Grève à la SNCF : L'appel lancé à l'initiative de la CGT le 17 septembre sera-t-il suivi ?

Mobilisation La CGT, Solidaires et des mouvements de jeunesse appellent ensemble à une journée d'actions le 17 septembre prochain. Un appel à la grève a été lancé à la SNCF. 

Catherine Abou El Khair

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Un train Transilien au départ de la gare de Lyon, le 13 janvier 2020 à Paris (12e), pendant la grève contre le projet de réforme des retraites
Un train Transilien au départ de la gare de Lyon, le 13 janvier 2020 à Paris (12e), pendant la grève contre le projet de réforme des retraites — ClÈment Follain / 20 Minutes
  • La CGT, Solidaires, la FSU et plusieurs organisations de jeunesse appellent à une journée d’actions et de grèves le 17 septembre prochain pour protester contre la politique du gouvernement.
  • Un appel relayé notamment ce vendredi par la fédération CGT des cheminots, laissant augurer des perturbations dans les transports.
  • Reste à savoir si ce mouvement sera réellement suivi, dans le contexte de la crise sanitaire et après des semaines de mobilisations coûteuses, l’hiver dernier, contre la réforme des retraites, selon l’historien Stéphane Sirot, spécialiste du syndicalisme.

La date était annoncée dès juillet. Le 17 septembre prochain, la CGT invite à une « journée d’action, de grève et de manifestations », rejointe par les syndicats Solidaires, la Fédération syndicale unitaire (FSU) ainsi que des mouvements de jeunesse. Leurs revendications visent une « rupture profonde » : lutte contre la précarité et la pauvreté, hausse des salaires, développement des services publics et abandon définitif de la réforme des retraites.

Un appel que la CGT-Cheminots a relayé, déposant vendredi dernier un préavis de grève, valable à partir du 16 septembre à 20 heures jusqu’au 18 septembre à 7h55. Samedi, l’annonce a fait réagir sur France Inter le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire : « A quoi sert cette grève à la SNCF, quels sont les objectifs ? Pour quelle raison la CGT appelle-t-elle à la grève ? ».

« J’ai du mal à comprendre qu’on lance un appel à la grève à la SNCF alors que nous venons d’éteindre 35 milliards d’euros de dettes de la SNCF et que chacun sait (…) qu’il y aura dans le plan de relance (…) des investissements massifs dans le transport ferroviaire », a-t-il réagi. Le Premier ministre Jean Castex a promis une relance du  fret ferroviaire, qui concentre en ce moment les inquiétudes des syndicats à la SNCF.

Des mobilisations dans certaines zones

Mais ce préavis s’inscrit dans un contexte plus large de mobilisation interprofessionnelle qui traduit la volonté de la CGT de « revenir sur le devant de la scène sociale », après la période de confinement, explique Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux. Dans un tel contexte, « la fédération des cheminots pouvait difficilement ne pas appeler de son côté à la mobilisation », poursuit-il, d’autant, qu' « on peut penser que c’est dans ce secteur-là qu’il y [en] aura davantage ».

Le poids de la CGT est loin d’être négligeable chez les cheminots : à la suite des dernières élections professionnelles, elle représente près de 38 % des voix. Sud-Rail – qui n’a pas déposé de préavis pour le moment – pèse de son côté 19,29 % des voix. Les probabilités de perturbation du trafic existeront en particulier dans les sites où ils sont fortement implantés. « Dans les gros dépôts avec une forte influence de la CGT ou Sud, comme dans certaines gares parisiennes ou dans le sud de la France, on aura sans doute une mobilisation plus significative », estime Stéphane Sirot.

Un contexte sanitaire « compliqué »

Cependant, il n’est pas certain que l’appel aboutisse à de fortes perturbations. « Il faudrait voir comment l’appel a été relayé sur le terrain, poursuit le professeur à l’Université Cergy-Pontoise. Le contexte sanitaire, inédit, peut également compliquer, selon lui, les mobilisations : « Il ne faut pas oublier que les cheminots ont fait des semaines de grèves, il n’y a pas longtemps ». Et ce, sans réussir à faire abandonner au gouvernement son projet de réforme des retraites.

Autre élément qui enlève de la force à cette mobilisation : les syndicats réformistes tels que l’Unsa-ferroviaire (26,76 % de représentativité) ou la CFDT-Cheminots (15,96 %) ne s’associent pas à ce mouvement. « Il y a des sujets de mécontentement à la SNCF, mais l’heure est au rebond, à la relance de notre industrie et chacun fait ses choix. Mais au regard du contexte sanitaire, c’est quand même compliqué de faire grève », commente un responsable syndical.

Un mot d’ordre trop abstrait

Quant au spectre de la réforme des retraites, qui n’est pas abandonnée, elle n’est pas de nature pour le moment à déclencher un mouvement massif équivalent à celui de l’hiver dernier. « C’est un motif de grève, mais c’est encore très lointain, par rapport à tout ce qui se passe », poursuit ce même syndicaliste cheminot.

« Pour qu’une dynamique soit forte, il faut passer du virtuel au réel. Si des annonces sont faites, là ça peut déclencher une colère, explique Stéphane Sirot. Mais dans la mesure où le processus de réforme des retraites n’a pas encore repris, cela reste virtuel ». Selon l’historien, mobiliser sur les conséquences économiques et sociales de la crise, comme le font ces organisations syndicales pour le 17 septembre, « reste relativement flou pour la plupart des gens ».