du secteur jusqu’en mars 2021. Et comme l’activité ne reprendra pas avant longtemps, les entreprises ne pourront pas payer à ce moment-là. C’est un vrai mur qui se présente devant nous ».

Une réalité confirmée par Thierry Selleret, le gérant de Loiret Tourisme. « Un autocar neuf coûte en moyenne entre 270.000 et 450.000 euros, selon les prestations, explique-t-il. Pour un seul véhicule, le crédit mensuel peut représenter entre 3.000 et 5.000 euros. On a réussi à reporter ces crédits plusieurs mois, mais il faudra bien les payer un jour, tout comme le prêt garanti par l’État (PGE). Et si on ne fait pas de chiffre d’affaires, on ne pourra pas rembourser ».

Les autocaristes espèrent donc que la saison 2021 permettra d’amorcer une reprise, particulièrement pour les mois de mars à juin. « La clientèle ne reviendra que lorsqu’il y aura un vaccin » prophétise Thierry Schidler. En attendant, les représentants du secteur continuent de plaider leur cause à Bercy afin d’obtenir des garanties pour l’année prochaine. Une réunion est normalement prévue en début de semaine prochaine pour faire le point.