Coronavirus : La galère pour trouver un job plombe les finances des étudiants

GENERATION 2000 Le confinement puis le couvre-feu dans certaines villes et la crise économique, ont fait fondre les opportunités de boulot pour les étudiants

Delphine Bancaud

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Les jobs étudiant sont bien moins nombreux depuis le confinement.
Les jobs étudiant sont bien moins nombreux depuis le confinement. — Pixabay
  • « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », a déclaré Emmanuel Macron, lors de son allocution du 15 octobre. « 20 Minutes » l’a pris au mot en explorant plusieurs pans de la vie des jeunes à l’heure du coronavirus.
  • La vie matérielle des jeunes est notamment devenue plus difficile ces derniers mois, le marché des jobs étudiants s’étant tari.
  • Mais il reste malgré tout quelques bons filons à explorer.

Recherche jobs désespérément. En cette rentrée 2020, les petits boulots étudiants ne sont pas légion. Or, selon l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), un peu moins de la moitié des étudiants (46 %) exercent une activité rémunérée pendant l’année. Et ces jobs leur permettent de financer leur cursus, de payer leur appart, de s’offrir des vacances, de s’accorder des loisirs…

Conséquence : la précarité des jeunes croît ces derniers mois. « D’autant l’augmentation du coût de la vie pour les étudiants est de 3,6 % à cette rentrée, car les frais de logement et de transports ont augmenté dans les grandes villes. Ce qui explique que les demandes au Fonds national d’aide d’urgence aient bondi de 40 % entre janvier et août 2020 », indique Mélanie Luce, la présidente de l’Unef.

Le couvre-feu a été un nouveau coup de bambou

Le confinement les avait déjà privés de jobs, comme l’a souligné l’Insee dans une étude sortie la semaine dernière : parmi les jeunes qui avaient un emploi avant le confinement, plus d’un tiers ne travaillait pas en mai. Ce qui avait entraîné une perte de revenus importante, de 274 euros par mois en moyenne, selon l’OVE. Et parmi les étudiants qui avaient interrompu leur activité rémunérée, seulement 27 % d’entre eux ont bénéficié du dispositif de chômage partiel. Pour les autres, il n’y avait pas de filet de sécurité.

Le déconfinement avait apporté aux étudiants un petit répit, qui n’a hélas, pas duré. « Les offres d’emploi étaient bien reparties cet été, mais on ressent à nouveau un repli de l’activité économique depuis la rentrée », observe Sandrine Aboudara Pauly, déléguée générale des missions locales. Et le couvre-feu mis en place en Ile-de-France et huit grandes métropoles a été un nouveau coup de bambou pour les jeunes. Car il a fait voler en éclat les jobs nocturnes dans la restauration ou les opportunités de baby-sittings en soirée. D’autant que les bars avaient été déjà fermés dans les zones en état d’alerte maximale face à l’épidémie.

Plus de concurrence entre les jeunes pour décrocher un job

Sur Jobaviz, le site d’offres d’emploi des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous), « le niveau des offres est inférieur de 15 à 20 % par rapport à la même époque l’année dernière », explique son porte-parole. Même constat sur le site d’emploi Indeed : « Le nombre d’offres de jobs a chuté de 24 % en septembre 2020 par rapport à septembre 2019. Les petites boutiques ayant moins besoin de vendeurs car leur activité est réduite, les offres concernant la vente de détail ont par exemple chuté de 30 %. Et en restauration, elles ont baissé de 50 % par rapport à septembre dernier », constate Alexandre Judes, économiste chez Indeed.

« La grande distribution emploie aussi moins de jeunes en renfort le soir et le week-end, car certains Français redoutent d’aller faire leurs courses en hypermarché. Il y a aussi moins d’opportunités de baby-sitting car davantage de salariés sont en télétravail et vont chercher eux-mêmes leurs enfants à l’école. Et en cas de surcroît de travail, les entreprises préfèrent donner des heures supplémentaires à leurs salariés qu’embaucher un étudiant », analyse de son côté Stéphanie Delestre, présidente de la plateforme de recrutement Qapa. La concurrence entre étudiants pour décrocher un job s’est même renforcée : « Le taux de candidature par rapport au nombre d’annonces pour des jobs étudiants s’élève à 33 % contre 6 % pour l’ensemble des offres », constate Alexandre Judes.

« Il faut ouvrir ses chakras »

Mais malgré ces chiffres en berne, il reste quelques filons à exploiter pour les étudiants, comme le souligne Stéphanie Delestre : « Avec la perspective du black friday et de Noël, des offres de jobs seront à saisir dans la logistique et la vente ». Selon elle, les étudiants doivent aussi élargir leurs recherches de jobs : « Il faut ouvrir ses chakras et ne pas bouder les offres qui sont proposées dans la restauration rapide, la restauration collective, la logistique… » Alexandre Judes est du même avis, « L’agriculture offre notamment de vraies opportunités car les maraîchers ont moins de mains d’œuvre venant des pays voisins », souligne-t-il. L’aide aux devoirs constitue un créneau à creuser car beaucoup d’élèves ont du retard à rattraper en raison des jours d’école perdus ces derniers mois.

Une partie des étudiants pourra aussi compter sur l’aide de 150 euros serait étendue aux 400.000 jeunes bénéficiant des aides au logement ainsi qu’aux étudiants boursiers, qu’a annoncé le Premier ministre Jean Castex, dimanche. Un coup de pouce, certes appréciable, mais qui ne sera pas toujours suffisant.