Avec 7,3 milliards d’euros de pertes au premier semestre, Renault peut-il encore s’en sortir ?

GROS SOUS La crise du coronavirus est bien sûr passée par là mais pas seulement

R. G.-V. avec AFP

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Une enseigne de Renault. (illustration)
Une enseigne de Renault. (illustration) — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Renault a dévoilé son pire résultat trimestriel de l’histoire avec plus de 7,3 milliards de pertes.
  • Le groupe industriel automobile paye une stratégie largement considérée comme déficiente depuis plusieurs années.
  • Mais une reprise n’est pas impossible dans un secteur qui connaît souvent de fortes variations.

7 milliards et 300 millions d’euros : rien que le chiffre laisse pantois. Il s’agit là, en euro, des pertes de Renault pour le premier semestre de l’année 2019. On sait le constructeur automobile français en difficulté, en grande difficulté même avec la crise sanitaire du coronavirus, on a désormais une idée plus précise du désastre. La direction de Renault l’avait anticipé : 15.000 emplois doivent être supprimés dans le monde, dont 4.600 en France. Mais que veulent dire ces chiffres ? 20 Minutes essaie d’y voir un peu plus clair.

Ça représente quoi ces 7,3 milliards d’euros de perte ?

Pour les béotiens et béotiennes, 7,3 milliards de pertes sèches, c’est beaucoup… mais pour les spécialistes aussi. « C’est le pire chiffre de l’histoire de Renault, en 2004, lors du précédent, ils n’avaient annoncé que 3 milliards de pertes », se souvient auprès de 20 Minutes un analyste du secteur automobile, sous couvert d’anonymat. Là-dedans, on trouve environ 5 milliards du côté Nissan et 2 milliards du côté Renault. Est-ce à dire que l’alliance avec le constructeur japonais plombe le tricolore ? C’est un peu simpliste : « Dans une alliance vous allez parfois mieux que votre partenaire, parfois moins bien, là le problème c’est que les deux partenaires vont mal », explique notre analyste.

« Nous touchons en ce moment le point bas d’une courbe négative qui a démarré il y a plusieurs années », a déclaré Luca de Meo, le nouveau patron de Renault, lors d’une conférence téléphonique, qui veut croire à une reprise, même douce. En tout cas, même si cela ne paraît pas absolument évident au premier abord, le plan du gouvernement pour doper la filière semble avoir porté ses fruits : on a déjà vu les immatriculations repartir à la hausse en juin. Sans ça, ça aurait pu être encore pire, estime notre spécialiste.

Au-delà du coronavirus, une stratégie critiquée depuis longtemps

Renault est dans la tourmente au moins depuis l’arrestation de son ancien PDG, Carlos Ghosn, au Japon, fin 2018. L’errance stratégique du groupe automobile se paye très cher, la crise sanitaire a un effet démultiplicateur. La direction ne le nie pas. C’est aussi ce que pointe la CGT, après la publication des résultats semestriels. Si « la situation liée au Covid-19 a impacté les productions », les mauvais résultats semestriels sont la « conséquence de la stratégie financière développée par les dirigeants, au détriment de la stratégie industrielle », estime le syndicat dans un communiqué.

« La stratégie du profit au détriment des volumes est suicidaire pour notre groupe. À chaque sortie de véhicules, les prix sont augmentés », critique la CGT. « Les véhicules vendus en France n’y sont plus fabriqués, alors que l’urgence des problématiques environnementales devrait nous inciter à produire là où l’on vend », ajoute le syndicat. La CGT critique donc le plan d’économie de 2 milliards d’euros annoncé il y a déjà plusieurs semaines par la direction. 15.000 postes doivent être supprimés, dont 4.600 en France.

Quelles perspectives ?

A court terme, on a du mal à croire à une reprise. « On s’attend à une baisse des ventes de 10 à 15 % sur les six derniers mois de l’année », indique le consultant automobile. Pas de quoi se redresser immédiatement. Mais avec 7,3 milliards d’euros dans la vue n’est-ce pas la pérennité de l’entreprise qui est en jeu ? Pas forcément, car le secteur de l’industrie automobile se distingue par de très fortes variations : « Dans cette industrie, quand ça cogne, ça cogne très fort. Mais il y a une forte capacité de rebond. Vous auriez pu me poser la même question en 2014 sur PSA, et puis Carlos Tavarès est arrivé et a fait les réformes nécessaires », ajoute-t-il.

Et effectivement, PSA n’a pas du tout la même mine en ce premier semestre. Malgré la crise sanitaire, Peugeot Citroën est bénéficiaire au premier semestre avec plus de 500 millions d’euros engrangés. Luca de Meo a reconnu que la stratégie de Carlos Tavares, qui a repris PSA au bord de la faillite et l’a spectaculairement redressé à partir de 2014, était une « source d’inspiration ». Comme son concurrent, Renault souhaite désormais se concentrer « sur les segments de marchés rentables et en croissance ».