la suite du cauchemar économique

Angeline Benoit

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Le doute a laissé la place à l'angoisse. Alors que les économistes se demandaient, l'hiver dernier, si la crise financière affecterait l'économie réelle, la récession s'annonce certaine en 2009. Elle a déjà frappé les pays riches en 2008, prenant de court toutes les prévisions, et menace désormais le reste du monde. Où en est la crise ? Doit-on s'attendre au retour de la croissance ou à une grande dépression, comme dans les années 1930 ? 20 Minutes fait le point sur les cinq menaces économiques qui pèsent sur la planète.

Finis les profits mirifiques, la sphère financière a connu un annus horribilis. Des milliards d'euros sont partis en fumée dans les placements liés au marché immobilier américain. La révélation, en décembre, de la monumentale arnaque du financier new-yorkais Bernard Madoff a ajouté au désarroi des investisseurs. Les Etats et banques centrales sont déterminés à soutenir les banques pour empêcher une perte de confiance ou un blocage du crédit désastreux. La tâche s'annonce difficile, car les impayés de crédits immobiliers américains sont en hausse. Du côté boursier, le bilan n'est pas meilleur. Ensemble, les Bourses mondiales ont fondu de 25 000 milliards de dollars en 2008, soit 40 % de la richesse créée dans le même temps. La situation augmente la volatilité des marchés au détriment des pays en voie de développement, exposés à un retrait des capitaux par les investisseurs étrangers.

De l'Inde à l'Espagne, l'expansion économique de ces dernières années s'est accompagnée d'une frénésie de construction. Désormais, les acheteurs ne se bousculent plus et le nombre de chantiers est en chute libre. Conséquence de l'éclatement de la bulle, les prix pourraient baisser de 25 à 30 %. Dubaï et la Russie, où le bâtiment a jusqu'ici dopé l'activité de manière irréaliste, sont aussi menacés. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, épicentre de la crise financière, le dérapage est venu d'un surendettement des ménages, frappés par la remontée des taux d'intérêt. En France aussi, l'Etat cherche à empêcher une chute des prix brutale qui déstabiliserait le secteur.

Si les ménages boudent la société de consommation, les économistes ne répondent plus de rien. Aux Etats-Unis, le ralentissement des dépenses est au coeur de la récession. Des centaines de milliers d'Américains sont en proie à des difficultés financières après avoir perdu leur emploi. Et les entreprises continuent de réduire la voilure en voyant leurs ventes baisser, enclenchant un cercle vicieux. De nombreux pays riches sont guettés par ce mécanisme. Ainsi, en Espagne, le marché automobile a connu la pire année de son histoire, entre chute des immatriculations et déluge de licenciements.

Le pétrole a terminé 2008 autour de 45 dollars le baril, contre 95 dollars fin 2007, et après avoir frôlé les 150 dollars en juillet. La flambée qu'ont connue les matières premières en 2007 s'est interrompue avec le retournement de la conjoncture. Or, si un assagissement des cours est salutaire pour les consommateurs, pénalisés par une forte inflation jusqu'au printemps, un effondrement nuit aux pays producteurs. C'est le cas du Chili, qui fournit 35 % du cuivre mondial. En quelques mois, le prix du minerai, qui représente près de la moitié des exportations du pays, a été divisé par quatre à cause d'une baisse de la demande de son premier client, la Chine.

Au plus fort de la croissance, les énormes porte-conteneurs ne pouvaient arriver assez vite et nombreux dans les grands ports. Désormais, il semblerait que le trafic se tasse, indice d'un ramollissement des échanges. Au Japon, la production industrielle et les exportations ont dégringolé. Symbole du désastre : Toyota a perdu pour la première fois de l'argent. La baisse de la consommation aux Etats-Unis et en Europe affecte de nombreux pays dans le monde, notamment les géants allemand et chinois.