Déconfinement : L’économie française se relance mieux que celles de ses voisins, selon le baromètre du BCG

CRISE ECONOMIQUE Touchée, mais pas coulée, selon le baromètre de Boston consulting group

Romarik Le Dourneuf

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Le secteur automobile est à la peine partout dans le monde
Le secteur automobile est à la peine partout dans le monde — Sarah ALCALAY
  • En se basant sur plus de 10.000 sources de données, le Boston consulting group a créé un indice permettant de connaître les tendances économiques en cette période de crise.
  • De manière générale, toutes les économies du monde ont réagi de la même manière à la crise sanitaire.
  • Mais selon Sylvain Duranton, directeur monde de BCG Gamma, la relance économique en France est plus forte que chez nos voisins européens.

« Une crise comme aucune autre… » Selon les prévisions du Fonds monétaire international publiées mercredi, le produit intérieur brut (PIB) mondial connaîtra une baisse de 4,9 % en 2020. Mais avec le déconfinement, l’économie se relance doucement et tous les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne.

Pour s’en rendre compte, le cabinet Boston Consulting Group (BCG) publie, ce vendredi, son premier « Baromètre de la reprise »*, qui établit les tendances économiques du moment. En se basant sur un indice 100, qui représente la situation économique au mois de janvier 2020, il est possible de comparer les évolutions et de définir les dynamiques secteur par secteur, ou pays par pays.

Le transport et la logistique ont souffert

« Même les institutions financières ont été touchées », commente Sylvain Duranton, directeur Monde de BCG Gamma. Si un secteur a été heurté de plein fouet par la crise, c’est le transport-logistique. Le confinement, appliqué dans de nombreux pays, a limité les échanges intra – et internationaux, qui se sont effondrés de manière spectaculaire. C’est notamment en Europe que la perte a été la plus lourde (– 25 points par rapport à la base 100) pour ce secteur. Evidemment, les pays les plus touchés par le virus (la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni) sont ceux qui ont « contribué » à cette chute. Mais mondialisation oblige, le transport n’a pas non plus été épargné dans le reste du monde, puisque l’activité a baissé de 20 points en moyenne sur cette période.

L’automobile, qui sort des priorités d’achat de consommateurs en période de crise, a vu ses chiffres baisser, en moyenne, de 10 points dans le monde entre janvier et juin, entraînés par la baisse des marchés européen (- 20 points) et brésilien (- 25 points).

De la même manière, le secteur du commerce de détail paie la fermeture des commerces dits « non-essentiels » dans les pays confinés (- 20 points).

A l’inverse, et conséquence logique d’une crise comme celle du Covid-19, le secteur de la santé connaît un gain de 5 points en moyenne dans le monde, et cela devrait se confirmer au regard de la situation aux Etats-Unis et au Brésil, deux géants devenus les épicentres de l’épidémie. L’augmentation de 10 points en Europe du secteur de la santé est portée en partie par la France (+12 points).

La France pas épargnée…

D’ailleurs, dans l’Hexagone, la courbe des différents secteurs épouse les étapes de la crise. Du 15 janvier au début du mois de mars, les secteurs étaient stables avant de sombrer à l’annonce du confinement. Le transport et la logistique sont les plus grosses victimes, avec une descente allant jusqu’à 50 points (toujours par rapport à la base 100) au début du mois de mai. Le secteur peine toujours à se relancer, avec un score de seulement 60 points à l’indice le 15 juin. Le transport, qui dépend particulièrement de la bonne santé de l’économie, devra attendre encore pour retrouver sa forme du début d’année. Même constat pour l’automobile, à l’image de Renault, qui a connu les profondeurs avant de doucement remonter à un indice de 81.

L’aéronautique et la défense ont subi d’importantes pertes et stagnent toujours à un indice de 79. Les difficultés du groupe Airbus en sont un symbole.

D’autres secteurs sauvent les meubles avec seulement quelques points d’indice perdus, comme les institutions financières (95 points), l’énergie et la technologie et les télécommunications (90 points chacune).

…Mais championne européenne de la (timide) relance

Au regard de ces indices, il est possible de comparer les chiffres français à ceux de nos voisins européens, qui ont été touchés approximativement à la même période. Pour cela, la BCG a établi sur les mêmes bases deux indices particuliers. Le premier concerne les entreprises. On constate alors qu’entre le mois de janvier et la mi-avril, ce sont les entreprises françaises qui ont été le plus impactées par la crise, avec 22 points perdus en moyenne contre 19 pour les entreprises au Royaume-Uni et 18 pour les Allemandes et les Italiennes. Toutefois, c’est aussi en France que la relance a été la plus forte, avec 6 points regagnés depuis la mi-avril, comme au Royaume-Uni. C’est plus que l’Allemagne (4 points) et que l’Italie (3 points). Pour résumer, si les entreprises françaises sont celles qui ont le plus perdu parmi les 4 grandes économies européennes, ce sont aussi celles qui repartent le mieux.

C’est d’ailleurs la même tendance qu’on retrouve dans le second indice proposé par l’étude de BCG, celui des consommateurs. Il établit que les consommateurs français ont perdu 54 points d’indice entre le début d’année et le 15 avril. C’est sensiblement le même chiffre que les Italiens (56) mais nettement plus que les Anglais (45) et surtout les Allemands (30).

Mais comme leurs entreprises, la consommation des individus connaît un regain de 41 points. Ainsi les Français, qui ont perdu « seulement » 13 points d’indice depuis janvier, s’en sortent mieux que leurs voisins, à l’exception des Allemands (8 points). Sylvain Duranton incite d’ailleurs à « souffler sur les braises de la reprise française ».

La gestion politique de la crise sanitaire influence les dynamiques économiques

Si l’Europe a été la plus touchée économiquement pour le moment, la crise n’a épargné personne. « C’est intéressant de voir comme les politiques appliquées influencent les dynamiques », explique Sylvain Duranton. A l’origine de la pandémie, la Chine a été touchée dès le début de l’année et de manière très violente, notamment sur le transport et l’automobile, qui sont à la base de son économie. Aujourd’hui, presque tous les chiffres sont revenus à leur indice nominal : « Pour un pays avec une telle croissance, c’est une perte, mais c’est un rétablissement très rapide », analyse Sylvain Duranton.

A contrario, le voisin japonais a profité de sa gestion très prudente avec un semi-confinement, et a vu son économie s’affaisser doucement avant de se stabiliser. De leur côté, les Etats-Unis et le Brésil sont actuellement sur une pente descendante, et il faudra attendre quelque temps avant de voir une réelle reprise.

* Le Baromètre est établit à partir de 10.000 sources de données, telles que la croissance des Etats, l’évolution de l’emploi, les valeurs boursières mais aussi le taux de retrait au distributeur des consommateurs.