Coronavirus : Pauline, 23 ans, bac + 5, 188 jours de chômage et le blues des jeunes diplômés

LE TRAVAIL EN CRISE (2/5) « 20 Minutes » se penche sur les vies professionnelles bousculées par le Covid-19. Cette semaine, rencontre avec Pauline, jeune diplômée qui peine depuis des mois à s’insérer sur le marché de du travail

Hélène Sergent

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Pauline, jeune diplômée, est retournée vivre chez ses parents à Chartres en septembre 2020, contrainte de rendre son appartement faute d'emploi.
Pauline, jeune diplômée, est retournée vivre chez ses parents à Chartres en septembre 2020, contrainte de rendre son appartement faute d'emploi. — H.Sergent/20Minutes
  • Depuis le début de l’épidémie en mars, le coronavirus a brusquement stoppé l’activité de secteurs entiers de l'économie.
  • Certaines personnes ont perdu leur pouvoir d’achat, leur emploi ou leurs espoirs de trouver un premier contrat. 20 Minutes est allé à leur rencontre.
  • Selon une étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) réalisée mi-octobre, 67 % des jeunes diplômés à la recherche de leur premier emploi se disent inquiets.
  • Comme des milliers d’autres jeunes Français, Pauline, 23 ans, bac +5 en poche, se heurte à un marché de l’emploi tendu et essuie les refus depuis des mois.

« J’ai compté, j’en suis à 188 jours de chômage », glisse Pauline sans se départir de son sourire. À 23 ans, l’ex-étudiante, titulaire d’un master 2 (bac + 5) en « management et ingénierie des événements », tient à « garder de la distance » avec ses difficultés professionnelles. Assise en ce matin de novembre dans le canapé de la maison familiale à Chartres où la jeune femme est revenue s’installer, elle peine pourtant à cacher sa désillusion. « Je n’imaginais pas tout ça il y a un an. » Depuis l’arrêt de son précédent contrat en service civique le 8 mai dernier, Pauline a vu ses rêves de carrière dans l’événementiel sportif grignotés peu à peu par un contexte sanitaire et économique morose.

Comme elle, des milliers de jeunes diplômés sont touchés de plein fouet par les conséquences économiques de l’épidémie de coronavirus en France. Entre janvier et août, le nombre d’offres d’emploi ouvertes à ces aspirants salariés a fondu. L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) estime qu’elles ont chuté de 42 % sur cette période par rapport à 2019. Posé sur la table basse du salon, un cahier noir à spirale résume le combat quotidien qu’est devenue sa recherche d’emploi. Sur les pages quadrillées, Pauline consigne ses recherches, ses projets, ses échecs : « J’en suis à 80 candidatures, j’ai eu des entretiens, mais rien n’a abouti. »

Candidats démultipliés et recruteurs exigeants

Hyperactive, passionnée de voyages et de sport, l’ancienne étudiante se refuse au fatalisme. Mais la réalité du marché de l’emploi pèse sur son quotidien. « J’ai élargi mes recherches évidemment. Je postule à des annonces en ce moment qui s’adressent à des candidats bac + 2 alors que j’ai un bac +5, j’ai revu mes prétentions salariales à la baisse. Mais même pour ce type d’offres, il y a 400 candidats et on doit se battre. » La raréfaction des opportunités professionnelles et l’augmentation du nombre de prétendants ont rendu les recruteurs plus exigeants et moins prompts à répondre à chaque candidature, suppose-t-elle.

Les critères de sélection, eux, confinent parfois à l’absurde : « J’ai passé deux entretiens pour un poste au Mans et le second à Paris. On m’a demandé si je vivais dans la ville en question, j’ai répondu non, puisque je n’ai pas les moyens d’avoir un appartement. Ils m’ont répondu que c’était un problème. » Et l’épidémie vient s’ajouter aux obstacles jusqu’ici rencontrés par la jeune femme. En septembre, elle décroche un contrat court pour travailler à Roland-Garros : « Mais j’ai été diagnostiquée positive au coronavirus. J’étais symptomatique, je n’ai pas pu travailler ».

À l’échelle de sa promotion, un tiers de ses camarades seraient aujourd’hui dans sa situation, chiffre-t-elle. Certains ont déjà fait le choix de se reconvertir. Elle aussi l’a envisagé, consciente des difficultés rencontrées par les secteurs de l’événementiel et du sport en période de pandémie. « J’ai imaginé toutes les options. Je me suis posé la question de reprendre des études pour décrocher un contrat en alternance puisque l’Etat a décidé de soutenir les entreprises qui y ont recours. Une connaissance m’a même conseillé de me reconvertir dans le BTP ou la compta », soupire-t-elle. Bloquée à l’aube de sa vie professionnelle, Pauline poursuit : « Ce qui me rend folle, c’est que je sais ce que j’aime, je sais que je peux être bonne dans ce que je fais. Je sais où je veux aller mais on me donne pas les moyens de le faire. »

Le temps des angoisses

Avec les réponses négatives, les angoisses professionnelles et financières se sont accumulées pour Pauline. Au chômage depuis mai, la jeune femme n’a pu toucher ses droits qu’à la fin du mois d’octobre après des difficultés administratives. Installée à Lyon, elle se résigne à abandonner son appartement en septembre, faute de revenus. Malgré tout, Pauline s’estime « chanceuse » : « Je suis partie de chez mes parents à 17 ans et même s’il a fallu revenir et réapprendre à vivre ensemble, je peux compter sur eux ».

La perte de son indépendance et les incertitudes sur son avenir causées par la résurgence de l’épidémie ont abîmé sa confiance en elle : « Je me demande ce qui me manque. Je sais qu’il y a certaines compétences que je n’ai pas. Mais pour certains postes, je cochais toutes les cases. Parfois, je me dis que je suis une quiche et je me pose mille questions : "Est-ce que c’est moi le problème ? Est-ce que c’est la conjoncture ?" »

Fatiguée d’attendre, Pauline envisage désormais d’élargir plus encore ses recherches. « J’ai juste besoin de retrouver un rythme, de me sentir utile. » Ces dernières semaines, elle a postulé à des offres dans la grande distribution et même à des missions bénévoles pour la Banque alimentaire ou à l’hôpital de Chartres. Démoralisée par la dernière réponse négative, pour un emploi auquel elle croyait beaucoup, la jeune femme s’efforce de « prendre du recul ». Au point de taire à ses proches l’avancée de ses recherches : « Personne ne sait à quoi j’ai postulé. Je n’en parle plus parce que ça m’évite des déceptions quand tout le monde me demande : "Et alors, ce poste ? T’as eu une réponse ?" Ça fait trop mal de dire pour la douzième fois : "Bah non, ça l’a pas fait." »