Que peut-on attendre de l’aide pour l’embauche des jeunes annoncée par l’exécutif ?

COUP DE POUCE Le gouvernement a annoncé une aide de 4.000 euros par an aux entreprises pour l’embauche d’un jeune de moins de 25 ans et dans la limite de 1,6 Smic.

Catherine Abou El Khair

— 

Le gouvernement veut rendre l'emploi de moins de 25 ans plus attractif afin d'éviter que la jeunesse ne paie le prix de la crise (illustration)
Le gouvernement veut rendre l'emploi de moins de 25 ans plus attractif afin d'éviter que la jeunesse ne paie le prix de la crise (illustration) — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Pour endiguer la hausse anticipée du chômage des jeunes, l’exécutif a annoncé un coup de pouce de 4.000 euros pour les entreprises qui embauchent un jeune de moins de 25 ans. Un dispositif qui s’appliquera « dès juillet », a détaillé le ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire ce jeudi.
  • Ce type de mesures n’est pas inconnu des pouvoirs publics. Depuis plus de vingt ans, les gouvernements successifs ont régulièrement eu recours à des réductions de cotisations afin de soutenir l’emploi.
  • Si les économistes reconnaissent l’intérêt, en période de crise, de mettre en place de tels coups de pouce sur l’emploi des jeunes, ils mettent en garde sur l’ampleur de leur impact, qui peut décevoir. D’autant que des controverses existent encore sur ces sujets.

Eviter la « génération sacrifiée ». Particulièrement préoccupé par les conséquences à venir de la crise sur l’emploi des jeunes, le nouveau gouvernement a dégainé une nouvelle mesure pour maintenir leurs chances d’insertion sur le marché du travail.

Après des aides à l'apprentissage annoncées en juin, place à un autre coup de pouce financier : en cas d’embauche d’un jeune de moins de 25 ans, les employeurs bénéficieront d’un « dispositif exceptionnel de réduction du coût du travail », à hauteur de 4.000 euros par an et pour une durée d’au moins un an, a précisé mercredi le nouveau chef du gouvernement, Jean Castex, à l’occasion de sa déclaration de politique générale.

Une recette connue

Le sujet sera évoqué ce vendredi par le Premier ministre avec les partenaires sociaux, pour affiner son « plan pour la jeunesse ». « C’est un dispositif très généreux mais qui, je l’espère, sera très efficace », a renchéri ce jeudi sur France Inter le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, annonçant son application « dès juillet ». Ses raisons d’espérer, il les tire des expériences passées. « Ristourne Juppé » de 1995, « réduction Fillon » de 2002, CICE sous Hollande, transformée en baisse de charges pérennes sous le quinquennat Macron… Depuis vingt ans, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse d’alléger le coût du travail de manière générale, avec à la clé, des créations d’emplois.

Dans un rapport publié en janvier 2019, le Conseil d'analyse économique recommandait ainsi, pour créer de l’emploi, de « privilégier des exonérations ciblées sur les bas salaires et d’éliminer toutes les charges au niveau du Smic ». De ce point de vue, les aides prévues par le gouvernement, réservées à l’embauche de jeunes dans la limite de 1,6 Smic (soit 2.433 euros brut mensuels), entrent bien dans cette catégorie. « On a un ensemble de travaux qui montrent qu’il y a une sensibilité de l’emploi des jeunes au coût du travail. Des mesures de réduction peuvent avoir un supplément d’effet. Les mesures dites "jeunes" viennent compenser leur déficit d’expérience », explique à 20 Minutes Yannick L’Horty, professeur à l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée et coauteur du rapport.

Pas de mal… mais pas de miracle

Dans un contexte de crise économique, cette mesure ne peut pas faire de mal. « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, mais en période de récession, ce type d’incitation peut aider les entreprises à franchir le cap », confiait récemment au mensuel Alternatives économiques l’économiste de l’OFCE Eric Heyer. Selon lui, une mesure ciblée sur l’embauche en CDI pour les jeunes qualifiés, et sur tous types de contrats pour des jeunes moins qualifiés, présente de l’intérêt, mais à condition de compléter cette politique par « un catalogue de dispositifs » dont les emplois aidés.

Pour autant, ces politiques visant à baisser les cotisations ne font pas non plus des miracles. « On est aussi dans un contexte où on a déjà tellement utilisé les exonérations de charges qu’elles risquent de produire moins d’effets », estime Yannick L’Horty. La mesure du gouvernement va certainement « amortir et limiter la hausse prévisible du chômage des jeunes. Mais la question est de savoir si ce supplément suffira à changer les comportements des employeurs, qui ont aussi des problèmes de débouchés économiques ». En 2017, France Stratégie estimait à 17 % seulement la proportion de 18-24 ans dont l’emploi ne donnait lieu à aucune exonération de cotisations.

Le sujet reste débattu parmi les économistes. Une étude de la Dares datant de 2017 concluait ainsi que le dispositif « zéro charges », mis en place pour les très petites entreprises en 2008 pour soutenir les embauches de salariés peu qualifiés, « aurait eu peu d’effet sur le nombre d’embauches ». Une note publiée en 2014 par l'Institut Montaigne décrivait, à l’inverse, des effets significatifs sur l’emploi.

Des inconnues

S’appuyant sur l’exemple suédois – où en 2007 puis 2009, les cotisations sociales pour l’emploi de jeunes ont été réduites –, un rapport de France Stratégie invite aussi à la prudence. Des études concluent dans ce cas à des « effets positifs mais faibles sur l’emploi des jeunes », leurs auteurs avançant l’hypothèse d’un coût du travail « probablement encore trop élevés (…) pour les jeunes les moins diplômés et les moins expérimentés ». De quoi donner de l’eau au moulin des promoteurs d’un Smic jeunes, idée parfois soutenue à droite de l’échiquier politique.

Revenant au cas français, les auteurs du rapport reconnaissent finalement savoir « peu de choses sur la nature des emplois créés ou sauvegardés par sexe, âge, diplôme, catégorie socioprofessionnelle, [ou] expérience ».

Des effets d’aubaine

Un autre bémol de ces politiques se trouve du côté de leurs potentiels effets pervers. Le premier est l’effet d’aubaine, qui désigne ces entreprises qui auraient de toute façon embauché même en l’absence d’aides.

Sur ce sujet, le dispositif de « contrat jeunes » (2002-2007) qui subventionnait l’emploi de jeunes prévoyait une prime mensuelle pendant trois ans, a été pointé du doigt par la Cour des comptes. « Dans près de 50 % des cas, l’aide [était] versée à des employeurs qui, sans elle, auraient pris les mêmes décisions d’embauche ; ainsi, 54 % des bénéficiaires étaient déjà salariés avant l’embauche et 31 % travaillaient chez le même employeur », soulignait-elle alors.

Avec l’aide gouvernementale, ce risque n’a pas disparu. « Si la mesure est automatique, il y a un risque d’effet d’aubaine. On risque d’arroser, y compris dans les endroits où il n’y a pas le feu », reconnaît Yannick L’Horty. Mais en étant de cette nature, elle peut aussi régler les problèmes de non-recours aux aides, qui posent souvent problème, comme dans le cas des emplois francs (des subventions à l’embauche de jeunes dans les quartiers prioritaires).

Compliqué pour les plus de 25 ans ?

Les « effets de seuil » sont l’autre conséquence possible des exonérations de cotisations. « En fixant une limite à 1,6 Smic, cela peut compliquer les embauches de jeunes au-delà [de ce niveau de rémunération] ou pénaliser les salaires », poursuit l’économiste. Quant à la limite d’âge, « elle peut compliquer les choses pour les jeunes de 25 à 30 ans, même si ces catégories, qui ont déjà une expérience professionnelle, sont un peu plus protégées face à la situation de la dégradation de l’emploi ». Mais là encore, le spécialiste invite à ne pas surestimer ce risque : « l’état de l’art n’indique pas qu’il soit avéré ». Pas de quoi donc, selon lui, invalider l’idée du gouvernement.