Le 12 mai 2020, devant l'hôtel Carlton à Cannes
Le 12 mai 2020, devant l'hôtel Carlton à Cannes — Daniel Cole/AP/SIPA

CINQ ETOILES

Alpes-Maritimes : Le Carlton de Cannes ferme, les palaces azuréens dans la panade

L’absence de clientèle internationale, pour cause de pandémie de coronavirus, place les hôtels de luxe dans une situation délicate et inédite

  • La situation dans les hôtels est jugée « très compliquée » par les professionnels du secteur après un été sans clientèle internationale.
  • A Cannes, les palaces s’adaptent : le Carlton ferme jusqu’à la fin de l’année, le Martinez fonctionne « à la carte » selon les réservations.

« Le Carlton est fermé, ça n’était jamais arrivé ! C’est comme la tour Eiffel de Cannes, c’est tout le temps allumé ! » Pour Christine Welter, la présidente du syndicat des hôteliers de Cannes et du bassin cannois, la fermeture lundi de ce fleuron de la Croisette est un terrible symbole. « Cela montre la souffrance dans laquelle se trouve toute l’hôtellerie, du cinq aux deux étoiles ! »

Dans les Alpes-Maritimes cet été, malgré un rebond en août, la fréquentation des hôtels a été particulièrement basse. « Si on regarde l’ensemble de la saison, qui va d’avril à septembre, la situation est très compliquée, analyse Denis Cippolini, le président de l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie dans les Alpes-Maritimes. Nous avons observé une baisse de 80 % de l’occupation en juin, 30 % en juillet, 20 % en août et pour septembre on devrait être autour de moins 65 % ».

Jusqu’à cinq employés pour un client

Les hôtels de luxe, avec leur clientèle internationale et donc quasi totalement absente cette année pour cause de pandémie mondiale de Covid-19, ne s’en sortent pas mieux. Dans ces établissements, le haut niveau de service nécessite énormément de personnel. Jusqu’à cinq employés pour un client. Et le problème c’est que si les clients ne viennent pas, les salariés eux sont là. « Avec leur masse salariale, les palaces ont besoin d’un volume d’affaire minimum plus élevé » glisse Denis Cippolini.

Alors il a fallu s’adapter. En décidant de fermer ses portes purement et simplement jusqu’à la fin de l’année, le Carlton de Cannes a pris la décision la plus radicale. Son voisin sur la Croisette, le Martinez, a opté pour un dispositif « à la carte ». « Nous ouvrons en fonction de la demande, en semaine pour les groupes, et tous les week-ends pour la clientèle individuelle », détaille Yann Gillet, le directeur général de l’hôtel.

Co-working version luxe

L’objectif pour le Martinez, où 29 emplois pourraient être supprimés dans le cadre d’un plan de licenciements économiques au sein du groupe Hôtels Constellation, est désormais de limiter les pertes après quatre mois de fermeture forcée et une saison estivale marquée par l’absence de la clientèle la plus dépensière.

Aujourd’hui, le 5 étoiles se réinvente en espace de co-working version luxe : « On reçoit des familles avec monsieur, madame qui télétravaillent dans leur chambre, que l’on met à disposition dès 8 heures du matin le vendredi, puis profitent du week-end à Cannes », explique le directeur.

Une solution transitoire en attendant que l’avenir s’éclaircisse, ou au moins se précise. « On est encore dans l’inconnu, l’imprévisible, mais je pense qu’on ne pourra pas indéfiniment confiner, empêcher de voyager les gens, anticipe Yann Gillet. La situation sera difficile jusqu’à la fin de l’année mais ensuite les choses vont rentrer dans l’ordre, en tout cas pour la clientèle individuelle, qui représente 70 % de notre clientèle. » Pour la clientèle professionnelle, celle des congrès qui fait vivre l’hôtellerie cannoise durant la basse saison, difficile de se projeter. L'annulation du Yachting Festival, à quelques jours du début des préparatifs, l’a encore prouvé récemment.