Coronavirus : Le gel des retraites complémentaires voté, en attendant d'en savoir plus sur l'épidémie

RETRAITES Le vote du gel des pensions de retraite complémentaires a été validé ce jeudi, un an après les accords qui assuraient leur indexation sur l’inflation

Romarik Le Dourneuf

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Les retraites complémentaires représentent 60% du revenu des cadres à la retraite
Les retraites complémentaires représentent 60% du revenu des cadres à la retraite — Philippe Huguen
  • Huit jours après les recommandations de son bureau, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco a voté, ce jeudi 8 octobre, le gel des pensions de retraites complémentaires.
  • Alors que les accords de 2019 assuraient l’indexation des retraites complémentaires sur l’inflation, la crise économique liée au coronavirus change la donne.

Le bureau de l’Agirc-Arrco le préconisait depuis le 30 septembre, le conseil d’administration l’approuve. Réuni en assemblée ce jeudi 8 octobre, l’organisme qui gère les pensions complémentaires de retraite des salariés du privé a décidé de les geler pendant un an.

Conséquence : les retraités ne verront pas leur pension augmenter le 1er novembre prochain.

« L’effort doit être partagé par tous »

Pourtant, selon les accords signés en mai 2019 par les partenaires sociaux, les retraites complémentaires, qui représentent 60 % de la pension des cadres, devaient être indexées sur l’inflation, afin de préserver le pouvoir d’achat des retraités sur la période de 2020 à 2023. Mais cette année, avec le coronavirus, le confinement et la crise économique qui en découle, l’inflation a progressé davantage que le salaire de référence qui, en partie à cause du chômage partiel, a baissé de 7 %.

Dans un communiqué, l’Agirc-Arrco rappelle que si l’évolution des prix est supérieure à celle des salaires, ce sont ces derniers qui servent de référence, mais qu’en aucun cas les pensions ne peuvent être diminuées.

Un impact limité

Pour Eric Chevée, vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) chargé des affaires sociales, ce gel n’est « même pas un sujet ». Il argue que la revalorisation de la valeur du point de service n’aurait été que de 0,1 % : « On sait que les 10 % les plus pauvres sont dans une situation de précarité, mais les autres ne sont pas mal lotis et ne devraient pas le ressentir. » Et d’ajouter que le montant du gel correspond exactement au surplus qui avait été accordé en 2019. Cette décision ne serait alors pas une perte, mais une mise à l’équilibre.

Les partenaires sociaux favorables à ce gel rappellent que la balance des retraites complémentaires, qui était à l’équilibre en 2019, devrait terminer l’année dans le rouge, avec un déficit estimé à 6,5 milliards d’euros. « Peut-être un peu moins, tempère Eric Chevée. On prévoyait 10 milliards de pertes après le confinement, 8 milliards cet été. Si on évite une seconde vague, cela pourrait encore diminuer d’ici à la fin de l’année. »

Pas d’alerte, toutefois, puisque l’Agirc-Arrco dispose de réserves. Si elles tendent à s’amenuiser au regard des charges à couvrir, elles sont suffisantes, selon Eric Chevée : « Il n’y a pas de danger sur l’avenir des retraites complémentaires de l’Agirc-Arrco. Elles sont faites pour contrer les accidents conjoncturels comme celui que l’on vit. Mais, dès maintenant, il faut penser à les reconstituer. »

Une mesure qui en appelle d’autres

S’il n’y a donc pas danger, pour d’autres membres de l’organisme, il n’y avait pas non plus urgence à prendre cette mesure. Pierre Pluquin, administrateur de la CGT à l’Agirc-Arrco, y était opposé : « Nous avons 60 milliards de réserves et donc quelques années devant nous avant de devoir crier. » Selon lui, les retraités n’avaient pas à être des victimes collatérales de la situation.

Le gel approuvé, les partenaires sociaux vont désormais devoir se pencher sur les solutions pour assurer les réserves de l’Agirc-Arrco. Car les dernières projections ne permettent plus de réunir les conditions d’un minimum de six mois de réserves d’allocations jusqu’en 2033, mais plutôt jusqu’en 2026. Pour y remédier, l’Agirc-Arrco annonce la saisine par les partenaires sociaux du conseil d’administration. Si la CPME veut à nouveau aborder le problème de l’âge de départ à la retraite, la CGT préférerait augmenter le coefficient de soutenabilité. Les différentes parties sont toutefois d’accord pour attendre le début de l’année 2021 et l’évolution de la situation sanitaire et économique pour se pencher sur le problème, comme l’a conseillé le bureau de l’Agirc-Arrco. La fixation de la valeur du point d’achat, qui a effet habituellement le 1er janvier, est ainsi repoussée.