« J’attends la réouverture », « ils n’avaient qu’à s’adapter »… Les Français partagés entre soutenir les petits commerces ou profiter du Black Friday

CADEAUX DE NOEL Suite à notre appel à témoignages, nos lecteurs expliquent pourquoi ils seront solidaires (ou pas) des commerçants pour leurs achats de Noël

Marie De Fournas

— 

Entre profiter des offres alléchantes du Black Friday et attendre la réouverture des commerces par solidarité, les Français sont partagés. (Illustration)
Entre profiter des offres alléchantes du Black Friday et attendre la réouverture des commerces par solidarité, les Français sont partagés. (Illustration) — CHAMUSSY/SIPA
  • Au risque de devoir attendre, de payer plus cher ou de ne pas trouver tous leurs cadeaux, certains Français sont prêts à certains sacrifices pour soutenir les petits commerçants.
  • Mais tous ne sont pas décidés à boycotter le Black Friday et les sites de vente en ligne aux remises toujours plus basses.
  • Pour des raisons économiques, sanitaires ou tout simplement parce qu’ils considèrent que les commerçants n’avaient qu’à s’adapter, ils ne les soutiendront pas en cette période de crise.

Comment et où les Français vont-ils acheter leurs cadeaux de Noël ? Alors que les annonces de remises à – 50, – 60, ou – 70 % pullulent sur Internet à l’approche du Black Friday, prévu le 27 novembre, les petits commerces pourraient rester fermés à cette date. Et craignent que les Français privilégient massivement les plateformes d’e-commerce, comme Amazon, à défaut de pouvoir faire leurs courses en boutique. Selon les fédérations de commerçants, ce manque à gagner sur le chiffre d’affaires à cette période de l’année signerait l’arrêt de mort de beaucoup d’entre eux.

Face à ce constat, des citoyens ont décidé de faire leurs emplettes de Noël uniquement autour de chez eux. Ainsi, Nathalie, qui a répondu à notre appel à témoignages, a choisi ses cadeaux en fonction des  commerçants de sa commune, et non l’inverse. « Les enfants auront des livres de la librairie indépendante, une nièce aura une machine à café Nespresso achetée dans une boutique d’électroménager. Les bijoux, autres accessoires et l’épicerie fine viendront des boutiques indépendantes également. »

« L’urgence est toujours de soutenir celui qui en a le plus besoin »

Une tendance observée depuis le premier confinement, souligne Pascale Hébel, directrice du pôle Consommation et entreprise au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). « Une grande partie des Français ont dit qu’ils allaient changer leurs habitudes de consommation, et notamment se tourner vers les commerces de proximité. »

Ce choix n’est pas uniquement motivé par une envie de sauver l’économie française, mais comporte aussi une dimension humaine. « Aujourd’hui, ce sont les commerçants à côté de chez nous, ceux dont les enfants sont scolarisés dans la même école que les nôtres, ceux que nous connaissons parfois personnellement, qui souffrent, explique Philippe. L’urgence est toujours de soutenir celui qui en a le plus besoin. »

« Mes cadeaux seront différents, voir donnés en décalé »

Par solidarité, Ange a donc décidé que cette année, contrairement aux précédentes et quoiqu’il arrive, il n’achèterait absolument rien en ligne : « Mes cadeaux seront différents, voir donnés en décalé selon la date à laquelle les petits commerçants rouvriront ». Mais si cette fameuse date de réouverture venait à tarder, cela pourrait sérieusement compromettre le nombre de paquets sous le sapin. « Pour l’instant, les Français manifestent des intentions, mais il y a aussi le côté pratique. Beaucoup vont redouter de ne pas avoir les cadeaux à temps », avertit Pascale Hébel.

Une concession qu’Aurélie se dit prête à faire. « Je vais certainement avoir plus de mal pour récupérer les cadeaux en temps et en heure et je ne trouverai peut-être pas tout, admet celle qui a décidé pour la première fois, depuis 2013, de ne pas participer au Black Friday. Mais le plus important pour Noël, c’est d’être ensemble et de partager un moment convivial ». Même résolution pour Sam, ancien amateur du Black Friday. « Au vu de la crise, je ne pense plus la même chose et j’agirai différemment, car les petits commerces font la vie d’un centre-ville. S’ils ne sont plus là, il meurt, explique-t-il. Donc j’attends avec patience la réouverture de nos boutiques. »

« Je ne veux pas me ruiner, ni priver mes enfants »

Pour aider les commerçants, Sam a même prévu d’augmenter son budget cadeaux cette année. Un beau geste que beaucoup ne peuvent malheureusement pas ou plus se permettre. « Cette année, les dépenses pour Noël vont être bien plus faibles, annonce la directrice du pôle consommation du Credoc. Les épargnes explosent parce que les Français anticipent une baisse du pouvoir d’achat et n’ont plus confiance en l’avenir. »

Nadège est salariée d’un commerce dit non essentiel et aimerait être solidaire avec ses patrons et collègues. Mais cette maman de quatre enfants n’en a tout simplement « pas les moyens ». « Mon mari est le seul à travailler pendant la pandémie. Je ne veux pas me ruiner, ni priver mes enfants de Noël, alors je profiterais du Black Friday sur Internet ». Pour d’autres, la question ne se pose même pas et le choix est vite vu. « Franchement, pourquoi se priver d’une journée aussi intéressante financièrement ? », demande un lecteur anonyme.

« Je vais péter un câble »

Après tout, est-ce vraiment au consommateur d’agir dans cette situation ? « Je devrais acheter bien plus cher des choses par solidarité alors que je ne touche déjà pas beaucoup ? s’interroge Antoine. Je pense que c’est à l’Etat de faire quelque chose. » Entre le premier confinement, le couvre-feu, les mesures de restriction et le deuxième confinement, il devient compliqué de s’imposer encore de nouvelles privations. « C’est déjà assez dur psychologiquement, alors si je ne peux pas profiter des offres du Black Friday, bah je vais péter un câble », résume Idriss.

Et même si les magasins sont autorisés à rouvrir rapidement, Pascale Hébel rappelle que la préoccupation principale des Français reste le virus. Pour un internaute, les achats en ligne « semblent plus raisonnables » que d’aller « jouer l’entassement chez les petits commerçants ».

« Si les commerçants ne s’adaptent pas, au final c’est leur problème »

Une partie de nos lecteurs, enfin, se justifient d’une tout autre façon. « Ils n’avaient qu’à s’adapter, lance Jimmy, sans mâcher ses mots. Si les commerçants ne s’adaptent pas, au final, c’est leur problème. Nous n’avons pas gardé nos chevaux et calèches en solidarité avec les maréchal-ferrant. » De son côté, Mantae, qui revendique de ne faire ses achats que sur Internet depuis vingt ans, assure qu'« il serait peut-être nécessaire que les dits "petits commerçants" commencent à réinventer leur manière de travailler, et surtout leurs prix ».

C’est d’ailleurs ceux « qui ont su s’adresser à la nouvelle génération et aux nouveaux outils » qui survivront, selon Marie, qui assure réaliser ses achats dans les commerces de proximité presque exclusivement en ligne avec ceux possédant un Facebook ou un Instagram. Problème : François Asselin, Président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CPME), assurait en novembre dernier que le click & collect « ne représenterait que 25 % de l’activité » des commerces, « dans le meilleur des cas ».