« Ça crée des tensions », « Ça donne chaud  »… Le masque en entreprise pas évident à supporter pour tous les salariés

CRISE SANITAIRE Les lecteurs de « 20 Minutes » ont confié leurs premières impressions, quelques jours après l’entrée en vigueur de l’obligation du port du masque dans les entreprises

Delphine Bancaud

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Paris, le 1/09/2020. Chez OpenClassRooms,le port du masque est obligatoire comme dans les autres entreprises.
Paris, le 1/09/2020. Chez OpenClassRooms,le port du masque est obligatoire comme dans les autres entreprises. — PATRICK GELY/SIPA
  • Les règles sanitaires entrées en vigueur le 1er septembre généralisent le port systématique du masque dans les bureaux pour éviter la propagation du Covid-19.
  • Une mesure qui rassure certains salariés, mais que d’autres ont du mal à accepter. Car le port du masque est assez inconfortable pour eux.
  • La consigne ne semble pas respectée par tous avec la même rigueur, ce qui engendre des tensions en interne.

Fini les sourires complices à la cafétéria ou les messes basses en réunion. Couloirs, vestiaires, salles de réunion et maintenant open spaces : les règles sanitaires entrées en vigueur le 1er septembre généralisent le port systématique du masque dans les bureaux pour éviter la propagation du Covid-19. Jusque-là le protocole de « déconfinement » du 24 juin ne l’imposait que lorsque la distance d’un mètre n’était pas respectée entre les postes de travail. Cette mesure a été décidée en raison du rebond de l’épidémie de coronavirus et parce que parmi les 1.255 clusters identifiés dans le dernier tableau de bord de Santé publique France, 29 % sont survenus en entreprise.

Une obligation qui est saluée par 70 % des Français dans un sondage YouGov réalisé les 31 août et 1er septembre pour le HuffPost. Et par certains de nos lecteurs comme Mathias, qui a répondu à notre appel à témoins : « Travaillant dans le secteur de la grande distribution, l’obligation généralisée du port du masque a été un soulagement. On s’y habitue. C’est comme porter des lunettes. Au début, ça gratte et ça gêne, après on arrive même à oublier qu’on le porte. C’est devenu une partie de la tenue de travail ». Idem pour Gérard, Aesh (anciennement appelé AVS) : « Je ne suis absolument pas gêné par le port du masque bien au contraire ! Je me sens rassuré de le porter. Surtout travaillant avec des élèves toute la journée. Quant à Sandrine, elle a décidé de positiver la situation : « Pour le fun, j’en ai fait un accessoire de mode et j’assortis mes masques à mes tenues, surtout quand je vais au bureau ».

« La buée sur les lunettes, c’est pénible »

Mais certains salariés remettent en cause l’utilité du port du masque en entreprise, comme Cédric : « La plupart des salariés se voient aux pauses-café ou mangent ensemble au resto. Donc où est l’utilité ensuite de le porter devant son écran quand le collègue est à deux ou trois mètres ? Et quand on est resté assis en face de lui plus d’une heure au restaurant ! », s’interroge-t-il.

Sous le masque, certains grimacent, comme Laure : « Ça donne chaud, j’ai des plaques sur le visage après seulement trois jours d’utilisation. La buée sur les lunettes, c’est pénible ». Même sensation d’inconfort chez Matt : « Le problème du masque est l’humidité qui s’accumule autour de la bouche. Et depuis cette règle, il m’arrive d’avoir mal à la tête le soir ». Prudence, elle, se plaint de « la chaleur sous le masque ». « L’élastique est douloureux derrière les oreilles », ajoute Aurore.

« Fin des expressions faciales, fin des relations humaines »

Ce petit morceau de tissu est aussi accusé de nuire aux relations de travail : « Avec des clients toute la journée au téléphone, c’est vraiment compliqué. Nous avons du mal à respirer, nous sommes plus stressés, les clients nous comprennent mal et nous nous énervons vite », reconnaît Priscillia. Et l’esprit "corporate" en prend un coup dans certaines entreprises, comme celle de Cédric : « Plus grand monde ne se parle dans les couloirs, les échanges passent juste par mail », déplore-t-il. Même constat pour Suzanne : « Les relations entre les collègues de travail deviennent plus froides. A force de ne pas voir les visages, de ne plus sourire, de ne pas entendre bien ce que disent les autres ».

Avec le masque, finies les expressions du visage qui valaient mieux qu’un long discours, note Fiona : « Nous avons parfois du mal a nous faire comprendre par la parole, ou encore même au niveau des émotions, nous ne savons plus comment notre interlocuteur interprète nos mots ». La conclusion de Bénédicte est sans appel : « Fin des expressions faciales, fin des relations humaines ».

L’ambiance s’étant un peu refroidie, certains n’ont pas envie de s’attarder au boulot : « Je reste dorénavant le plus chez moi pour éviter cela, même si c’est petit pour télétravailler », indique Florent. Même réflexe pour Valérie : « Depuis le 1er septembre, je ne viens sur site que le vendredi. Le télétravail, ce n’est pas ce que je préfère, mais le port du masque toute la journée ne me réjouit pas non plus », explique-t-elle.

« La direction nous demande de "balancer" ceux qui ne suivent pas les consignes »

Dans certaines boîtes, le masque est aussi devenu un objet de discorde, entre les défenseurs de son port et ceux qui contournent la règle. Sophie faisant partie du premier camp : « Je suis lasse d’être la "triste sire" qui rappelle les règles et la seule à avoir voulu respecter l’obligation ». Tout comme Béri : « Je m’attache à respecter scrupuleusement le port du masque et il m’est difficile de voir de plus en plus de gens ne pas y faire attention. Car ils ne se rendent pas compte que ce n’est pas uniquement leur santé qu’ils risquent, mais également celle de beaucoup d’autres. Il reste beaucoup à faire pour que cela devienne un automatisme non remis en cause pour des raisons de » confort « ou de fausse croyance », soupire-t-elle.

Dans la boîte de Gaëlle aussi, les confits autour du masque ne sont pas loin : « Le 1er septembre, tout le monde a joué le jeu et dès le 2 septembre, c’était n’importe quoi. Absence de masque à son poste et/ou en se déplaçant, même de la part de la direction. C’est d’autant plus ennuyeux que nous venons d’avoir un cas de Covid-19 dans les locaux ! Cela ne fait que trois jours et ça crée des tensions entre les collaborateurs », souligne-t-elle.

Pour les personnes à risque face au Covid-19 comme Sophie, le non-respect du masque en entreprise par les autres suscite colère et inquiétude : « Le masque est souvent porté sous le nez, sur le menton et placé en moustache pour beaucoup de mes collègues. Et elles ôtent leur masque lors du déjeuner ». Et si la plupart du temps, les managers montrent l’exemple en matière de port du masque, parfois ce n’est pas le cas, comme le souligne Emilie : « Notre direction nous a clairement dit "c’est obligatoire mais on ne l’imposera à personne, chacun fait comme bon lui semble". Donc on se retrouve à quelques personnes le portant toute la journée (hors de nos bureaux individuels) et les autres qui vadrouillent en toute tranquillité ». A contrario, certains employeurs incitent leurs collaborateurs à dénoncer les mauvais comportements « La direction nous demande de "balancer" ceux qui ne suivent pas les consignes », témoigne Georges. Bonne ambiance garantie !