Plans sociaux : Vers un scénario noir à partir de la rentrée

EMPLOI (SUPPRIME) Certains cabinets spécialisés dans les restructurations s’attendent à une poussée des plans sociaux à partir de l’automne

Catherine Abou El Khair

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A Alencon, un magasin de son multimedia television qui a cessé
son activité et a été mis en liquidation
A Alencon, un magasin de son multimedia television qui a cessé son activité et a été mis en liquidation — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Depuis le début de la pandémie de coronavirus, près de 50.000 licenciements économiques sont envisagés dans le cadre de plans sociaux. C’est déjà trois fois plus que l’an dernier.
  • Ces procédures collectives devraient se multiplier à la rentrée en cas de difficultés de trésorerie et de reprise économique trop poussive.
  • La diminution du chômage partiel classique et les échéances de remboursement des prêts garantis par l’Etat vont accroître la pression sur les entreprises.

C’est l’autre deuxième vague redoutée, une conséquence très concrète de la récession à l’œuvre à cause de la pandémie de coronavirus Les plans sociaux des entreprises devraient se multiplier prochainement, mettant des dizaines de milliers de salariés sur le carreau. Un mouvement qui a déjà commencé, avec des annonces de plans de licenciement dans des secteurs arrêtés net par la pandémie, comme l' automobile, l'aérien ou l'aéronautique. Certaines entreprises sont déjà à l’étape du dépôt de bilan, comme l’enseigne  Alinea chez qui le seul candidat à la reprise propose de licencier un millier de salariés.

A cause de la crise, les licenciements économiques s’envolent. Au total, depuis le 1er mars, « environ 49.000 ruptures de contrats de travail ont été envisagées dans le cadre de PSE [plans de sauvegarde de l’emploi] », soit trois fois plus qu’à la même période l’an dernier, note la Dares, l’institut statistique du ministère du Travail. A ce chiffre s’ajoutent les quelque 2.700 projets de « petits licenciements collectifs » prévus dans les entreprises de moins de 50 salariés et/ou portant sur moins de 10 personnes.

« Poussée » des PSE à partir de la rentrée

Si l’on observe une accalmie sur les plans sociaux envisagés par les entreprises sur les deux premières semaines du mois d’août, l’été a tout de même été agité. « Depuis la fin juin, on constate une accélération des procédures collectives, à cause d’une reprise économique moins vigoureuse », note Pierre Ferracci, président du groupe Alpha, un cabinet qui accompagne les élus du personnel.

Malgré les différentes mesures d’aide (chômage partiel, prêts garantis par l'Etat), lui s’attend à « une poussée très forte des PSE entre septembre et décembre ». « Le temps de négocier ces plans sociaux, les gros départs vont se voir à partir de novembre, décembre… », pronostique de son côté le cabinet LHH Altedia. Dans une interview accordée au groupe de presse Ebra, ce cabinet de conseil en restructurations confie travailler sur des plans sociaux de taille particulièrement élevée, « allant de 150 à plusieurs milliers de personnes ».

Des déclencheurs de plans sociaux

Jusqu’ici, les aides de l’Etat ont joué leur rôle. Et pour l’heure, les réductions d’effectifs sont majoritairement passées « par l’annulation ou le report d’embauches prévues » ainsi que par le non-renouvellement de CDD, note la Dares. Mais la chute du PIB - - 13,8 % au deuxième trimestre 2020 - est massive. Face à cette récession record, même les entreprises en bonne santé sont susceptibles de flancher, comme l’a récemment rappelé l'OFCE. D’où l’importance du plan de relance, très attendu, qui doit être annoncé le jeudi 3 septembre.

Dans un tel contexte, certaines échéances pourraient ainsi déclencher des plans sociaux. A partir d’octobre, le chômage partiel « classique » va coûter davantage aux employeurs, à moins qu’ils ne bénéficient de l' activité partielle de longue durée. L’autre étape à franchir aura lieu en avril 2021, quand il va falloir commencer à rembourser les prêts garantis par l’Etat.

Des ruptures conventionnelles

Au-delà des plans de sauvegarde de l’emploi, qui doivent répondre à un motif économique, les entreprises disposent d’autres outils pour réduire leurs effectifs, comme les plans de départs volontaires et les ruptures conventionnelles collectives. De son côté, la Dares note que les ruptures conventionnelles individuelles « sont en nette augmentation ».

« Dans les dossiers que l’on voit actuellement, les entreprises veulent sauvegarder leur compétitivité », détaille Eric Beaudouin, directeur général d’Oasys, un cabinet qui se charge notamment des reclassements de salariés et de cadres. Actuellement, ses missions de reclassement de salariés lui proviennent de divers secteurs : retail, transport, tourisme, sous-traitants de l’aéronautique, automobile…

Une transition sans doute longue

Qu’elles soient ou non proches du dépôt de bilan, les entreprises accélèrent leurs mutations, au détriment de l’emploi. « Dans le retail, il est très frappant de voir les entreprises qui sont obligées de fermer leurs boutiques, la clientèle s’étant habituée à l’achat en ligne. Hors crise, elles les auraient fermées plus tard, mais comme ces boutiques sont devenues des foyers de pertes, il y a une accélération de ce processus. La crise n’est pas un alibi, mais un déclencheur », note-t-il.

A la clé, des milliers de salariés qu’il va falloir reclasser. « Toutes les entreprises vont être concernées par les plans sociaux. Mais pour les salariés qui font de la mono production, ou ont une qualification très spécifique, le risque est de ne pas voir de perspective de réemploi tout de suite. Alors, la durée de transition sera longue », prévient Pierre Ferracci.