Confinement : Quel impact un « Noël sans Amazon » aurait-il sur l’emploi ?

COMMERCE Plusieurs appels à boycotter Amazon pour Noël ont été lancés dans le but de soutenir les petits commerces

Jean-Loup Delmas

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Des livraisons Amazon à Toulouse, illustration
Des livraisons Amazon à Toulouse, illustration — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Depuis le second confinement, Amazon est sous le feu des critiques, accusé de nuire aux petits commerces, et plus généralement à l’emploi en France.
  • Ce mardi, une tribune de plusieurs politiques, personnalités et associations a même appelé à boycotter Amazon pour Noël et les fêtes de fin d’année.
  • Un boycott d’Amazon aurait-il vraiment un impact ? « 20 Minutes » fait le point.

A l’approche de Noël en cette année 2020, en pleine crise sanitaire et économique liée au  coronavirus, la plateforme Amazon prend de plus en plus des allures de Grinch, aux yeux de certains. Critiqué pour profiter de la fermeture des petits commerces, le géant du numérique n’a jamais semblé aussi impopulaire. Ce mardi, une pétition a même été lancée par des élus de gauche, des personnalités et des associations pour s’engager à ne pas recourir à la plateforme américaine pendant la période des fêtes de fin d’année.

L’un des principaux arguments de cette tribune est qu’Amazon serait un fossoyeur d’emploi, tuant les commerces de proximité. Une critique à laquelle Frédéric Duval, directeur général d’Amazon France, s’est défendu dans les colonnes du Parisien : «  Nous employons 9.300 personnes en CDI et, d’après des études indépendantes, environ 130.000 emplois découlent de notre activité.  »

Des emplois créés, pour combien de supprimés ?

Pas de quoi convaincre l’économiste Raphaël Pradeau, porte-parole d'Attac : « Bien sûr qu’Amazon emploie des gens, mais plusieurs études montrent que pour un emploi créé, entre deux et quatre emplois sont détruits. » En novembre 2019, le député LREM de Paris Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État en charge du Numérique, avait publié une tribune au vitriol : « Amazon : vers l’infini et Pôle emploi ! », estimant que pour un emploi créé, 2,2 étaient supprimés ailleurs.

Ajoutez à cela que comme le rajoute Raphaël Pradeau, les emplois d’Amazon sont souvent « de très mauvaises qualités : précaires et intermittents », et la coupe semble pleine. Alors, faut-il jeter Amazon dans la cheminée de Noël ? Pas si simple.

La production française en profite

Sans exonérer le géant de tout défaut, l’économiste Stéphanie Villers y voit actuellement surtout « un coupable idéal plus que réellement en tort sur tout. On ne peut pas éradiquer Amazon, ni se priver de l’e-commerce », estime-t-elle.

Plus que les emplois réellement créés par Amazon, ce sont les emplois qui en dépendent qui plaident pour le maintien de la plateforme. Les fameux 130.000 attestés par Frédéric Duval. Rappel d’une évidence par Stéphanie Villers : « Amazon n’est pas un producteur, il est une plate-forme de vente. Les produits vendus et achetés sont faits et vont aussi dans la poche de très nombreux producteurs français, qui se trouveraient bien dépourvus sans lui, surtout en période de confinement. »

Une autorégulation ?

Pour l’économiste, c’est bien ça le problème : le confinement et la crise économique. « En temps normal, les Français favorisent le commerce physique sans même qu’on ait à les y inciter. » Le 5 février 2020, la Fédération e-commerce et vente à distance présentait un bilan 2019 faisant encore la part belle au présentiel : 90 % du commerce de détail de l’année se faisait ainsi en magasins, et seulement 10 % via Internet. Internet où Amazon n’a d’ailleurs pas le monopole en France.

De fait, « la question n’est pas de censurer Amazon ou non, mais de savoir comment et quand on rouvre les petits commerces », tranche Stéphanie Villers. Une fois rouverts, « les Français s’y rendront d’eux-mêmes. Au contraire, si on ne les rouvre pas, je ne vois pas ce que la censure d’Amazon changera pour eux. C’est un faux débat. »

Critiques légitimes, débat non prioritaire

Amazon est cependant loin d’être sans reproches. « Ne serait-ce que par le fait qu’il ne paie pas ou très peu d’impôts en France, il crée forcément une concurrence déloyale envers les petits commerçants. On vante ses produits peu chers, mais il faut voir comment il y parvient, à baisser les prix », dénonce Raphaël Pradeau. Et en cette période de crise économique, les bas prix peuvent paraître d’autant plus alléchants, ce qui pour l’économiste, empirerait la concurrence d’Amazon avec les autres commerçants.

Pour lui, si on ne peut donc pas blâmer en premier le consommateur, « il reste aussi un citoyen, et il faut qu’il raisonne sur le long terme, en sachant que payer Amazon, c’est diminuer l’impôt que perçoit la France, impôt qui est redistribué notamment pour lui. C’est un acte contre-productif pour son propre porte-monnaie. »

Stéphanie Villers valide l’analyse, mais pour elle « c’est un problème d’après. Bien sûr qu’il faut réfléchir aux impôts pour les GAFAM, bien sûr qu’il faut construire un concurrent européen à Amazon, mais là il y a une urgence économique à laquelle il faut d’abord répondre. » Selon elle, l’absolue priorité reste donc de savoir comment rouvrir les petits commerces, surtout en cette période de fêtes de fin d’année, absolument immanquable pour l’économie. « C’est ça et seulement ça qui déterminera de l’avenir et de la survie de l’emploi dans les petits commerces. » Le jugement d’Amazon attendra.