Coronavirus à Marseille : « On n’y comprend rien », la (non) réouverture des bars vire au grand n’importe quoi

CORONAVIRUS Alors que l’Umih a annoncé la réouverture des bars à Marseille, la préfecture indique que cette question est en négociation, tandis que le ministère de la Santé écarte toute dérogation immédiate

Mathilde Ceilles

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Un bar à Marseille
Un bar à Marseille — Daniel Cole/AP/SIPA
  • L’Umih a annoncé ce lundi dans la soirée avoir obtenu l’engagement du préfet de réouvrir les bars à Marseille et Aix-en-Provence
  • Mais ce mardi, le préfet indique que des « concertations » sont en cours, tandis que le gouvernement exclut toute réouverture.
  • Au milieu, les professionnels du secteur sont complètement perdus.

« On ne sait plus sur quel pied danser ». Derrière son comptoir, dans ce bar à tapas près du Vieux-Port, Greg ne cache pas son agacement. Comme tous les professionnels du secteur, ce serveur a entendu parler ce lundi dans la soirée d’une réouverture possible des bars à Marseille​. L’annonce a été faite par l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) des Bouches-du-Rhône, sur sa page Facebook, et par la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, sur ce même réseau social.

« A l’issue d’une réunion ce lundi avec monsieur le préfet et Madame la maire d’Aix-en-Provence, le préfet a autorisé la réouverture des bars dès ce mardi », affirme auprès de 20 Minutes son président, Bernard Marty, en milieu de journée ce mardi. « On reviendrait au droit commun, avec une fermeture à une heure du matin à Aix-en-Provence et deux heures à Marseille, dans le respect du protocole sanitaire. Le préfet est dans le dialogue et a entendu nos arguments. Que pouvait-il dire répondre d’autres face à l’évidence ? »

Le ministère écarte toute réouverture prochaine

Oui mais voilà, du côté de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le ton est beaucoup moins catégorique. « Il n’y a pas d’arrêté sur le sujet, précise-t-on. Nous sommes dans une phase de négociation et de concertation dans le cadre de la clause de revoyure », cette fameuse clause qui permet d’ouvrir éventuellement les établissements fermés en raison de la crise sanitaire, comme les bars et les restaurants. « On ne sait pas par contre si cette éventuelle réouverture aura lieu demain, dimanche ou à la fin de l’arrêté. »

Pire encore : interrogé par 20 Minutes, le cabinet d’Olivier Véran, qui se dit « sur la même position que la préfecture » écarte toute réouverture des bars à Marseille dans les prochains jours. « Comme indiqué ce lundi, les établissements avec un débit de boissons et une importante activité de restauration sont autorisés à rouvrir conformément au protocole sanitaire, indique le ministère de la Santé. La brasserie peut rouvrir mais sur le bar à bières pur et simple, il n’y a pas de changement, conformément à ce qui a été décidé par la clause de revoyure dimanche. Et il n’y aura pas de changement avant la prochaine clause de revoyure. Les brasseries en zone d’alerte maximale doivent donc fermer à 22 heures, et les bars purs et simples restent fermés. »

« On n’y comprend rien »

Pris au piège de ce bazar sans nom, les professionnels du secteur sont complètement perdus. « Moi, ma patronne m’a dit hier soir qu’on pouvait rouvrir comme avant, confie Cédric*, serveur dans une brasserie du Vieux-Port. Nous, on est moitié restaurant et moitié bar. Avant, ce qu’on avait comme consigne, c’est que si tu venais boire six pintes entre potes, il fallait prendre une pizza, quelque chose. Là, du coup, à midi, j’ai servi des cafés. Et on pensait fermer comme avant, après minuit ! On ne nous tient pas au courant ! Franchement on est paumé, on n’y comprend rien ! »

« Quand la cuisine est ouverte, on demande aux gens de prendre des tapas, abonde Greg. Mais là, regardez, la cuisine est fermée, mais on ne va pas fermer pour autant ! Donc on sert des bières ou des cafés, comme tous les collègues ici, autour de nous ! » Sur les terrasses voisines, en cette fin d’après-midi, les Marseillais profitent en effet des températures encore douces pour un mois d’octobre pour siroter quelques pintes.

« On nous prend pour des cons ou quoi ? »

« Dans le protocole sanitaire, on ne raisonne pas en termes de biens consommés, explique-t-on du côté du ministère de la Santé. Ce qui compte, c’est le respect du protocole sanitaire. Que je commande un café ou une côte de bœuf, je dois rester à ma table, porter le masque et régler l’addition assis. » Un scénario impossible selon cette même source dans un bar, où le client serait au comptoir et debout.

« On nous prend pour des cons ou quoi, s’emporte Bernard Marty. Hier soir, on pouvait rouvrir, et ce mardi, on ne peut pas. C’est une farce ! J’avais confiance en ce que disait le préfet qui je pense, est bien emmerdé parce qu’il ne peut plus respecter ses engagements. Et aujourd’hui, il n’y a aucune négociation en préfecture, ou alors, je ne suis pas dedans ! »

Et d’accuser : « Moi, j’aimerais qu’on nous écoute, au lieu d’écouter Paris qui met la pression sur Marseille pour fermer les bars ! Sous prétexte que Paris ferme, on ne peut pas ouvrir ? On se sert de Marseille pour régler des comptes ou je ne sais pas quoi, mais nous, ça fait huit jours qu’on est fermé ! Et on ne demande qu’une chose, c’est de pouvoir bosser ! »

*Le prénom a été modifié