Coronavirus à Toulouse : Ce que des experts préconisent pour faire rebondir la Ville rose (et oublier le crash de l’aéronautique)

ECONOMIE Prix Nobel, universitaires ou championne de ski, un groupe de 12 experts a planché sur des solutions pour sortir Toulouse de la crise économique engendrée par le coronavirus et le marasme de l’aéronautique

Hélène Ménal

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L'avenir de l'aéronautique est incertain et Toulouse doit en tenir compte.
L'avenir de l'aéronautique est incertain et Toulouse doit en tenir compte. — Dmitry Feoktistov - TASS - Sipa
  • Des personnalités, qualifiées, dont le prix Nobel Jean Tirole, ont planché sur l’avenir économique de la Ville rose, plombée par son « Airbus-dépendance ».
  • Les experts misent sur les applications satellitaires et les biotechnologies médicales.
  • Ils préconisent aussi de mieux former et de reconvertir les salariés.
  • Et ils avancent l’idée décalée de créer « un Puy du Fou occitan ».

Quand Airbus tousse, c’est tout Toulouse qui s’enrhume. La formule est éculée mais resurgit avec acuité au détour de la crise sanitaire, alors que l’aéronautique fait partie des secteurs les plus fortement et durablement touchés. Cette certitude d’une onde de choc plus forte encore qu’ailleurs, d’une spirale qui pourrait devenir infernale, les élus l’ont ressentie au moment du déconfinement. Voilà pourquoi Carole Delga (PS), la présidente de l’Occitanie, et Jean-Luc Moudenc (LR), maire et président de Toulouse métropole ont confié en juillet une mission prospective baptisée « Toulouse, territoire d’avenir » à douze experts de haut vol.

Parmi ces personnalités parrainées par le prix Nobel d’économie Jean Tirole, on trouve des universitaires, un chef trois étoiles, Marion Guillou, membre du Haut conseil pour le climat, la spationaute Claudie Haigneré, ou encore Perrine Laffont, championne de ski de bosses. Et pour cet aréopage bénévole, l’heure est venue de rendre la copie. « La crise est globale mais les solutions sont locales (…) Il faut planter là où le terreau est fertile », a assuré Jean Tirole en présentant mardi, avant un épais rapport « qui fourmille d’idées et de conseils utiles », onze premières pistes.

20 Minutes en a retenu quatre, techniques ou plus terre à terre.

Muter vers d’autres spécialités

Les experts veulent faire de la capitale européenne de l’aéronautique une championne d’une spécialité « cousine » : ce qu’ils appellent le « New space » et « les applications Climat-Espace » regroupant les possibilités ouvertes par « les procédés de fabrication des satellites miniatures et l’analyse des données satellitaires ». Ils y ajoutent la filière des transports décarbonés comme l’avion vert, à hydrogène, promis par Airbus pour 2035. Ils misent enfin sur les biotechnologies « avec des applications dans l’agriculture, l’alimentation et les cosmétiques » mais aussi et surtout dans la « santé du futur ».

Mieux former ou reconvertir les salariés

La commission suggère de révolutionner la formation en créant des « campus d’industrie » spécialisés accueillant des « élèves » de tous niveaux. Ils acquerraient des profils qui colleraient exactement aux postes proposés et que l’on peine à pourvoir. Par exemple, le « campus aéronautique » pourrait œuvrer à la reconversion des salariés d’Airbus vers les filières plus porteuses mentionnées plus haut mais aussi former des chaudronniers, encore trop rares.

Le rapport attire aussi l’attention des patrons sur une possibilité méconnue mais utile alors que le chômage partiel de longue durée s’installe : le prêt de salariés entre entreprises.

Une agriculture très protéinée

Soja, pois, lupin féverole, luzerne… L’idée est d’encourager les exploitants « à basculer vers des pratiques agroécologiques ». Avec ces légumineuses qui ont la propriété de fixer l’azote atmosphérique et de nécessiter donc de répandre moins d’engrais azotés dans les sols. « L’accroissement des quantités de protéines végétales disponibles pour la consommation humaine et animale qui en résulterait, pourrait par ailleurs réduire la "déforestation importée" », celle de l’Amazonie par exemple pour le soja donné aux animaux, souligne le rapport.

Un « Puy du Fou occitan » et un festival international

Les « sages » ont aussi des propositions plus sexy comme celle de mettre encore plus l’accent sur « mieux-vivre » et le « bien-manger » en Occitanie pour muscler la filière touristique. C’est peut-être anecdotique mais ils conseillent aussi aux universités et grandes écoles d’organiser des cérémonies de remise des diplômes, histoire de faire converger pour quelques jours à Toulouse les familles des 130.000 étudiants.

La commission préconise enfin de rendre Toulouse plus visible sur la scène culturelle européenne avec un grand festival. Elle avance les pistes, très différentes, du street art ou de la musique classique. La cerise sur le gâteau touristique serait la création « de grands projets très visibles » comme un musée du rugby et, surtout, un genre de « Puy du Fou occitan » à la gloire des coutumes locales.