La bataille entre Lagardère et les grands actionnaires Bolloré et Amber, passe devant la justice

EDITION Le géant des médias Vivendi et le fonds activiste Amber Capital veulent renverser le conseil de surveillance du groupe Lagardère pour y être représentés

20 Minutes avec AFP

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Chez Lagardère, le match entre grands patrons arbitré par la justice
Chez Lagardère, le match entre grands patrons arbitré par la justice — CHAMUSSY/SIPA

Rififi chez Lagardère. Depuis plusieurs mois, c’est un véritable bras de fer qui se joue avec d’un côté Arnaud Lagardère, soutenu par Bernard Arnault et de l’autre, Vincent Bolloré et son allié Amber Capital. Dans cette bataille, le tribunal de commerce de Paris a été appelé pour trancher certains points, une décision rarissime concernant une société cotée.

Pour résumer : le géant des médias Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré et le fonds activiste Amber Capital, sont les premiers actionnaires de Lagardère. Ces derniers souhaitent renverser le conseil de surveillance du groupe afin d’y être représentés en nommant quatre nouveaux membres.

Lagardère risquait d’être mis en minorité

Quand la direction a exclu l’organisation d’une assemblée générale extraordinaire, les deux actionnaires se sont tournés vers le tribunal de commerce de Paris pour qu’il désigne un mandataire ad hoc chargé de la convoquer. Si le tribunal donnait son accord, l’héritier Lagardère risquait d’être mis en minorité, malgré la montée rapide au capital ces dernières semaines de son nouveau partenaire l’empereur du luxe Bernard Arnault. Leur offre conjointe vient tout juste d’atteindre 15 % du capital et 17 % des droits de vote.

Mais la justice n’est pas allée dans leur sens. Le tribunal les a en effet déboutés de toutes leurs demandes mercredi, considérant qu’ils n’avaient pas « démontré avec l’évidence requise qu’ils poursuivent un autre but que celui de leurs intérêts propres ». Une victoire pour Arnault et Lagardère.

Aucune anomalie

Pour justifier de l’urgence d’organiser une telle AG sans attendre celle prévue chaque année en mai, Amber avait expliqué lors de l’audience de plaidoirie vouloir contester au plus vite le renouvellement anticipé, le 17 août, du mandat de gérant d’Arnaud Lagardère pour quatre années supplémentaires.

Or, ce renouvellement « n’est contraire à aucune disposition statutaire » et « son opportunité peut se justifier », a écrit mercredi le président du tribunal de commerce Paul-Louis Netter. « Nous ne relevons aucune anomalie dans le fonctionnement formel des organes sociaux de la société Lagardère SCA », écrit plus généralement le tribunal.

Vivendi et Amber comptent faire appel

La gérance et le conseil de surveillance de Lagardère ont salué une décision « conforme à l’intérêt social du groupe, dont la stabilité des organes de gouvernance est essentielle pour assurer la mise en œuvre de la nouvelle feuille de route stratégique ». Ils « réitèrent leur souci commun d’ouverture afin de restaurer un dialogue actionnarial constructif et apaisé. »

Vivendi et Amber ont de leur côté annoncé leur intention de faire appel. Pour l’héritier Arnaud Lagardère, c’est une occasion de souffler car dans le cas d’une assemblée générale, il risquerait d’être mis en minorité.

Bolloré a acquis le contrôle de 27 % des parts

En face, M. Bolloré, convié en avril pour soutenir la direction, a désormais acquis le contrôle de 27 % des parts, et 20 % des droits de vote : une position qu’il affectionne particulièrement, au seuil du déclenchement automatique d’une offre publique sur le groupe d’édition (Hachette) et de distribution dans les gares et aéroports (Relay), sans oublier les médias (le JDD, Paris Match et Europe 1). Vivendi bénéficie d’un droit de première offre sur la participation de 20 % détenue par Amber Capital.

Le fonds souverain du Qatar (13 % des parts et 20 % des droits de vote) serait alors appelé à les départager. Or, ce soutien historique d’Arnaud Lagardère est sorti de sa réserve fin septembre pour qualifier publiquement la demande de Vivendi et Amber de « légitime ».

« Des actionnaires qui rêvent d’avoir mon scalp »

Arnaud Lagardère a longtemps exclu de céder sa commandite, mais a été contraint cette année de tenter de la monnayer. Dans l’accord conclu avec Bernard Arnault à qui il a cédé 27 % de sa holding personnelle pour éponger une partie de ses dettes personnelles, il évoque l’échange de son statut privilégié contre des parts de son groupe, qui a souffert de la crise sanitaire mais dont le cours en Bourse a bénéficié de ce combat entre milliardaires.

Selon Capital, il a également rencontré seul à seul Vincent Bolloré, son voisin dans le quartier cossu de la Villa Montmorency à Paris. « Bien évidemment, je ne + décommanditerai + pas avec des actionnaires qui rêvent d’avoir mon scalp et qui veulent découper mon entreprise, comme Amber Capital. Mais si j’arrive à avoir en face de moi des gens qui veulent le faire de manière intelligente et apaisée, pourquoi pas », a-t-il déclaré vendredi au magazine, affirmant également que « Vincent Bolloré n’est pas (son) ennemi ».