Lannion : « C’est un arrêt de mort »… Les salariés de Nokia dans l’incompréhension

PLAN SOCIAL Le groupe télécom a annoncé 402 suppressions de postes dans les Côtes d'Armor et plus de 800 en Essonne

C.A. avec AFP

— 

Le site Nokia de Lannion, où 402 suppressions de postes sont annoncées.
Le site Nokia de Lannion, où 402 suppressions de postes sont annoncées. — Damien Meyer / AFP

« C’est un arrêt de mort ». A Lannion, les salariés de Nokia sont sous le choc. Lundi, leur employeur a annoncé la suppression d'un tiers des effectifs d'Alcatel-Lucent, soit 1.233 postes en France, dont 402 sur le site costarmoricain, racheté en 2016. D’autres évoquent « un coup de massue ». Chez les 250 salariés présents devant l’entreprise ce mardi comme chez les élus locaux, le sentiment de trahison est palpable.

« On n’était pas au courant. La semaine dernière, j’ai encore demandé à quatre membres de mon équipe de travailler le samedi pour avancer le projet en cours », explique Jean-René, 56 ans, salarié depuis près de 30 ans. « J’ai échappé aux trois précédents PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) depuis 2016, mais là, je pense que je vais y avoir droit ». Pour beaucoup, cette annonce a fait l’effet d’une douche froide. « Pendant le confinement, on recevait plein de messages positifs de la direction sur de nouveaux contrats qui tombaient, la qualité de notre travail… Le tout avec beaucoup de bienveillance. Là, la bienveillance, on l’a oubliée », ironise Sylvain qui, sans être visé par le nouveau plan, a le sentiment d’être en sursis. « On a encore besoin de nous, mais jusqu’à quand ? ».

Déjà trois plans sociaux en quatre ans

Depuis le rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia en 2016, les trois PSE ont visé des «fonctions support», ces activités annexes nécessaires au bon fonctionnement d’une entreprise, mais pas le cœur de métier. Cette fois, la Recherche et Développement (R et D) est touchée de plein fouet : « 95 % des 402 » suppressions d’emplois annoncées, précise Bernard Trémulot, délégué central CFDT. « Jusqu’ici, on supprimait des fonctions support, mais en même temps, on embauchait des ingénieurs, ce qui fait que les effectifs restaient stables ». Les postes supprimés à Lannion seront délocalisés à l’étranger, selon le syndicaliste. « C’est un arrêt de mort. Le sentiment qu’on a, c’est de la trahison. Nokia est en train d’abandonner la France et le site de Lannion ».

L’avenir du territoire, spécialisé depuis des décennies dans la téléphonie, c’est bien ce qui inquiète les élus : « 400 emplois perdus, c’est 10 % de l’emploi industriel sur Lannion », rappelle Joël Le Jeune, président de Lannion Trégor Communauté (LTC). « Moi, j’en ai marre à chaque PSE de démarrer une nouvelle cellule de reclassement (…) Nous, on croit en ce site. Les entreprises savent qu’on peut compter sur nous, on l’a démontré. Quand Nokia a construit trois nouveaux bâtiments (en 2018), on y croyait ! »