L'élection de Joe Biden est-elle une bonne nouvelle pour le vin français ?

ECONOMIE Si le monde du vin bordelais reste prudent après l’élection de Biden, il espère la fin des taxations douanières sur ses bouteilles exportées

Elsa Provenzano

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Des bouteilles de vin de Bordeaux
Des bouteilles de vin de Bordeaux — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • La viticulture bordelaise espère que le changement d’administration américaine va permettre de revenir sur la taxation douanière de ses vins à l’exportation.
  • Si Biden se montre plus ouvert à la discussion que son prédécesseur, l’accord, validé par l’OMC, ne parait pas si facile à modifier.

L’élection du démocrate Joe Biden est-elle une bonne nouvelle pour les affaires des vignerons bordelais ? Depuis environ un an, les importations de vins français aux États-Unis sont frappées de 25 % de droits de douane supplémentaires. Cette sanction, prise sous l’administration Trump, vise les pays associés à la construction de l’ Airbus, concurrent de Boeing.

« Rien n’est encore fait mais Biden est plutôt ouvert à la négociation et on espère qu’il le sera jusqu’au bout », réagit Damien Chombart, qui exploite 60 hectares dans les Côtes de Bordeaux. Il exporte 85 % de sa production dont 40 % vers les Etats-Unis, son principal marché. Si son chiffre d’affaires s’est un peu effondré, il est fier de dire qu’il n’a pas perdu de clients. « Il faut dire que j’ai fait un effort tarifaire en proposant des réductions de 15 % pour maintenir ma clientèle », pointe-t-il.

De l’espoir et de la prudence

« J’ose espérer que l’arrivée de l’administration Biden va pouvoir changer le climat de ces discussions, et arriver à trouver un accord très rapidement pour mettre fin, par exemple, à ces taxes sur le vin », a déclaré ce lundi Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture. Dans le Bordelais aussi, les autorités économiques veulent y croire : « Je pense que la guéguerre commerciale va prendre fin et que Joe Biden va revenir sur les taxes sur le vin », a commenté Patrick Seguin, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Bordeaux.

De son côté Jean-François Galhaud, président du conseil des vins de Saint-Emilion est nettement plus sceptique : « Pourquoi Biden se priverait de taxes validées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ? », s’interroge-t-il. Il reconnaît néanmoins qu’on peut espérer davantage de concertation avec cette nouvelle administration démocrate. Les débouchés américains sont assez importants pour les vins de Saint-Emilion même si leurs premiers marchés sont la Belgique, la France et la Chine.

Des millésimes plus alcoolisés non taxés

Damien Chombart a pensé son business pour une exportation massive vers les Etats-Unis et ne peut pas le réorienter en un claquement de doigt, surtout avec des déplacements limités. « Normalement je passe trois mois dans l’année là-bas mais cela fait un an que je n’ai pas pu m’y rendre, soupire le vigneron. C’est extrêmement dur mais on s’acharne ». A Saint-Emilion, on a tenté de s’adapter depuis un an, en partant du constat que les vins de plus de 14° ne sont pas concernés par la taxation. « On a de beaux millésimes récents qui font 14,2° ou 14,5° », décrit le président du conseil des vins de Saint-Emilion.

La filière bordelaise pointe la double peine avec la crise sanitaire qui l’empêche de développer sa clientèle. « Il faut pouvoir l’argumenter son vin, et à distance ce n’est pas pareil », constate Jean-François Galhaud.

Sollicité par 20 Minutes, le conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) n’a pas souhaité s’exprimer sur ce dossier.