Bouches-du-Rhône : Licenciement massif chez Alinéa après le confinement, les salariés dénoncent « un effet d’aubaine »

ECONOMIE Près de 992 salariés d’Alinéa sur les 1.865 vont être licenciés. Le groupe se dit fortement fragilisé par la crise sanitaire, tandis que les salariés crient à « l’effet d’aubaine »

Mathilde Ceilles

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L'enseigne Alinea va licencier plus de la moitié de ses salariés
L'enseigne Alinea va licencier plus de la moitié de ses salariés — Damien MEYER / AFP
  • Alinéa va licencier près d’un millier de ses salariés, soit presque la moitié de ses effectifs.
  • L’enseigne d’ameublement va être reprise par ses propres actionnaires, grâce à une ordonnance gouvernementale récemment adoptée.
  • Les salariés crient à l’effet d’aubaine et dénoncent une procédure opportuniste.

Plus de la moitié des salariés priés dans quelques jours de faire leurs cartons. Ce lundi, le tribunal de commerce de Marseille a validé l’unique offre de reprise partielle de l’enseigne d’ameublement Alinéa, en redressement judiciaire. Cette offre de reprise entraîne le licenciement de 992 salariés sur les 1.895 que compte l’enseigne née il y a plus de trente ans à Avignon et dont le siège social est à Aubagne, près de Marseille.

Cette offre, baptisée Néomarché, ne permet de sauver que 9 magasins sur les 26 de l’enseigne d’ameublement. Elle était surtout « la seule alternative possible à une liquidation judiciaire directe », constate le ministère public. Et pour cause : les nouveaux actionnaires d’Alinéa, seuls à se porter acquéreurs, sont aussi les anciens. Une ordonnance gouvernementale prise le 20 mai dernier, en pleine crise économique liée à l’épidémie de coronavirus, permet en effet jusqu’à fin 2020, à des dirigeants d’entreprise ayant déposé le bilan de se présenter comme acquéreurs si leur offre maintient l’emploi.

Une « ordonnance Covid » au cœur de la reprise

Or, le 18 mai, Alinéa avait rejoint la longue liste des magasins qui se disaient frappés de plein fouet par les effets collatéraux du coronavirus, les contraignants à des redressements judiciaires. L’entreprise avait été déclarée en cessation de paiement, et la seule offre de reprise émanait de la famille Mulliez, déjà propriétaire de cette enseigne comptant des magasins dans toute la France.

A l’époque, l’enseigne faisait valoir des difficultés liées au mouvement des « gilets jaunes », aux grèves contre la réforme des retraites puis à la crise sanitaire liée au Covid-19. Mais les salariés d’Alinéa soupçonnent fortement leur direction d’utiliser le contexte économique actuel et cette nouvelle « ordonnance Covid » comme un prétexte permettant d’orchestrer une vague de licenciements au sein de l’entreprise financée par l’Etat, au lieu de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l’emploi.

« Un effet d’aubaine évident »

« C’est un effet d’aubaine totale, tacle Me Nathalie Campagnolo, avocate du CSE des salariés d’Alinéa. L’ordonnance Covid ne correspond absolument pas à la situation de cette filiale. Elle rencontre des difficultés structurelles et pas conjoncturelles liées à la situation sanitaire. L’ordonnance a été prise pour faire face à la situation sanitaire engendrée par l’épidémie du Covid. Ce n’est absolument pas l’histoire économique et sanitaire d’Alinéa. Ça fait plusieurs années que les difficultés sont actées. Il y a un effet d’aubaine évident. »

Et de regretter : « Le groupe est parvenu à ses fins. En réalité, quand on appartient à un groupe qui vous tient en perfusion financière, par définition, le groupe décide de votre vie mais aussi de votre mort. Donc, c’est quand même plus facile d’être le seul repreneur de son entreprise quand on organise son état de cessation de paiement sur une période liée aux tourments du Covid. Je pense que le calendrier économique et social pour la famille Mulliez était parfait, pour être le seul repreneur véritable. »

Des offres de reclassement

Dans sa décision, le tribunal de commerce demande à Alinéa de faire « un point » le 16 septembre 2021. « C’est une garantie pour ceux qui restent avec l’employeur actuel, veut croire Me Nathalie Campagnolo, qui ne cache toutefois pas ses craintes pour les salariés qui échappent à cette vague de licenciements. Cela encouragera le groupe à faire preuve de sérieux dans cette reprise. »

Dans un communiqué de presse, Alinéa « se félicite de cette décision, qui va lui permettre de poursuivre la transformation profonde de l’entreprise pour en assurer la pérennité ». « La direction d’Alinéa s’est profondément engagée, au-delà des mesures d’accompagnement social et financier, en faveur du retour à l’emploi des salariés des magasins fermés, affirme l’entreprise dans ce communiqué. Plusieurs centaines d’offres d’emploi leur ont été proposées, avec notamment plus de 1.500 emplois en CDI à pourvoir dans différentes entreprises de l’écosystème de l’Association familiale Mulliez (Auchan, Decathlon, Leroy Merlin, Boulanger…). » L’entreprise promet « une transformation complète à horizon 2023 » via notamment « la transformation d’Alinéa vers le digitial. »