Coronavirus à Marseille : « J'ai peur, je ne dors plus », les patrons de bar « paient le plus lourd tribut »

ECONOMIE Les bars marseillais et aixois restent fermés pour au moins un mois, après des mois de fermeture pendant le confinement

Mathilde Ceilles

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Les bars à Marseille resteront fermés pendant au moins un mois
Les bars à Marseille resteront fermés pendant au moins un mois — Fabien Dupoux/SIPA
  • Le préfet des Bouches-du-Rhône a prolongé la fermeture des bars et des restaurants pour quinze jours à Aix et Marseille.
  • Pour les professionnels du secteur, les perspectives d’avenir sont floues et angoissantes.
  • « On a pu rouvrir qu’un mois et demi », rappelle l’un d’eux.

La gorge de Laurent Lieutaud se serre soudain. Le patron du Red Lion, un pub très couru du huitième arrondissement de Marseille, ne parvient pas à contenir ses larmes. « Je revois la tête de mes salariés quand il a fallu leur annoncer qu’on allait de nouveau recourir au chômage ​partiel, balbutie-t-il comme pour s’excuser. Je revois leurs visages et ça me touche. »

Depuis le 23 septembre, les bars de Marseille sont contraints de fermer leurs portes, en raison de la crise sanitaire du coronavirus qui touche la France. Et cette interdiction sera en vigueur pendant au minimum un mois, jusqu’au 27 octobre, conformément au nouvel arrêté préfectoral pris ce dimanche. Soit la fermeture la plus longue sur tout le territoire national, pour une durée qui reste encore indéterminée.

« On a pu rouvrir qu’un mois et demi, c’est peu »

« Avec les discothèques, on paie le plus lourd tribut, par rapport à d’autres villes, souffle Laurent Lieutaud. Au total, on a quand même fermé pendant près de six mois, avec le confinement. Cet été, on a pu rouvrir qu’un mois et demi. C’est peu. Peut-on m’expliquer pourquoi on ferme les bars et on continue à ouvrir les supermarchés où les gens sont agglutinés ? C’est d’un illogisme ! Aujourd’hui, je suis dans le flou. On morfle. »

Les bars marseillais et aixois sont en effet les derniers du secteur de l’hôtellerie et de la restauration à devoir fermer leurs portes à Marseille et Aix-en-Provence. Depuis une semaine, au terme de plusieurs jours de cafouillages et de flous, les établissements servant de l’alcool et dotés d’une cuisine, type brasserie, ont été, eux, autorisés à rouvrir leurs portes, au même titre et dans les mêmes conditions que les restaurants.

« Ma vie s’est arrêtée »

« Est-ce que cette distinction est juste ? Evidemment qu’elle n’est pas juste », reconnaît Manuel Mendez, patron de plusieurs établissements à Marseille dont la brasserie Longchamp Palace dans le centre-ville, et vice-président de l’union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie (Umih) des Bouches-du-Rhône. Et d’ajouter : « La question n’est pas là. C’est le principe d’une restriction, il faut une limite qui ne convient pas à tout le monde. La vraie question est dans la prise en charge, et moi, je trouve qu’on est plutôt pas mal accompagné par l’Etat avec les prêts et les aides. Pour ma part, j’ai perdu au Longchamp Palace 60 % de mon activité ! »

Bien qu’associé d’an autre Red Lion dans le centre-ville qui, lui, reste ouvert en raison de son activité restauration, Laurent Lieutaud peine de son côté à voir l’avenir avec optimisme, après avoir perdu selon lui « plusieurs centaines de milliers d’euros ». « Les aides de l’Etat ne sont pas suffisantes, estime-t-il. Pendant le confinement, on nous a dit qu’on gelait tout, les loyers… Et là, nada. Même quand le pub est fermé, je dois sortir des dizaines de milliers d’euros, dans les loyers, les factures, les impôts. Alors même si on rouvrait un jour, comment on va faire ? Je ne peux plus me permettre de perdre de l’argent. »

Et de confier avec une certaine angoisse : « Ce pub, c’est 24 ans de travail. C’est toute ma vie. Je me suis saigné. J’ai sacrifié ma jeunesse. Et aujourd’hui j’ai peur. Je ne dors plus. J’ai des angoisses. L’anxiété prend le dessus. Je suis en train de faire construire ma maison et j’ai dû arrêter les travaux. Depuis des semaines, ma vie s’est arrêtée, et je ne sais pas où on va. »