Logement : Quelle solution pour éviter les pièges des sols argileux ?

MAISON Sous l’effet de la sécheresse et des pluies, les sols argileux peuvent jouer de mauvais tours aux bâtiments, en provoquant d’importantes fissures et en fragilisant les fondations

Julie Polizzi pour 20 Minutes

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IStock / City Presse

Avant de s’établir à un endroit donné, mieux vaut savoir où on met les pieds et, en l’occurrence, ses fondations. À partir de ce principe, l’ État a récemment renforcé la législation relative à la prévention des risques de mouvement de terrain des sols argileux.

L’objectif : réduire le nombre de sinistres, beaucoup trop important à l’heure actuelle.

Un phénomène naturel en cause

Il est aujourd’hui possible de bâtir des constructions à peu près partout. Mais les techniques et méthodes varient en fonction de la structure du sol. L’argile a, en particulier, une fâcheuse tendance à se modifier en fonction des variations d’eau du terrain. En période de sécheresse, le sol se tasse de façon irrégulière et provoque des déformations en surface. À l’inverse, lorsque la pluie revient, cette terre argileuse se met à gonfler. C’est ce qu’on appelle le phénomène de « retrait-gonflement ».

Grâce à son climat tempéré, la France est relativement peu touchée par l’effet de gonflement, puisque les zones argileuses sont souvent saturées en eau. En revanche, la multiplication des périodes de sécheresse ces dernières années met à mal les constructions non adaptées. Fissurations des façades, distorsion des portes et fenêtres, dislocations des dallages et des cloisons, rupture des canalisations enterrées, voire décollement et affaissement des terrasses ou des perrons, les dégâts peuvent être colossaux. Et ce sont essentiellement les maisons individuelles qui en font les frais, puisque leurs fondations sont moins profondes que celles des bâtiments collectifs et que les propriétaires particuliers n’ont pas l’expertise des professionnels. Ce phénomène est d’ailleurs le premier poste d’indemnisation au titre de l’assurance dommage-ouvrage pour ce type d’habitation.

Prévenir pour mieux construire

Face à un risque majeur, la loi Élan du 23 novembre 2018 a pris les choses en main pour réduire le nombre de sinistres et limiter au passage la facture d’indemnisation. La solution ? Imposer la réalisation d’une étude géotechnique pour toute construction dans les zones sensibles. Cette obligation est entrée en vigueur le 1er janvier 2020, bien que l’arrêté d’application nécessaire ne soit en réalité paru que le 6 août.

Dans cette optique, une nouvelle cartographie a été dressée, afin de déterminer quels territoires sont les plus exposés au phénomène de retrait-gonflement des argiles. Dans ces derniers, le vendeur d’un terrain constructible doit dorénavant fournir une étude géotechnique préalable permettant d’identifier les risques du site. Ce document valable trente ans devra rester annexé au titre de propriété pour toutes les cessions successives.

De même, avant tout début de chantier de construction, le maître d’ouvrage doit faire réaliser une étude géotechnique dite de conception, prenant en compte l’implantation et les caractéristiques du bâtiment. Elle doit ensuite être remise au constructeur, afin qu’il puisse opter pour les méthodes d’édification appropriées. Attention, cette obligation vise les promoteurs de petits projets immobiliers (immeubles ne comprenant pas plus de deux logements), mais aussi les propriétaires particuliers qui font bâtir leur maison individuelle ou y réalisent des travaux de construction importants. L’ajout d’une véranda ou d’un garage de moins de 20 m2 échappe toutefois à cette réglementation.

Comment construire sur un sol argileux ?

Différentes techniques de construction permettent de sécuriser un bâtiment édifié sur un sol argileux, mais toutes obéissent à des principes de base. Ainsi, il faut s’éloigner au maximum des arbres ou prévoir des écrans anti-racines, réaliser une ceinture étanche autour de l’habitation, étanchéifier les canalisations enterrées, miser sur un bon système de drainage, prévoir un vide sanitaire ou un sous-sol, rigidifier la structure du bâtiment, adapter les fondations ou encore désolidariser les différents éléments de la structure.

Votre commune est-elle concernée ?

La cartographie de l’exposition au retrait-gonflement des argiles est disponible sur le site officiel Géorisques.gouv.fr. Il suffit d’indiquer votre département et votre commune d’habitation pour obtenir sa classification. Seuls les territoires subissant un aléa fort (en rouge) ou moyen (en orange) sont concernés par l’obligation d’étude géotechnique.
En tête de liste, une grande partie des régions Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Paca sont estampillées en aléa fort, tandis que le Centre-Val-de-Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, l’Ile-de-France et certains départements du Nord et de l’Est ont une exposition considérée comme moyenne.