Crise économique : Comment Pôle emploi se prépare à faire face à la vague de nouveaux chômeurs

CHOMAGE L’opérateur va recruter des effectifs supplémentaires pour accompagner les demandeurs d’emploi

Catherine Abou El Khair

— 

Une agence Pôle emploi pendant le confinement
Une agence Pôle emploi pendant le confinement — Sebastien SALOM-GOMIS
  • Pour faire face à la crise sociale, Pôle emploi va recruter des effectifs supplémentaires. Entre 3.000 et 5.000 personnes pourraient être embauchées en CDD à partir de septembre.
  • L’opérateur public se prépare à l’arrivée de nouveaux demandeurs d’emploi, licenciés par leur entreprise ou ne parvenant pas à retrouver du travail dans le contexte actuel lié au coronavirus.
  • Une hausse des effectifs nécessaire pour les organisations syndicales de Pôle emploi, attentives à la charge de travail des personnels.

La rentrée promet d’être difficile pour Pôle emploi. Face à la casse économique, l’opérateur public se prépare à sa propre vague, celle des demandeurs d’emploi. En juillet 2020, en France métropolitaine, on comptait plus de 5,8 millions d'inscrits, tenus de rechercher un emploi. Un record : depuis fin février, ce sont environ 420.000 demandeurs d’emploi de plus. Pôle emploi veut donc se renforcer concernant ses conseillers. Le nombre d’embauches n’est pas encore connu, mais il est déjà question de plusieurs milliers de recrutements en CDD, sur 2020 et 2021.

Pour le moment, même si la pandémie a déjà causé d’importants dégâts économiques, les agences de Pôle emploi ne sont pas encore en surrégime. « Il n’y a pas eu de hausse significative de nouvelles inscriptions », estime la direction de Pôle emploi auprès de 20 Minutes. Depuis la crise sanitaire, les demandeurs d’emploi basculent en grande partie d’une catégorie à une autre, selon qu’ils n’aient pas du tout travaillé (catégorie A) ou quelques heures (catégories B et C). D’où les évolutions en yo-yo que l’on a vu ces derniers mois, selon la catégorie observée.

Vague probable de nouvelles inscriptions

Mais avec l’arrivée des salariés qui ont été licenciés de leurs entreprises, dont le CDD n’a pas été renouvelé, mais aussi et surtout avec l'arrivée de jeunes ou d’actifs qui ne trouvent plus de travail, Pôle emploi s’attend désormais à un afflux de nouvelles inscriptions cet automne. Car la crise est bel est bien là :  après près de 500.000 destructions nettes d'emplois au premier trimestre, près de 120.000 autres ont été perdus au deuxième trimestre, selon l'Insee.

Localement, certaines agences ont d’ores et déjà commencé à se renforcer, indique à 20 Minutes le délégué syndical central CFDT de Pôle emploi, David Vallaperta. Il y a déjà urgence, selon le syndicaliste. « Il ne faudrait pas que les recrutements de septembre soient trop décalés dans le temps, afin qu’on puisse former les nouvelles recrues et les tutorer », ce qui peut prendre « deux à trois mois » explique-t-il.

Hausse des formations

« On s’attend à ce que la charge de travail explose. On s’apprête à un choc à partir de septembre, au retour des congés », explique Michel Breuvart, du syndicat FSU à Pôle emploi. Il juge donc les renforts prévus plutôt à la hauteur, même s’il regrette qu’il ne s’agisse que de CDD. Car avec la hausse du chômage, il va falloir accompagner les nouveaux inscrits, faire le point sur leurs besoins, et les orienter vers des formations. Depuis le début de l’été, la Dares (l’institut statistique du ministère du Travail) enregistre quasiment chaque semaine 40 % d’inscriptions supplémentaires en formation par rapport à l’année passée.

Alors que Pôle emploi a développé ces dernières années les services aux entreprises, pour les aider à pallier leurs pénuries de personnels, dans un tel contexte, « il va falloir que l’offre de service se recentre sur l’aide à l’orientation, la formation, et l’accompagnement des mobilités professionnelles », estime David Vallaperta.

Une situation de sous-effectifs, selon les syndicats

Le renfort des nouvelles recrues est d’autant plus crucial qu' « on a un besoin pérenne et crucial de recrutements qui ne date pas d’aujourd’hui. Il n’y a pas les bras pour accueillir les demandeurs d’emploi, répondre à leurs questions », poursuit Sylvie Szeferowicz, déléguée syndicale centrale Force ouvrière. En chœur, les syndicats dénoncent une situation de sous-effectifs, qui se traduit par un nombre excessif de demandeurs d’emploi suivis par conseiller, malgré le développement des services en ligne. « Les portefeuilles des conseillers n’ont jamais diminué », affirme Michel Breuvart.

Ce constat d’une certaine pression, la Cour des comptes l'a aussi établi, dans un rapport publié en juillet dernier. Elle relève que l’augmentation des effectifs au sein de Pôle emploi, de 5,3 % entre 2012 et 2018, « est sans commune mesure avec celle des publics indemnisés et accompagnés », qui s’est accrue, elle, de 19 % sur la même période. De quoi faire douter les sages de la rue Cambon sur la capacité de Pôle emploi à accompagner autant que nécessaire les demandeurs d’emploi, notamment les plus en difficulté qui sont suivis dans le cadre de « l’accompagnement renforcé ». Une analyse que conteste Pôle emploi, mettant en avant ses efforts sur ce sujet depuis 2014.