Bridgestone : Pourquoi la direction de l’usine de Béthune crispe élus et salariés

ECONOMIE Le double discours des dirigeants du groupe mondial de pneumatique commence à agacer

Francois Launay

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Des salariés devant l'usine Bridgestone de Béthune
Des salariés devant l'usine Bridgestone de Béthune — AFP
  • Le groupe Bridgestone veut fermer son usine de Béthune et mettre au chômage ses 863 salariés.
  • Une catastrophe sociale que souhaitent éviter le gouvernement, les élus locaux et les représentants du personnel.
  • Une réunion a eu lieu ce lundi pour trouver des solutions alternatives mais les relations semblent compliquées.

La scène a choqué les salariés. Mercredi 16 septembre, c’est par une vidéo enregistrée sur une clé USB que certains d’entre eux ont appris la fermeture de l’usine Bridgestone de Béthune. Pas de déclaration ni d’explication en face-à-face pour une partie des 863 salariés du site nordiste. « C’est scandaleux », s’est ému Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France.

Depuis le début de cette crise économique et sociale, les dirigeants de Bridgestone crispent élus et salariés. Dernier exemple en date ce lundi après-midi. Alors que deux ministres, une flopée d’élus locaux et des représentants du personnel sont réunis au siège de la communauté d’agglomération de Béthune-Douai et sortent d’une visio conférence avec les dirigeants du groupe réunis à Bruxelles, Covid oblige, un communiqué tombe.

Un communiqué tombe en pleine réunion

Le groupe de pneumatique annonce que la cessation d’activité du site est la « seule option ». Etrange, alors que la table ronde était censée permettre de trouver des alternatives. « C’est de la provoc. On a appris ça après la réunion avec les dirigeants. C’est se foutre du monde car c’est exactement le contraire de ce qu’ils ont dit. S’ils ont un double discours, alors oui, ça se passera mal », menace Xavier Bertrand.

Pourtant, officiellement, rien n’est fait. Venus spécialement dans le Pas-de-Calais pour tenter de trouver une solution, Elisabeth Borne, ministre du travail, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, ont déclaré que le gouvernement allait mener une contre-expertise en mandatant un cabinet de conseil. « Cela nous permettra non seulement de regarder ces scénarios, mais également (…) de soumettre des scénarios alternatifs autour de cette technologie du pneu », a assuré Agnès Pannier Runacher.

« Celui qui vous dit que l’usine de Béthune ne fermera pas est un doux rêveur »

Le gouvernement mise sur deux options : la production de pneus plus larges ou alors le recyclage de pneus pour relancer le site de Béthune. Une réunion d’ici deux à trois semaines entre les différentes parties permettra de refaire un point et éventuellement d’inciter Bridgestone à changer d’avis.

Si les salariés y croient encore un peu, personne ne tire de plan sur la comète. Car le groupe n’a jamais essayé de faire évoluer le site depuis des années d’après les syndicats. « On ne veut pas donner de faux espoirs. Celui qui vous dit que l’usine de Béthune ne fermera pas est un doux rêveur. Mais les dirigeants ne se rendaient pas compte que tout le monde ferait bloc contre cette décision », confie Stéphane Lesix, secrétaire CFDT du CSE de Bridgestone.

Reste que l’avenir du site de Béthune risque de se faire sans le géant du pneumatique. Le groupe affirme déjà « rechercher des entreprises susceptibles d’être intéressées par une reprise totale ou partielle du site et des employés ou pour développer des projets permettant de créer de nouvelles activités dans la région ». Un plan de reclassement des salariés est également en train d’être envisagé.

Ministres et élus font pression sur le groupe

Dans ces conditions, difficile de croire à des lendemains qui chantent à Béthune. Malgré les menaces de la ministre du Travail. « En France il y a des lois qui font que quand on veut lancer un PSE on doit justifier de difficultés économiques. Je pense que la direction de Bridgestone a bien compris qu’on était déterminés à faire appliquer ces législations protectrices pour les salariés et pour les emplois », prévient Elisabeth Borne qui compte s’appuyer sur le plan de relance du gouvernement pour sauver le site.

De son côté, Xavier Bertrand rappelle, pour faire pression, que « Bridgestone est top partenaire du comité national olympique. Et les Jeux vont avoir lieu en France en 2024. Pour leur réputation, il ne faut pas se comporter comme ils se sont comportés jusqu’alors. Il faut tourner la page. Ça ne tient qu’à eux ». Pas sûr cependant que cela suffise à faire plier un géant du pneumatique qui semble peu sensible aux pressions sociales et politiques.