Vêtements d’occasion : Le boom des particuliers qui achètent uniquement pour revendre

DE SECONDE MAIN EN SECONDE MAIN Avec le développement du marché des vêtements d’occasion, certains particuliers ont trouvé un bon créneau pour arrondir leurs fins de mois

Romarik Le Dourneuf

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Pendant la crise du Covid-19, les braderies en ligne remplacent en partie celles des rues
Pendant la crise du Covid-19, les braderies en ligne remplacent en partie celles des rues — Pexels
  • Le cabinet Boston Consulting Group a publié ce mardi, une étude pour le site Vestiaire collective, qui montre l’intérêt grandissant des consommateurs pour les vêtements de marques vendus d’occasion.
  • Avec le développement des plateformes et autres marketplaces, certains consommateurs recherchent les vêtements vendus à bas prix par leurs propriétaires pour les revendre en encaissant une marge.
  • Cette pratique, bien que légale, est surveillée par les autorités fiscales qui reçoivent les relevés de transactions par les plateformes.

« En commerce, l’occasion est tout. » En détournant ses propos, on pourrait laisser penser qu’Honoré de Balzac était un visionnaire. Dans la situation économique provoquée par le Covid-19, le marché de l’occasion ne connaît pas la crise. Selon une étude du Boston consulting group, pour le site Internet Vestiaire collective, publiée ce mardi, le marché mondial de l’occasion pèserait entre 30 et 40 milliards de dollars. Un chiffre en constante progression puisque l’étude prévoit une croissance annuelle de 20 % sur les cinq prochaines années. De nombreux acteurs économiques essaient de s’y faire une place. Dans le secteur des vêtements de marque, certains particuliers avisés en profitent pour arrondir leurs fins de mois.

Arrondir ses fins de mois

« Ça m’est arrivé de gagner 400 euros en un mois, sans trop forcer. » Mathilde, 31 ans, avoue ne pas tout à fait assumer la somme. Fanatique du site de revente de vêtements de seconde main entre particuliers, Vinted, elle en tire des bénéfices tous les mois depuis près de deux ans. Son astuce ? Repérer les vêtements de marque vendus à trop bas prix par les autres vendeuses, car elles en ignorent la valeur marchande. A l’origine, Mathilde se rendait sur ce site pour trouver des vêtements à porter : « J’ai toujours aimé les grandes marques, les vêtements de qualité. Mais je n’avais pas les moyens de me les offrir. Alors je passais des heures à défiler les offres en espérant faire une affaire. » A force de chercher, elle a fini par connaître un très grand nombre de marques, mais aussi leur potentiel à la revente.

Morgane a connu le même cheminement. En mettant en vente un petit haut, elle reçoit une dizaine d’offres en moins de 15 minutes. C’est le déclic : « Je venais de proposer une “affaire à ne pas manquer”. » Comprenez : Un vêtement qui a un fort potentiel à la revente. Morgane comprend alors qu’elle peut remplir davantage son portefeuille virtuel. Aujourd’hui, les sessions shopping de ces deux internautes se divisent en deux : D’un côté elles cherchent ce qu’elles aimeraient s’offrir, de l’autre, elles cherchent les perles qu’elles pourront revendre plus cher. A la lecture des témoignages reçus par 20 Minutes, cette pratique se développerait grandement sur les sites de vêtements d’occasion.

« Le réflexe du brocanteur »

Dominique Roux, professeur à l’Université Reims Champagne-Ardenne, étudie les consommations émergentes, alternatives et collaboratives. Elle explique ce type de comportements : « C’est le réflexe du brocanteur. Un vendeur fait une mauvaise estimation de son produit. L’acheteur le sait, l’achète et le revend. » Si Dominique Roux précise que ce comportement existe depuis longtemps, avec les réseaux sociaux et des plateformes de seconde main, cette pratique se popularise : « Les consommateurs prennent une part au commerce traditionnel. » Alors qu’auparavant, le commerce se passait entre acteurs fixes : les commerçants d’un côté et les clients de l’autre. Le marché de l’occasion, notamment en ligne, bouscule ce schéma.

Dominique Roux résume : « Les acheteurs d’un jour sont les vendeurs de demain. Et inversement. » Aussi, les particuliers montrent de vraies qualités de commerçants : Ils ajoutent des petits cadeaux à leurs ventes, mettent une bonne note à leurs acheteurs, un gentil commentaire et ils les remercient publiquement. « Et comme les commerçants, certains développent une vraie expertise et sont capables d’évaluer les prix dans un domaine », analyse Dominique Roux. Pour l’économiste, c’est aussi l’application de l’entrepreneuriat  qui est valorisé dans notre société. Internet permet aux particuliers de « s’autonomiser » et les plateformes les aident à se professionnaliser. Elles proposent des tutoriels pour mettre en valeur les vêtements : « Mieux vaut une photo du vêtement porté, plutôt que sur un cintre... »

Une cible de choix

Et le vêtement de marque se prête particulièrement à ces pratiques. Notamment grâce à la montée en gamme recherchée par les clients. Selon l’étude BCG, 85 % des acheteurs de seconde main veulent réduire la surconsommation causée par la fast fashion en privilégiant des achats moins nombreux et de meilleure qualité. Mais le prix est important puisque 45 % recherchent d’abord des tarifs abordables. Ils sont mêmes 65 % à vouloir adapter leur consommation pour acheter plus de marques fiables. Mathilde le confirme : « La marque est la première chose que je regarde. C’est ce que les acheteurs cherchent en premier et donc ce qui permet de faire le plus de marge. »

Attention à ceux qui auraient la folie des grandeurs. Ces ventes ne peuvent entièrement passer sous les radars des autorités. En effet, les plateformes doivent envoyer à l’administration fiscale un récapitulatif annuel des transactions de toutes les personnes qui encaissent plus de 3.000 euros ou qui effectuent plus de 19 transactions dans l’année. Ce dispositif qui lutte contre la fraude n’aboutit pas forcément à une taxation sauf si une vente dépasse 5.000 euros (19 % de taxe).