Coronavirus : Pour les pros du tourisme, des vacances de la Toussaint sans grand espoir

TOURISME La période avait pourtant connu un certain essor ces dernières années

Romarik Le Dourneuf

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Un couple sur une plage d'Antibes.
Un couple sur une plage d'Antibes. — Mario FOURMY
  • Si le tourisme a connu, malgré la pandémie de coronavirus, un été moins catastrophique que prévu, les vacances de la Toussaint ne devraient pas suivre la même voie.
  • Cette période, qui connaissait depuis une dizaine d’années un essor grâce à son allongement à deux semaines, au dézonage et aux voyages low-cost, va voir un effondrement des réservations cette année, selon les professionnels du tourisme.
  • La peur des contaminations et les tensions liées au virus dans les destinations urbaines devraient en effet décourager les touristes. Et pas sûr que les vacances d’hiver seront mieux.

« C’est déjà les vacances ? » A l’approche de la Toussaint, cette réflexion revient souvent, dans la bouche des adultes plus que dans celles des écoliers, à l’évocation des premières vacances scolaires de l’année, qui démarrent le 17 octobre prochain.

Pour le secteur du tourisme, ces congés n’arrivent jamais trop tôt. Et encore moins cette année, à cause de la crise du coronavirus. Mais si les professionnels ont pu limiter la casse grâce à un été légèrement moins catastrophique que prévu, les semaines à venir ne devraient pas être salvatrices.

Une période en plein essor

Pendant longtemps, ces vacances d’automne ont été réservées à la tradition : visite de tombes et retrouvailles en familles. Une première pause après la rentrée qui n’était donc pas dédiée aux folies vacancières, comme en témoigne Guy Raffour, fondateur de Raffour Interactif, cabinet spécialisé dans le tourisme : « On a toujours vu une prédominance de séjours non-marchands, courts, en famille, chez les amis ou dans des résidences secondaires. » Mais la donne a changé il y a une dizaine d’années : alors qu’auparavant, environ 4 millions de Français partaient sur cette période, près du double (7,4 millions) ont voyagé en 2019. Les raisons sont d’abord structurelles, selon l’expert : « La Toussaint a pris plus d’importance avec le passage d’une à deux semaines et avec son dézonage. Cela a facilité les retrouvailles en famille lorsque celles-ci sont éloignées. » Un autre élément est apparu :  les vols low cost, et avec eux de nouvelles destinations pour des séjours de courtes durées.

Didier Arino, directeur général associé de Protourisme, raconte cet engouement : « Sur deux semaines, les parents devaient trouver un moyen d’occuper les enfants. Le télétravail, qui se développait déjà, permettait en plus de bouger sans poser de congés. » Au point que les parcs d’attractions comme le Puy du Fou ou Disneyland ont repoussé leurs dates de fermetures pour accueillir du public. « Les low cost ont aussi encouragé les jeunes urbains à voyager dans des villes européennes comme Rome, Lisbonne, Venise, Amsterdam ou Barcelone, reprend Didier Arino. Et les seniors en ont profité pour s’offrir des séjours en formule club dans les pays du Maghreb. »

Le Covid-19 chamboule tout

Oui mais voilà, cette année ne ressemble à aucune autre, et les vacances de la Toussaint devraient connaître un sérieux coup de frein. Même si le ministre de la Santé, Olivier Véran, a écarté ce jeudi soir la possibilité d’une limitation des déplacements en France, « les gens hésitent à aller voir leurs parents ou grands-parents de peur de les contaminer, note Didier Arino. La plupart des clusters sont en ville, ce qui refroidit le tourisme urbain. Et beaucoup de gens n’ont pas pu travailler, totalement ou en partie, pendant des semaines, ce qui limite les possibilités de congés. De toute façon, on ne se risque pas à partir à plus de 100 kilomètres par crainte de mesures sanitaires comme le confinement, qui pourraient poser des problèmes pour le retour. » Même le télétravail, qui s’est fortement développé depuis le début de la pandémie, n’empêche pas les réservations de s’effondrer.

Les chiffres dévoilés sont sans appel. Guillaume Rostand, président de Liligo, plateforme de réservations en ligne : « On est à – 65 % de réservations par rapport à l’année dernière. Si on a connu une légère hausse cet été (- 50 % par rapport à 2019), l’effet de la “seconde vague” est déjà là. » Pessimiste, il n’espère pas de réservations de dernière minute, comme cela a été le cas cet été : « Les voyageurs sont dans l’expectative, ils attendent de voir ce qui va se passer dans les prochaines semaines. » Et d’évoquer la crainte des annulations de vols par les compagnies aériennes, qui sont passées de 4 % habituellement à 50 % cet été.

La France, « plus sécurisante », privilégiée

Conséquence de cette période trouble : de nouvelles destinations émergent. Les populaires Amérique du Nord, Amérique du Sud et Asie ont disparu des radars des réservations, selon Guillaume Rostand : «New York, par exemple, qui squatte le top 3 tous les ans à cette période, n’est plus que la 35e destination recherchée par nos clients. » En revanche, les Dom-Tom retrouvent une certaine popularité. La Réunion arrive même en tête des recherches. Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et Fort-de-France (Martinique) occupent les 4e et 5e places (derrière Porto et Lisbonne) : « Les Français recherchent les destinations domestiques. Les prix sont moins élevés et c’est plus sécurisant. On voit des Paris-Nice ou des Paris-Toulouse dépasser un Paris-Barcelone, c’est inédit à cette période», poursuit le président de Liligo. Et le prix n’est pas à négliger, puisque comme l’évoque Guy Raffour, de nombreux Français sont durement touchés par la crise économique.

Mais alors, si la Toussaint s’avère aussi morose que prévu, le secteur pourra-t-il rattraper le coup à Noël et en février ? Un espoir que Didier Arino douche amèrement : « On pourrait tout à fait être dans la même situation. Le découragement est global. »