Vacances : Les Français attendent la dernière minute pour réserver, mais pas seulement à cause du coronavirus

TOURISME Le coronavirus pousse les Français à improviser

Romarik Le Dourneuf

— 

La région PACA reste la plus sollicitée par les touristes français cet été (Source : ADN Tourisme)
La région PACA reste la plus sollicitée par les touristes français cet été (Source : ADN Tourisme) — SYSPEO
  • Selon le site de réservations en ligne Weekendesk, plus de 40 % des séjours sont réservés moins de six jours à l’avance cet été. 20 % sont même commandés seulement 48 heures en amont.
  • La crise du coronavirus rend la situation imprévisible et pousse les Français à attendre le dernier moment pour réserver leurs vacances.
  • Mais cette tendance à la dernière minute apparaissait déjà depuis quelque temps avec l'avènement des réservations sur Internet, qui permet une plus grande liberté d’improvisation.

« Chéri, fais tes valises, on part en vacances ! » Dans le contexte de crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus, beaucoup de vacanciers attendent la dernière minute pour réserver et plier bagage. En effet, selon Weekendesk, le site de réservations de séjours en ligne, plus de 40 % des commandes sont effectuées, cet été, moins de six jours avant le départ. 20 % des réservations se font seulement 48 heures avant le début du séjour.

Le Coronavirus chamboule tout

Véronique Brizon, directrice générale d’ADN Tourisme, la fédération nationale des offices de tourisme, explique à quel point la crise liée au coronavirus a chamboulé les habitudes des Français : « Nous constatons une vague de réservations de dernière minute. Les vacanciers attendent d’abord de voir comment évolue la crise. » Cette professionnelle du tourisme avance aussi l’argument des congés pour expliquer ces décisions tardives : « Les employés ne savaient pas comment et quand poser leurs congés. Beaucoup étaient tenus par les impératifs de leurs employeurs dans cette situation instable. »

Si les Français traînent une réputation de procrastineurs, ils ne sont pas les seuls à attendre le dernier moment pour organiser leurs vacances cette année, selon Brigitte Hidalgo, directrice des opérations chez Weekendesk : « Avec le Covid-19, nous constatons cette tendance un peu partout en Europe. » En effet, avec la sortie progressive du confinement, difficile pour tout un chacun de savoir comment allaient se dessiner ses congés d’été.

Guy Raffour, fondateur du Cabinet Raffour Interactif, spécialisé dans le tourisme, ajoute d’autres raisons à ces réservations tardives : « Il y a en premier lieu la peur de se trouver confiné sur son lieu de vacances. Mais aussi celle de se retrouver confiné avant de partir. » En effet, malgré l’assurance par le gouvernement que tous les voyages et hébergements seraient remboursés ou échangés en cas de deuxième vague, les vacanciers se méfient et préfèrent attendre.

Ensuite, les vacanciers veulent s’assurer qu’eux ou un de leurs proches ne soient pas contaminés au moment de partir, poursuit cet expert. Ils regardent jusqu’au dernier moment s’il n’y a pas de foyer d’infection (les fameux «clusters ») sur leur lieu de destination. Enfin, ils recherchent de grands espaces, des zones où les touristes ne seront pas agglutinés.

Guy Raffour ajoute que l’absence de touristes étrangers laisse plus de place à l’improvisation : « Ça offre plus de possibilités, de disponibilités, et donc de temps pour choisir. » Il souligne un autre avantage à cette situation instable : la dispersion sur le territoire. « Les Français, bien aidés par les campagnes de promotion des régions, découvrent de nouvelles destinations dans leur propre pays. Des activités qu’ils ne connaissaient pas et auxquelles ils n’auraient peut-être pas pensé s’ils avaient réservé quelques semaines ou mois plus en amont. »

Une tendance déjà présente avant la crise

Mais aux dires des professionnels du tourisme, la réservation de dernière minute ne serait pas une conséquence directe de la crise. Guy Raffour l’explique : « C’est une tendance qu’on constate depuis quelque temps déjà. » Pour lui, la principale raison à cette nouvelle manière d’organiser ses congés : le e-tourisme. Selon le dernier baromètre du Cabinet Raffour Interactif, 84 % des vacances se préparaient sur Internet en 2019, c’est 5 points de plus qu’en 2018.

« En ligne, il est possible en quelques clics de rechercher des logements, de les comparer, de vérifier la météo, de rechercher des activités différentes pour toute la famille. Et même de les partager par email ou par WhatsApp aux proches si on part à plusieurs », explique Guy Raffour. Il ajoute que les vacanciers perdent l’habitude de « passer plus trois semaines au même endroit désormais ». Sur une telle période, ils visitent trois endroits différents, et sont beaucoup plus mobiles. Selon l’expert, les touristes sont plus en recherche d’expériences et d’activités.

Et si le temps, trop chaud ou trop pluvieux, n’est pas de la partie, on recherche un autre endroit en ligne et on y va. Les derniers chiffres de Weekendesk le prouvent : depuis le début août et l’annonce de températures caniculaires, les recherches pour des destinations de campagnes, comme la Champagne-Ardenne (+74 %) ou le Limousin (+111 %), ont explosé. Brigitte Hidalgo le résume : « Depuis le début de l’été, chaque annonce concrète s’en est ressentie directement dans les réservations. »