Coronavirus : Les entreprises doivent-elles s’inquiéter de la fin du moratoire sur les crédits bancaires ?

ARGENT Les banques promettent d’étudier chaque situation au cas par cas

Nicolas Raffin

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Des professionnels du secteur de l'évènementiel et du tourisme manifestent à Cannes en juin 2020.
Des professionnels du secteur de l'évènementiel et du tourisme manifestent à Cannes en juin 2020. — LIONEL URMAN/SIPA
  • Depuis la mi-mars, les banques avaient accordé un moratoire sur les crédits des entreprises.
  • Ce moratoire prend fin en septembre, ce qui pourrait mettre des entreprises en difficulté.
  • Le gouvernement met en avant plusieurs dispositifs, comme les prêts garantis par l’État.

Pour beaucoup d’entreprises, la fin du mois de septembre va être source d’anxiété. Dans quelques jours, le moratoire sur leurs crédits bancaires, qui durait depuis mars et le confinement, va prendre fin. Autrement dit, il va falloir commencer à rembourser aux banques les échéances suspendues depuis six mois. Selon un décompte réalisé par la Fédération bancaire française (FBF) fin juillet, deux millions de crédits professionnels sont concernés, pour un montant total de 20 milliards d’euros.

Les enjeux sont importants. Pour les entreprises, devoir rembourser le crédit peut être compliqué, au moment où l’activité ne redémarre pas dans tous les secteurs. Avec des rentrées d’argent moindre et des dépenses qui augmentent brusquement, la situation peut très vite devenir compliquée, avec la faillite comme pire scénario.

Pour les banques, l’enjeu est de percevoir les créances et de faire rentrer de l’argent frais, sans pour autant couler les entreprises clientes. « A partir de la fin de chaque moratoire, de nombreuses entreprises reprendront normalement le paiement de leurs échéances », explique à 20 Minutes la FBF. « Pour celles qui rencontreraient des difficultés particulières, les banques se sont engagées à étudier de façon personnalisée, avec leurs clients, les possibilités correspondant à la situation : étalement, modulation… » poursuit-elle.

La Belgique et l’Italie en exemple ?

« Les difficultés de paiement sont notre principal sujet de préoccupation, confirme Bénédicte Caron, vice-présidente de la CPME (petites et moyennes entreprises). Nous considérons que toutes les entreprises qui avaient un modèle économique fiable avant la pandémie doivent être accompagnées pour retrouver ce modèle. Il y a des secteurs entiers, comme l’événementiel ou le tourisme, où la reprise va prendre beaucoup de temps ». Ces deux secteurs, particulièrement sinistrés, auront néanmoins droit à un répit : le gouvernement a acté la prolongation du moratoire des crédits jusqu’à l’année prochaine (pour l’événementiel, il s’agit des événements en lien avec la culture et le sport).

Au vu de la situation économique périlleuse, plusieurs pays membres de l’UE ont fait le même choix, mais pour toutes les entreprises, tous secteurs confondus. La fédération des banques belges (Febelfin) a ainsi accepté de suspendre les demandes de remboursements jusqu’à fin décembre, « vu la lenteur du processus de reprise économique et la nécessité de disposer d’un ballon d’oxygène plus important pour les entreprises ». En Italie, les créances des entreprises et des ménages – qui représentent 301 milliards d’euros – sont également suspendues jusqu’en janvier 2021.

Les prêts, loin d’être une solution miracle

En France, l’exécutif n’a pas souhaité aller aussi loin : « dans certains secteurs, il y a une reprise d’activité, indique à 20 Minutes un proche de Bruno Le Maire. Les rentrées de TVA d’août 2020 sont mêmes supérieures à celles de 2019, il y a une reprise de la consommation. Par ailleurs, il y a tout un maillage de solutions pour soulager la trésorerie des entreprises, comme les prêts garantis par l’État (PGE) et les mesures du plan de relance ».

Pour le gouvernement, le moratoire sur les crédits n’est donc qu’une solution parmi d’autres. Mais les autres dispositifs mis en avant par l’État ne sont pas « gratuits ». Le fameux PGE, demandé par plus de 550.000 entreprises depuis sa création, permet d’apporter un peu de cash très rapidement aux sociétés qui en manquent (le montant du prêt peut représenter jusqu’à trois mois de chiffre d’affaires). Mais comme tous les prêts classiques, il a vocation à être remboursé, et ce dès 2021. A ce moment-là, si l’activité n’a pas suffisamment redémarré, de nombreuses entreprises qui auront emprunté risquent de se retrouver en difficulté. « Certaines sont actuellement sous perfusion, reconnaît Bénédicte Caron. On ne sortira pas d’une crise comme celle-là sans qu’il y ait de la casse ».