Coronavirus à Paris : Avec les terrasses éphémères, le bois est-il un des grands gagnants de la crise ?

SORTIS DE CRISE Le coronavirus et les mesures prises pour enrayer l’impact de l’épidémie ont fortement affecté l’économie française. Des artisans ou des entreprises ont réussi à s’en sortir comme ces menuisiers d’Ile-de-France qui ont installé à Paris les terrasses éphémères des restaurants

Romain Lescurieux

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La terrasse éphémère d'un bar à vin, à Paris, dans le 17e arrondissement.
La terrasse éphémère d'un bar à vin, à Paris, dans le 17e arrondissement. — F. Hernandez / 20 Minutes
  • La crise sanitaire du Covid-19 a touché de nombreux secteurs de l’économie française. 20 Minutes vous présente des entreprises et des artisans qui malgré le confinement et les difficultés liées à l’épidémie ont vu leur activité se développer voire exploser.
  • A Paris, on recense actuellement plus de 9.200 terrasses éphémères de cafés ou de restaurants composées majoritairement de bois.
  • Les professionnels du bois et menuisiers proposent de plus en plus leurs services auprès des établissements de la capitale.
  • Avec le déploiement des « terrasses Covid » la filière du bois ne connaît pas la crise. « Si nous avons perdu 40 % d’activité pendant la crise et le confinement, actuellement nous sommes entre 105 et 110 % », indique la Fédération nationale du bois.

Elles ont fleuri à chaque coin de rue et font désormais partie du nouveau paysage de Paris. Quoi ? Les terrasses éphémères installées sur des places réservées habituellement au stationnement des véhicules. Sollicitée par 20 Minutes, la Mairie de Paris, qui a prolongé jusqu'en juin 2021 le dispositif, en dénombre actuellement plus de 9.200. « Une aide précieuse » selon les professionnels de la restauration durement frappés par la crise du coronavirus, le confinement du printemps et les récentes restrictions.

D’abord montées avec les moyens du bord et quelques palettes trouvées à droite et à gauche et parfois habillées de fausse pelouse, certaines terrasses se sont au fil du temps affinées, affûtées, pour être parfaitement alignées au trottoir. Et pour cause. Des professionnels du bois sont de plus en plus à la manœuvre sur ce qu’ils appellent les « terrasses Covid ».

« Ça fait du travail et ça rend les gens heureux »

« Ce travail nous fait du bien par rapport à la situation sanitaire et économique », avoue Laurent. Depuis plusieurs mois, ce menuisier basé au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne) ne chôme pas. Dès la sortie du confinement et quelques jours après les annonces de la Mairie de Paris concernant ce système de terrasses éphémères, cet Aveyronnais est contacté par Jean-Michel, patron de la brasserie Le Parisien située rue du Four dans le 6e arrondissement. Ce dernier veut une terrasse éphémère en bois pour accueillir des clients en extérieur. Laurent déboule et monte une terrasse clé en main en quelques heures sur une place de livraison. Une nouveauté pour ce menuisier plutôt spécialiste des portes, des fenêtres ou des cloisons, qui a profité ensuite du « bouche-à-oreille ».

Une terrasse éphémère dans le 2e arrondissement.
Une terrasse éphémère dans le 2e arrondissement. - R.LESCURIEUX / 20Minutes

A son actif mi-octobre, la pose de vingt-cinq terrasses éphémères dans la capitale. Notamment dans le quartier des Gobelins, rue Kleber, avenue Marceau, rue Lafayette, rue du Faubourg-Montmartre ou encore au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Une liste qui devrait encore s’allonger. « Pour moi, ça fait du travail et ça rend les gens heureux. Les clients sont contents et les patrons aussi de voir des terrasses bondées. Pour certains, du jour au lendemain, ils ont eu une terrasse alors qu’ils n’en avaient pas. Ça fait plaisir. » Jean-Michel qui a déboursé près de 3.000 euros pour sa terrasse pimpée de quelques fleurs et jardinières, n’y voit que du positif.

« Cette terrasse a sauvé ma saison »

« C’est un coût mais heureusement que j’ai eu cette terrasse, ça a sauvé ma saison, juillet-août-septembre. J’ai réussi à organiser vingt-quatre places dessus et actuellement la moitié avec les nouvelles restrictions sanitaires », affirme celui qui ne regrette rien mais craint tout de même l’hiver. « Nous n’avons pas le droit d’y installer un toit mais pour l’hiver ce serait intéressant de pouvoir transformer ces terrasses en petits chalets car ce ne sont pas nos parasols qui vont faire rester les clients », abonde-t-il. De son côté, Laurent assure être « réactif ». « Un établissement me demande une terrasse le lundi, le mercredi, c’est posé. »

Côté technique, il s’adapte au trottoir et à sa physionomie et surtout au décret édicté par la ville. La charte de la mairie de Paris indique notamment que l’établissement s’engage à « utiliser des dispositifs légers et esthétiques, facilement et rapidement démontables ». Et à ne « pas utiliser de mobilier fixé au sol et à ne pas créer de volumes fermés ». Et le bois fait figure de matériel optimal. Pour certains professionnels, le jeu n’en vaut cependant pas la chandelle.

« Nous avons été contactés par des bars, mais nous, nous travaillons principalement sur du sur-mesure. Et nos prestations peuvent être élevées pour des restaurants et des bars. En fait, on voit que les patrons des établissements se débrouillent avec du matériel de récupération, des copains artisans », indique un menuisier parisien. Si actuellement les bars sont fermés pour des raisons sanitaires, ces « terrasses Covid » qui sont exploitables de 8 heures à 22 heures, devraient toutefois encore connaître de belles heures dans la capitale. Tant le secteur est en plein boom.

« Les carnets de commandes de bois sont garnis pour les prochains mois »

Les terrasses éphémères profitent aussi à la filière bois. « Nous connaissons un véritable regain d’activité, notamment avec la demande sur les résineux [sapin, pins] qui sont en hausse. Si nous avons perdu 40 % d’activité pendant la crise et le confinement, actuellement nous sommes entre 105 et 110 %. La filière se porte bien », se réjouit auprès de 20 Minutes, Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois (FNB).

Les commerçants doivent démonter leur terrasse éphémère tous les soirs
Les commerçants doivent démonter leur terrasse éphémère tous les soirs - R.Le Dourneuf

Le Do It Yourself a aussi bénéficié à la filière. Car « les gens ont pris le temps de faire des travaux par eux-mêmes. » Résultat, « en France, les carnets de commandes de bois sont garnis pour les quatre, cinq prochains mois, souligne Nicolas Douzain. Le bois fait son grand retour en ville avec une ressource locale. Et c’est une bonne chose ». Un constat dans l’ère du temps pour des terrasses prochainement pérennisées ?

« Ce serait mon rêve », répondait il y a peu à 20 Minutes, Marcel Benezet, président de la branche des cafés, bars et brasseries du GNI-Synhorcat. Même son de cloche, à la brasserie Le Parisien. « A terme, j’aimerais la garder moyennant évidemment un droit de terrasse », assure Jean-Michel. Pour le moment, la Mairie de Paris n’a pas tranché, mais dans une tribune publiée en juin dernier, Anne Hidalgo (PS) et David Belliard (EELV) indiquaient que les récentes transformations de l’espace public allaient s’inscrire dans le temps. A l’instar des coronapistes.