Coronavirus : Les entreprises plombées par l'allongement des retards de paiement

ETUDE Le baromètre du cabinet ARC montre une nette augmentation des retards de paiement, ce qui créé des tensions sur la trésorerie des entreprises.

Nicolas Raffin

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Illustration d'une facture.
Illustration d'une facture. — GILE MICHEL/SIPA
  • Le cabinet Arc a publié mardi son baromètre sur la santé financière des entreprises.
  • La crise du coronavirus a provoqué une augmentation des délais de paiement des factures, ce qui peut mettre en péril les entreprises.
  • Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, est favorable à la création d’une notation afin d’identifier les mauvais payeurs.

Des factures qui mettent de plus en plus en temps à être réglées, une trésorerie qui s’assèche petit à petit, jusqu’à la cessation de paiement et la fermeture définitive. Voilà, de manière succincte, le scénario noir que craignent beaucoup d’entreprises en ce moment, avec la crise économique liée au Covid-19. Le baromètre du cabinet Arc, publié ce mardi, ne va pas forcément les inciter à plus d’optimisme.

Selon leur sondage réalisé auprès de 500 entreprises début septembre, les retards de paiement se sont nettement accrus depuis quelques mois, touchant particulièrement les PME (petites et moyennes entreprises, de moins de 250 salariés), plus fragiles que les grands groupes. Pour rappel, un retard de paiement est constaté dès que le délai prévu pour le paiement de la facture est dépassé. Classiquement, ce délai est de 30 jours après exécution de la prestation ou livraison des marchandises.

Des délais de paiement qui s’allongent largement

D’après le cabinet Arc, les retards de paiements des PME s’élèvent désormais à 18,6 jours en moyenne (ce qui veut dire que le paiement intervient 48 jours après la prestation). C’est une semaine de plus (7,7 jours) que l’année précédente. « Il faut prendre la mesure de cette explosion », explique Denis Le Bossé, président du cabinet. Car pour 95 % des dirigeants sondés dans le baromètre, « le non-respect des délais de paiement met en danger la santé des entreprises, pouvant aller jusqu’au dépôt de bilan ».

Comment expliquer ces retards ? Pour 32 % des entreprises, cela vient du fait que leurs clients qui payent hors-délai ont également une trésorerie en souffrance et sont donc dans l’incapacité de dégager assez d’argent pour régler leurs factures. Mais 24 % des sondés affirment que ce blocage est « délibéré », sans forcément de justification précise. Il peut par exemple s’agir de sociétés qui ont la capacité de payer mais qui préfèrent garder des réserves.

Les PGE à la rescousse

Quand l’argent vient à manquer, les entreprises sont souvent obligées de se tourner vers d’autres solutions, comme le prêt garanti par l’État (PGE), qui propose des taux très faibles (entre 1 % et 2,5 %), avec un remboursement étalé sur cinq ans maximum. Avant l’été, plus de 500.000 entreprises l’avaient déjà sollicité, pour un total de 85 milliards d’euros d’emprunts. Alors que le dispositif devait s’arrêter à la fin de l’année, l’État a finalement décidé que les entreprises pourraient y souscrire jusqu’au 30 juin 2021. L’exécutif pousse aussi pour le développement des prêts participatifs, qui présentent l’avantage de ne pas être comptabilisés comme de la dette dans le bilan des entreprises (même s’ils doivent être remboursés). Mais cela ne sera pas forcément suffisant : « Beaucoup d’entreprises vivent encore grâce aux aides de l’État, remarque Kérine Tran, directrice juridique du cabinet Arc. Une fois que le prêt aura été consommé, elles risquent de déposer le bilan rapidement ».

Pour sauvegarder la trésorerie, il faut donc impérativement réduire les retards de paiement. Afin de mettre la pression sur les mauvais payeurs, l’État a développé depuis plusieurs années le « name and shame » en affichant sur le site de la DGCCRF les entreprises ayant écopé d’amendes pour ne pas avoir payé leurs factures à temps. Depuis l’année dernière, elles sont également obligées de publier, à leurs frais, la sanction dans la presse locale.

Vers une agence de notation spécifique ?

Mais les chefs d’entreprises sondés réclament des mesures plus fortes, notamment la création d’une « agence de notation des délais de paiement ». Construite sur le modèle des agences de notation classiques (comme Moody’s ou Standard & Poor’s) qui évaluent le risque de non-remboursement, elle attribuerait une note publique à chaque entreprise, en fonction de sa rapidité à régler ses factures à temps. « Cela améliorerait la transparence, juge Kérine Tran, car des entreprises solvables peuvent très bien ne pas respecter des délais de paiement ».

Cette proposition a reçu le soutien de Bruno Le Maire. Invité à réagir aux résultats du baromètre, le ministre de l’Economie se dit « favorable à cette notation (…) qui permet d’informer les PME, les sous traitants, et peut être valorisante pour une entreprise qui fait l’effort de payer en temps et en heure ». Pour autant, le ministre explique que cette proposition verra le jour « quand la période [économique] sera un peu plus calme ». Ce qui, au vu de la situation épidémique, laisse encore de long mois aux entreprises récalcitrantes ou en difficulté pour améliorer leurs délais.