Bouches-du-Rhône : Alteo, embourbée par le stockage des « boues rouges », attend son repreneur

ECONOMIE L’avenir des salariés d’Alteo, en redressement judiciaire, semble conditionné à la décision de l’Etat sur le stockage très controversé de ses boues rouges sur le site de Mange-Garri

Mathilde Ceilles

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Vue générale prise le 8 octobre 2010 du site de MangeGarri à Gardanne où des résidus de bauxite produisant des boues rouges sont stockés sous forme solide
Vue générale prise le 8 octobre 2010 du site de MangeGarri à Gardanne où des résidus de bauxite produisant des boues rouges sont stockés sous forme solide — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AFP
  • Dans un mois, le tribunal de commerce de Marseille se penchera sur l’avenir d’Alteo, en redressement judiciaire.
  • Le stockage de ses « boues rouges », particulièrement controversé, semble bloquer les repreneurs.
  • Or, selon les salariés, si le futur repreneur abandonne cette partie de l’activité considérée par certains comme polluante, des centaines d’emplois pourraient être supprimées.

Faut-il sauver l’emploi, sans se soucier du préjudice écologique imputé à une activité industrielle considérée par certains comme hautement polluée et polluante, ou privilégier la protection environnementale, au risque selon d’autres de supprimer des centaines de postes ? L’équation paraît insoluble, mais c’est pourtant celle qui se pose en somme au préfet des Bouches-du-Rhône dans le dossier Altéo, placée en redressement judiciaire en décembre dernier. Leader mondial dans la production d’alumine, cette usine située à Gardanne, tristement célèbre pour ses « boues rouges », est à la recherche d’un repreneur. A la clé : la survie d’un des plus gros employeurs de la région, avec 511 salariés.

Huit candidatures sont sur la ligne de départ et vont faire l’objet d’un examen par le tribunal de commerce le 15 octobre prochain. Le hic ? Comme l’a révélé Marsactu, la majorité de ces offres de reprise privilégie l’abandon d’une activité phare de l’entreprise, le traitement de la bauxite, dite aussi « boues rouges », actuellement stockée sur site de Mange-Garri. Et pour cause : l’arrêté préfectoral qui autorise le très controversé stockage de ces résidus de bauxite sur ce site près de Marseille prend fin en juin prochain.

« L’avenir de notre entreprise est entre ses mains »

Ce stockage est, en effet, au cœur d’une information judiciaire ouverte en mars 2019, alors que les associations écologistes dénoncent notamment l’envol des poussières rouges chargées d’arsenic et de mercure. Et les repreneurs potentiels, pour l’heure, ignorent quel avenir l’Etat compte donner à ce site qui suscite maintes polémiques. L’un d’eux souligne même que « la pérennité » de l’entreprise est « fragilisée du fait de lourdes incertitudes environnementales ».

Dans ce contexte plus que tendu, tous les regards sont désormais braqués vers l’Etat, en particulier son représentant local, le préfet Christophe Mirmand. « L’avenir de notre entreprise est entre ses mains », va même jusqu’à dire Bruno Arnoux. Le secrétaire du comité social et économique de l’entreprise a été convié ce mardi à une réunion avec le préfet pour évoquer le devenir d’Alteo, à un mois de l’audience devant le tribunal de commerce. « Ce qu’on exige, ce sont des garanties de l’Etat pour la visibilité des emplois. On demande à minima un signe fort de la part de l’Etat pour autoriser à exploiter Mange-Garri pour dix-huit mois. Si on ne peut plus exploiter ce site, ça aura un impact sur 200 salariés a minima. »

« La catastrophe écologique continue »

Au même moment, dans une sorte de guerre de communication à distance, le maire de Bouc-Bel-Air, voisine du site de stockage, organisait une conférence de presse pour réaffirmer son opposition à une exploitation prolongée de Mange-Garri, synonyme, selon lui, de « rejet de milliers de tonnes de boues rouges et polluants dangereux ». « Ce qui n’est plus rejeté en mer l’est à terre, écrit l’édile dans un communiqué, et contrairement à ce que laissent croire les dirigeants d’Alteo, la catastrophe écologique continue. » Le maire propose, en lieu et place du site actuel…. une base de loisir nautique autour d’un parc de surf. Pas sûr toutefois qu’un tel projet taise la vague d’inquiétude des associations environnementales. « Si l’activité de bauxite s’arrête, qui va payer la dépollution du site, s’alarme de son côté Pierre Aplincourt de France Nature Environnement 13. Qu’en dit l’Etat ? Aujourd’hui, on est incapable de le dire. »

Contactés par 20 Minutes pour connaître leur position officielle sur ce dossier, ni la préfecture des Bouches-du-Rhône, ni le ministère de la Transition écologique et solidaire n’ont donné suite à nos sollicitations. Toutefois, comme le rapportait 20 Minutes, le 4 septembre dernier, à l’occasion d’une inauguration par Alteo d’une nouvelle usine de traitement de ses rejets liquides en mer, le sous-préfet d’Aix-en-Provence a été on ne peut plus clair. « Alors oui, rien ne sera simple, mais nous ferons en sorte, notamment dans le cadre des demandes déposées pour poursuivre Mange-Garri sur 30 ans, d’accompagner la démarche », déclarait Serge Gouteyron. Et selon Le Monde, les administrateurs du tribunal du commerce en charge du dossier Alteo ont prié les repreneurs qui excluent la reprise de l’activité de transformation de la bauxite, qui justifie l’existence du site de Mange-Garri, de revoir leur copie.

« L’arbitrage se fera en très haut lieu »

« En termes de garantie, le préfet ne nous a pas donné grand-chose, regrette toutefois Bruno Arnoux. Il va échanger avec la ministre de l’Environnement. Mais on sait que l’arbitrage se fera en très haut lieu. On a donc demandé à pouvoir rencontrer le Premier ministre pour pouvoir apporter nos arguments. » « Un renouvellement d’exploitation de Mange-Garri permettra au président de la République d’avoir sauvé l’emploi, quelques mois avant les élections présidentielles, au mépris de ses multiples promesses en faveur de l’environnement », accuse de son côté Richard Mallié.

Faut-il le rappeler, dans un précédent arbitrage hautement controversé sur le dossier des boues rouges qui opposait alors Bercy à la ministre de l’Environnement, c’est le ministre de l’Economie de l’époque, un certain Emmanuel Macron, qui avait obtenu gain de cause auprès de Matignon….