Coronavirus : Eric Woerth met en garde contre l’envolée de la dette véritable « bombe à retardement »

CRISE ECONOMIQUE Le projet de budget 2021 sera présenté lundi. Même s’il votera le plan de relance, le président de la commission des Finances avertit du risque « que l’on s’habitue à l’endettement »

20 Minutes avec AFP

— 

Eric Woerth, à Port-Marly le 1er août 2020.
Eric Woerth, à Port-Marly le 1er août 2020. — Jacques Witt/SIPA

Coronavirus oblige, le gouvernement a dû mettre en œuvre un plan de relance exceptionnel pour limiter l’impact de la crise sanitaire sur l’économie. Mais ces dépenses vont avoir des répercussions sur les finances de l’Etat qui ne manquent pas de soulever le débat à l’Assemblée nationale. Le président de la commission des Finances, Eric Woerth (LR), réclame ainsi dans un entretien au JDD un meilleur « cadrage » face au risque d’une dette transformée en « bombe à retardement ».

« Un budget fantôme »

« C’est un budget fantôme, car on ajoute chaque jour des dépenses supplémentaires de fonctionnement sans lien avec la crise, sans contreparties et sans financement », pointe l’ancien ministre du Budget. « Attention au risque majeur de fuite en avant. Bien sûr, nous sommes dans une situation qui nécessite un soutien public conséquent. Mais il faut un cadrage, sinon c’est la politique du "fouillis" », met-il en garde, soulignant que « le gouvernement ne peut pas créer un commissariat au plan et ne rien planifier lui-même ».

Le gouvernement présentera lundi son projet de budget pour 2021, qui fera la part belle au plan de relance de 100 milliards d’euros sur deux ans, dans un contexte de crise économique record ayant relégué à l’arrière-plan la réduction des déficits. Le député de l’Oise votera le plan de relance qui est intégré au budget 2021 mais avertit : « Il y a un risque : que l’on s’habitue à l’endettement ». « Naviguer par gros temps en brûlant ses vaisseaux est dangereusement contradictoire », met en garde Eric Woerth.

Débat sur les critères de Maastrich

L’ancien ministre se prononce cependant pour revoir les règles de discipline budgétaire telles qu’elles existaient dans l’UE avant leur suspension due à la crise du Covid-19. « Même si ce n’est pas la première urgence, il faut revoir ces critères de Maastricht qui n’ont plus de sens : par exemple, ne pas dépasser 60 % d’endettement, qu’est-ce que cela veut dire quand notre dette culmine à 120 % ? », questionne-t-il.

Et de relever : « Tous les pays sont endettés. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer la dette. » Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, s’est aussi dit opposé au retour des règles budgétaires européennes d’avant-crise.