Paris : La situation du tourisme dans la capitale est « extrêmement inquiétante »

TOURISME Depuis le début de l’année, l’Ile-de-France a perdu 16 millions de visiteurs provoquant un manque à gagner de près de 7 milliards d’euros, selon le Comité Régional du Tourisme. Une situation en passe de s’empirer ?

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Le musée du Louvre, lors de sa réouverture, le 6 juillet dernier.
Le musée du Louvre, lors de sa réouverture, le 6 juillet dernier. — ISA HARSIN/SIPA
  • En 2019, la destination Paris Île-de-France avait accueilli 50,6 millions de touristes qui avaient généré près de 200 millions de nuitées et 22 milliards d’euros de recettes.
  • Face à la crise du coronavirus, l’année 2020 risque d’être bien en deçà.
  • Absence de la clientèle étrangère, d’affaires et manque de touristes français... « C’est la triple peine » pour Paris, commente Didier Arino, directeur général du cabinet Protourisme.

La « Ville Lumière » désertée ? Hôtels fermés, monuments historiques peu remplis et restaurants à la peine… Si le creux de l’été est habituellement marqué par une capitale vidée de ses habitants mais remplacés par les touristes, cette année, la carte postale parisienne pourrait ressembler davantage aux grandes heures du confinement qu’aux étés précédents. En cause :  la crise du coronavirus.

En 2019, la destination Paris Ile-de-France avait accueilli 50,6 millions de touristes qui avaient généré 196,4 millions de nuitées et 21,9 milliards d’euros de recettes, selon les chiffres du Comité Régional du Tourisme (CRT). Mais depuis le début de l’année, la région a perdu 16 millions de visiteurs. Soit un manque à gagner de 7 milliards d’euros pour la destination, note le CRT qui dévoilera très prochainement les chiffres du tourisme pour le mois de juillet. La situation pourrait même s’aggraver. Il y a quelques semaines, près de 9 professionnels sur 10 (87 %) envisageaient déjà une activité inférieure à un mois de juillet « normal » dont près des deux tiers (65 %) prévoyaient une baisse de plus de 50 % de leur chiffre d’affaires, selon les professionnels du tourisme. Alors, le secteur est-il en pleine déroute ? Didier Arino, directeur général du cabinet Protourisme a répondu aux questions de 20 Minutes.

On évoque depuis quelques jours un secteur du tourisme parisien en souffrance… Qu’en est-il alors que le mois de juillet s’est achevé et que nous entamons le mois d’août ?

La situation est extrêmement inquiétante. Il y a une baisse des nuitées de 70 % par rapport à juillet 2019, selon nos études. Un hôtel sur deux est fermé et nous sommes à 35 % de taux d’occupation avec la moitié de l’offre et quasiment tous les palaces sont fermés. En fait, c’est la triple peine. Paris dépend surtout des clientèles étrangères. Mais elles ne sont pas présentes – notamment les Américains et les Chinois – car les liaisons aériennes ne sont actuellement pas ou peu assurées. Mais Paris a aussi perdu sa clientèle d’affaires, qui n’était pas présente en juillet pour des habituels salons ou séminaires. Enfin, la capitale, qui bénéficiait d’un engouement pour le tourisme urbain a perdu cet attrait. Après plus de deux mois de confinement, les touristes étrangers et aussi les Français, n’ont pas envie d’aller dans les villes, synonymes de confinement et de risques de Covid-19. Ils privilégient donc les grands espaces. Pour preuve, les Français sont au rendez-vous dans les destinations balnéaires. A ce niveau-là, c’est même mieux que ce qu’on attendait.

L’hôtellerie est-il le seul secteur touristique impacté à Paris ?

Tous les sites touristiques sont impactés. Le Louvre, le château de Versailles, la Tour Eiffel enregistrent une fréquentation en baisse de 50 %. En réalité, tout est en baisse. Nous enregistrons également 50 % en moins pour les cafés, restaurants et brasseries. C’est tout un écosystème qui est impacté. Cette baisse va également se ressentir chez les taxis, les VTC, les transports, les bateaux-mouches, les organisateurs de spectacle. Et le monde de la culture en général.

Peut-on d’ores et déjà chiffrer la perte financière ?

Nous savons que ça va être très compliqué pour les restaurateurs. Dans l’hôtellerie, il y a des investisseurs qui peuvent absorber le choc. Mais quand c’est fermé, ce sont tous les emplois autour qui sont impactés. Ça gèle aussi les investissements prévus et donc la création d’emplois. Des établissements ont aussi arrêté des travaux de rénovation. Sans l’aide de l’Etat, je pense que ça aurait été une catastrophe en matière d’emploi.

Peut-on espérer un rattrapage en septembre ou dans les mois qui suivent ?

Les Américains ne vont pas débarquer du jour au lendemain. On n’a plus qu’à espérer que cette pandémie s’arrête et qu’on trouve un vaccin. Il y aura peut-être une petite reprise à la rentrée. Mais il y a encore du chemin pour arriver à l’équilibre qui est pour un hôtel aux alentours de 65 % de taux d’occupation. Actuellement, nous sommes à 35 %.