Coronavirus à Marseille : Cette épicerie a surmonté la crise sanitaire grâce aux produits locaux

SORTIS DE CRISE Le coronavirus et les mesures prises pour enrayer l’impact de l’épidémie ont fortement affecté l’économie française. Des artisans ou des entreprises ont réussi à s’en sortir comme l’épicerie paysanne Adèle à Marseille

François Maliet
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Carottes, pommes, betteraves et autres produits locaux vendus à l'épicerie paysanne Adèle à Marseille.
Carottes, pommes, betteraves et autres produits locaux vendus à l'épicerie paysanne Adèle à Marseille. — F. Maliet / 20 Minutes
  • La crise sanitaire du Covid-19 a touché de nombreux secteurs de l’économie française. 20 Minutes vous présente des entreprises et des artisans qui malgré le confinement et les difficultés liées à l’épidémie ont vu leur activité se développer voire exploser.
  • Depuis quelques années, des magasins de producteurs voient le jour à Marseille. Celui situé sur le boulevard Chave – l’épicerie paysanne Adèle – a pleinement profité du confinement.
  • « Pendant cette période, il y a eu un véritable engouement pour la production locale. » Ce qui a permis à l’épicerie Adèle de traverser sereinement, du point de vue économique, la crise sanitaire.

Le quartier du boulevard Chave a bien changé. Depuis une dizaine d’années, l’évolution sociologique de ce coin du 5e arrondissement deMarseille s’est accompagnée de l’ouverture de bars lounge et restaurants tendance en lieu et place des vieux bistrots, ainsi que de caves à vin, fromageries chics et boulangeries bio. C’est dans cet environnement que s’est installée voilà sept ans l’épicerie paysanne Adèle, au numéro 51, où elle propose les produits « d’une quarantaine d’agriculteurs locaux » situés à moins de 200 km, annonce Agnès Jannin, la directrice. « Tout n’est pas bio, mais c’est bien spécifié dans le magasin, et nous privilégions les producteurs les plus vertueux. »

A l’origine militante, cette démarche de promotion de l’agriculture paysanne locale a trouvé son public dans ce quartier en pleine mutation, permettant à la structure d’embaucher sept salariés, soit cinq équivalents temps plein. Une petite réussite que la crise sanitaire actuelle n’a pas mise à mal. Ce serait même le contraire, puisque le confinement lui a permis de connaître ses heures les plus fastes.

Un engouement qui a failli conduire au burn-out

« Nous avons eu énormément de demandes pendant cette période, détaille la responsable. Les gens étaient chez eux et cuisinaient beaucoup, pour eux et pour leurs enfants. Ils venaient chercher des produits frais, nous avons vendu par exemple énormément d’œufs et de farine, sûrement pour faire des gâteaux. » Mais cela reste une supposition car « nous étions tellement sous pression, nous n’avons pas eu trop le temps de discuter ! », fait mine de plaisanter la directrice.

Plus sérieusement, elle concède que l’engouement était tel que cela a eu des conséquences sur la petite équipe : « Par moments, nous étions à la limite du burn-out​… » Car il fallait gérer l’afflux de clientèle, mais aussi s’assurer que les rayonnages soient correctement pourvus. « Nous avons eu parfois des problèmes d’approvisionnement car les producteurs commercialisant en direct à la ferme ont dû faire face eux aussi à une augmentation de leur clientèle. Ils étaient tiraillés entre nous livrer et conserver leur marchandise pour satisfaire les gens venant chez eux… »

Mais qui étaient tous ces nouveaux consommateurs, soudainement soucieux de la provenance de leurs fruits et légumes ? Agnès Jannin n’a pas conduit d’étude précise. Mais si elle estime qu’il s’agissait pour partie de leur clientèle habituelle, laquelle avait davantage de besoins que d’ordinaire, elle soutient avoir vu « beaucoup de nouvelles têtes. Pendant cette période, il y a eu un véritable engouement pour la production locale. »

Un chiffre d’affaires à l’équilibre

Un enthousiasme tel que la petite structure a failli connaître une crise de croissance… Mais est arrivé le temps du déconfinement. « Cela s’est alors calmé, assure Agnès Jannin. Pour faire respecter les distanciations physiques, nous avons limité les entrées dans le magasin, il y avait la queue sur le boulevard, et cela en a découragé certains. » Et puis, comme le confie le responsable d’une autre épicerie paysanne située rue Léon-Bourgeois (1er), « les gens en avaient assez de faire Top Chef à la maison tous les soirs ».

Avec quelques mois de recul, la responsable d’Adèle assure que « au final, notre chiffre d’affaires s’équilibre, et cela nous permet pour l’instant de traverser sereinement, du point de vue économique, cette crise sanitaire ». Reste que des habitudes ont été prises. Selon un producteur de viande et de fromage de brebis situé à Gémenos, qui écoule sa production en vente directe et dans des magasins de producteurs, « environs 30 % de ces nouveaux clients pourraient se pérenniser ».