Bridgestone : Quel avenir pour les 863 futurs ex-salariés de l’usine de Béthune ?

PNEUMATIQUE La fermeture de l'usine nordiste pose la question du devenir des 863 salariés

Francois Launay
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Manifestation des employés de Bridgestone devant l'usine de Béthune, le 17 septembre 2020.
Manifestation des employés de Bridgestone devant l'usine de Béthune, le 17 septembre 2020. — Michel Spingler/AP/SIPA
  • Jeudi 12 novembre, la société japonaise Bridgestone a confirmé qu’elle fermerait bien son usine de Béthune en mai prochain.
  • 863 salariés vont se retrouver sur le carreau mais les pouvoirs publics se mobilisent pour trouver la meilleure solution.
  • PSE avantageux, repreneur ou embauche prioritaire dans d’autres entreprises, différents scénarios sont sur la table.

Partir le plus dignement possible. C’est la phrase qui ressortait le plus de la bouche des salariés de Bridgestone jeudi après-midi. À la suite du refus du géant pneumatique japonais de travailler sur une alternative, les 863 salariés de l’usine de Béthune vont perdre leur emploi en mai 2021, date de la fermeture annoncée du site. Histoire d’éviter une grosse catastrophe sociale, les élus de tous bords se mobilisent déjà pour trouver des solutions. Et plusieurs pistes commencent à émerger.

Si beaucoup d’observateurs s’étonnent du calme des salariés de Bridgestone depuis l’annonce brutale de la fermeture du site le 16 septembre dernier, leur attitude s’explique aussi par leur volonté de ne pas se mettre en porte à faux avant de négocier le plan social avec Bridgestone. « L’heure est au combat sur les mesures sociales. On va essayer d’aller chercher le maximum et on obtiendra le maximum pour les salariés. Et si on veut obtenir les meilleures mesures sociales, il n’y a pas 10.000 solutions : il faut les négocier », assure Me Stéphane Ducrocq, l’avocat de l’intersyndicale.

« On ne jette pas les salariés comme des Kleenex »

« Avant de partir, ils doivent faire les choses correctement et pas en faisant le minimum. C’est pour ça que le bras de fer continue. Ils ne vont pas partir comme ça car on est France et on ne jette pas les salariés comme des Kleenex », annonce de son côté Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, qui veut aller vite. « On ne veut pas que ce soit du bricolage en commençant des négociations qui vont durer un siècle. Il y a des salariés qui ont besoin de rebondir rapidement car ils ont des traites à payer. Ils veulent savoir de quoi l’avenir sera fait. Bridgestone doit montrer que le dialogue paye bien et vite. La balle est dans leur camp ».

Les négociations entre syndicats et direction devraient rapidement débuter. Et si jamais les deux parties ne s’entendent pas, rien n’est exclu. « Si ça se passe mal, on verra ce qu’on peut faire en allant devant la justice. Mais clairement, on n’en est pas encore là », rassure l’avocat de l’intersyndicale.

Il y aurait déjà quatre projets de reprise bien définis

Avec la fermeture de l’usine Bridgestone, présente depuis près de 60 ans à Béthune, « on a arraché une partie de notre histoire », se désole Olivier Gacquerre, le maire de la ville. Mais si le fabricant de pneumatique a décidé de partir, pas question de raser pour autant le site de l’usine. « On va se battre pour que ce site reste industriel », promet Agnés Pannier-Runacher,​ ministre de l’Industrie. Les pouvoirs publics se sont déjà lancés à la recherche d’un repreneur.

Tout comme Bridgestone (car c’est la loi) qui assure dans un communiqué avoir déjà trouvé « dix opportunités dont quatre projets bien définis ». D’après Xavier Bertrand, le géant japonais serait même prêt à revendre le site à un autre fabricant de pneumatique. « Avec Bridgestone, nous nous sommes réparti les zones géographiques et les secteurs d’activité des investisseurs que nous allons contacter », poursuit la ministre de l’industrie. Et pour convaincre des repreneurs, l’Etat va insister sur le savoir-faire et les compétences des salariés en matière de pneus. Même si les pouvoirs publics cherchent à implanter avant tout « des activités d’avenir ».

Des aides à l’embauche des ex-Bridgestone

Si le site n’est pas repris ou si le repreneur se sépare d’une partie des salariés, des aides pourraient être versées à chaque entreprise prête à embaucher des ex-Bridgestone. Une demande que les élus ont faite au groupe japonais. « Tout salarié qui sera recruté ailleurs bénéficiera d’une prise en charge financière de plusieurs milliers d’euros versée par Bridgestone », assure Xavier Bertrand.

Dans un communiqué publié jeudi, le groupe japonais assure que plus de cent offres de reclassement au sein du groupe (First Stop, Côté Route, Speedy) ont déjà été faites. Et 1300 offres d’emploi dont 400 dans la région ont été identifiées dans le secteur du pneumatique.

Mais une autre alternative pourrait aussi se mettre en place et poussée par les pouvoirs publics. : la future usine de batteries électriques de Douvrin qui va embaucher 2.400 personnes d’ici 2023. Située à vingt minutes de Béthune, l’entreprise donne déjà des idées du domaine dans lequel le site de Bridgestone pourrait être requalifié. Mais si repreneur il y a, il est très peu probable qu’il garde l’ensemble des 863 salariés. A la base, une partie des recrutements était réservée pour des gens qui sortent de formation ou des requalifications. Désormais, les ex-Bridgestone pourraient devenir prioritaires pour des embauches. Les salariés et leurs familles l’espèrent.