Coronavirus : Télétravail, gestion du stress…. Comment la crise sanitaire a transformé la fonction de manager

EMPLOI Le baromètre Cegos sur le climat social, réalisé en juillet et présenté ce mardi, montre à quel point les managers ont été des atouts pour les entreprises depuis le début de la crise sanitaire

Delphine Bancaud

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Un salarié en télétravail pendant la crise sanitaire
Un salarié en télétravail pendant la crise sanitaire — Artyom Geodakyan/TASS/Sipa USA/SIPA
  • Depuis le premier confinement, les managers ont dû apprendre à travailler autrement avec leurs équipes et à être encore plus attentifs à la prévention des risques psychosociaux.
  • C’est ce que montre le baromètre Cegos* du climat social 2020 paru ce mardi, qui revient sur la première vague de la crise du Covid-19.

Depuis le premier confinement, eux aussi sont en première ligne dans les entreprises. Les managers assurent la continuité du travail, motivent leurs équipes malgré un contexte mouvant, sans perdre de vue les objectifs qui leur ont été fixés.

La crise du coronavirus les a d’abord contraints à prendre des décisions dans l’urgence et à se réorganiser. Car selon le baromètre Cegos* du climat social 2020 paru ce mardi, et qui revient sur la première vague de la crise du Covid-19, 54 % des salariés étaient en télétravail lors de celle-ci. Pas évident pour leurs chefs de service qui n’avaient pas eu l’expérience du management à distance sur une si longue période. Il a fallu expliquer à chacun la nouvelle organisation, redistribuer les missions, faire le point sur les conditions de travail de chaque membre de l’équipe, organiser des visioconférences, faire le lien avec les autres services de l’entreprise…

Au four et au moulin pendant le confinement

Des défis qu’ont su relever haut la main les managers, car 76 % de leurs collaborateurs interrogés dans l’étude estiment que leur entreprise a su suffisamment communiquer auprès d’eux par leur biais. « Les managers ont fait preuve d’agilité et d’inventivité pour instaurer de nouvelles manières de collaborer à distance et d’assurer la cohésion d’équipe, en organisant des cafés Skype, par exemple », commente Catherine Lainé, spécialiste des enjeux de management chez Cegos. Difficulté supplémentaire pour eux : 79 % des managers ont continué à se rendre sur leur lieu de travail, même partiellement. Ce qui les a obligés à se dédoubler avec des réunions en présentiel et d’autres à distance. Quitte à répéter plusieurs fois les mêmes informations…

Autre challenge accentué par la crise du coronavirus : la prévention des risques psychosociaux chez leurs collaborateurs. Et ce, alors que seuls 53 % d’entre eux ont été formés à en détecter les signes. Mais il a bien fallu gérer les angoisses des salariés à l’égard de l’épidémie, l’isolement, le confinement familial et le télétravail, l’impossibilité de se ressourcer avec les collègues ou la perte de revenus pour ceux placés en chômage partiel et qui ne bénéficiaient pas d’une compensation par l’entreprise. D’ailleurs, 48 % des collaborateurs déclarent que la première vague de la crise a amplifié leur niveau de stress. Mais les managers ont su faire preuve de bienveillance : « 70 % des salariés se sont sentis écoutés et compris par leur manager lors de cette période. Et 71 % estimaient que leur travail était reconnu. Ce qui montre une réciprocité dans la confiance », estime Annette Chazoule, manager de l’offre de formation en management chez Cegos.

Un investissement intense pour faire front face à la crise

Alors qu’ils auraient pu baisser les bras face aux multiples défis auxquels la crise les a confrontés, les managers sont restés motivés. Et 21 % estiment même l’être davantage depuis la crise du coronavirus. « Ils ont eu l’impression d’avoir une latitude d’action pendant le confinement. Leur conscience des difficultés économiques présentes ou à venir pour leur entreprise les pousse aussi à faire bloc et à garder un haut niveau d’investissement dans leur travail pour pérenniser les emplois », explique Annette Chazoule.

Mais après avoir tant donné lors du confinement et mis les bouchées doubles après celui-ci, les managers ne cachent pas une forme d’usure. Plus des deux tiers (68 %) estiment même que le niveau de stress qu’ils subissent a un impact négatif sur leur santé. Et alors qu’en 2018, 24 % des managers disaient avoir déjà subi des problèmes psychologiques graves au cours de leur carrière (tels que le burn-out ou la dépression), ils sont 27 % à le déclarer en 2020. Pour quatre managers sur dix, il est d’ailleurs plus difficile de manager aujourd’hui qu’avant la crise du coronavirus.

Un manque de reconnaissance qui pèse

D’autant que nombre d’entre eux souffrent d’un manque de reconnaissance : ainsi, seuls 39 % des managers considèrent que les augmentations salariales prennent suffisamment en compte le mérite individuel. Et avec les difficultés que rencontrent les entreprises depuis le début de la crise sanitaire, ce sentiment risque de s’aggraver, car beaucoup d’entre eux ne seront pas augmentés cette année au moins. Et peut-être les prochaines.

Confrontés à un deuxième confinement et à des perspectives difficiles pour leur entreprise, les managers vont encore être sur tous les fronts et pour longtemps. « Ils font face à des problématiques qui s’imbriquent toujours plus, complexifiant davantage leur quotidien. Ils vont absolument devoir être accompagnés par les ressources humaines pour être en mesure de gérer efficacement tous ces enjeux », insiste Annette Chazoule. Car sans leur implication forte, les entreprises auront du mal à relever la tête.

* Baromètre mené en juillet dernier auprès de 1.520 personnes (1.000 salariés, 300
managers et 220 Directeurs ou Responsables des Ressources Humaines – DRH/RRH), dans des organisations de 100 collaborateurs ou plus, au sein des secteurs privé et public.