Confinement : Elisabeth Borne se mue en inspectrice du télétravail

VISITE PAS SURPRISE La ministre du Travail a visité ce vendredi trois grandes entreprises pour rappeler les règles édictées par le gouvernement

Nicolas Raffin

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Elisabeth Borne (au centre) visite un open space de la banque BNP Paribas, le 6 novembre 2020.
Elisabeth Borne (au centre) visite un open space de la banque BNP Paribas, le 6 novembre 2020. — Nicolas Raffin/20 Minutes
  • Elisabeth Borne s’est rendue ce vendredi aux sièges de trois groupes français, pour faire un point sur le télétravail.
  • Certaines entreprises rechignent à appliquer la consigne du « 100 % télétravail » pour les métiers qui s’y prêtent.
  • La ministre a menacé d’éventuelles sanctions en cas de non-respect des recommandations du gouvernement.

Le télétravail, c’est la santé. C’est le message qu’a voulu faire passer Elisabeth Borne ce vendredi. La ministre du Travail s’est rendue aux sièges de plusieurs grandes entreprises françaises, pour faire une mise au point sur les préconisations du gouvernement. Après avoir longtemps hésité, la doctrine de l’exécutif repose désormais sur le « 100 % télétravail » pour tous les emplois qui ne nécessitent pas une présence sur site. Visiblement, le message a eu du mal à entrer dans certains bureaux.

Ainsi, Libération a révélé la semaine passée une note de service de Total adressée à ses salariés. Le groupe pétrolier y recommandait « le travail présentiel à hauteur de deux jours par semaine (…) parce que certaines activités nécessitent un travail en équipe, et dans le souci de préserver le lien social ». Face aux protestations, notamment syndicales, la direction du groupe a plaidé « la mauvaise interprétation ». Elle a depuis précisé que le télétravail était « la règle » et que les salariés pouvaient venir sur la base du volontariat. Autre groupe épinglé : BNP Paribas. Dans Les Echos, un responsable syndical de l’entreprise expliquait ce mercredi que « la banque [avait] émis le souhait que les salariés se rendent une à deux journées par semaine dans les sièges ». De quoi brouiller le message gouvernemental.

« C’est bien, ça paraît vide »

Ce n’est donc pas un hasard si Elisabeth Borne a choisi de visiter ces deux entreprises ce vendredi, avec en prime un petit crochet par la tour d’Engie, située à la Défense, à côté de Paris. Accompagnée de quelques médias, dont 20 Minutes, la ministre a déambulé dans les open spaces désertés par les salariés et a distribué les bons points. « C’est bien, ça paraît vide » a-t-elle ainsi lancé aux responsables de BNP Paribas, en contemplant leur salle des marchés du quartier Opéra (2e arrondissement de Paris), où quelques très rares employés – « essentiels » selon la direction – étaient installés.

Un peu plus tard, dans la tour d’Engie, elle aborde une salariée quasiment seule au 23e étage d’un immense bâtiment : « Ça va, vous n’êtes pas gênée pour travailler ? ». A chaque fois, les responsables de l’entreprise visitée n’hésitent pas à afficher fièrement leurs pourcentages d’employés en télétravail, histoire de montrer leur bonne volonté sur le sujet. Engie indique ainsi que seulement 80 collaborateurs sont présents dans la tour, soit 2 % des effectifs habituels. Chez Total, on explique que 80 % des salariés de la Défense étaient en télétravail cette semaine, et même 92 % ce vendredi, au moment du déplacement ministériel.

Solitude et lien social

A la fin de son inspection, la ministre fait le bilan : « Les messages sont bien passés. C’était important de sensibiliser tous les dirigeants et les DRH de la nécessité d’aller à fond sur le télétravail. » Et de prévenir les éventuels récalcitrants : « Si jamais certaines entreprises n’ont pas compris, on sera dans notre rôle de continuer à conseiller, de continuer à accompagner, mais aussi de contrôler, et si ça ne va pas, de mettre en demeure et d’avoir des sanctions ».

Néanmoins, ce discours « 100 % télétravail » n’est pas forcément bien reçu par tous les salariés. « Nos locaux restent ouverts car on a voulu garder une soupape pour les collaborateurs qui avaient besoin de venir pour des raisons personnelles, explique Claire Waysand, directrice générale par intérim d’Engie. Certains peuvent ressentir de la solitude en télétravail ou ne pas avoir des conditions optimales, par exemple dans un petit appartement ».

D’autres entreprises ont aussi perçu le risque pour les salariés d’être complètement coupés physiquement de leur bureau, et ont lancé des enquêtes ou mis en place des lignes de soutien psychologique. « Cela peut être difficile d’être en télétravail dans un studio », concède Elisabeth Borne. Mais « il faut que chacun comprenne que dans la période qu’on traverse, on demande d’aller à fond sur ce qu’on peut faire en télétravail. C’est pour une période limitée ». Le confinement est en effet prévu jusqu’au 1er décembre, mais il pourrait être étendu de quelques semaines, prolongeant d’autant cet « effort ». La question du lien social au sein des entreprises risquera alors de se reposer très vite.