Coronavirus : L’étonnante histoire du « pont aérien » de masques entre Nantes et la Chine

CORONAVIRUS La société Prolaser et la compagnie Air Caraïbes viennent d’acheminer 50 millions de masques depuis la Chine. Aucune des deux n'était prédestinée à cette mission

Frédéric Brenon

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Jean-Marc Aubineau, PDG de Prolaser, Jean-Paul Dubreuil, actionnaire d'Air Caraïbes, et Bruno Retailleau, sénateur de Vendée.
Jean-Marc Aubineau, PDG de Prolaser, Jean-Paul Dubreuil, actionnaire d'Air Caraïbes, et Bruno Retailleau, sénateur de Vendée. — Air Caraïbes
  • Quinze allers-retours entre Nantes et Shangaï ont été effectués avec, à bord, 3,5 millions de masques.
  • Derrière cette opération se cache la société vendéenne Prolaser, spécialisée dans les cartouches d'encre recyclables.
  • Air Caraïbes a assuré les vols avec un gros avion de ligne.

Il ne passait pas inaperçu compte tenu de son gabarit. Il était, du reste, l’un des seuls avions de ligne à traverser le ciel nantais. Un imposant Airbus A350-1000 appartenant à la compagnie Air Caraïbes a multiplié les allers-retours entre Nantes-Atlantique et Shangaï (Chine) ces dernières semaines. Pas de passagers à bord mais une marchandise précieuse : des masques (chirurgicaux ou KN95) en grande quantité. Pas moins de 3,5 millions sur chaque vol, chargés en soute et en cabine !

Entamé à la mi-mai, cet étonnant « pont aérien », mené par six pilotes volontaires, vient tout juste de s’achever. Quinze rotations ont été effectuées pour un total de 50 millions de masques acheminés. « On était la seule compagnie aérienne française non régulière à avoir obtenu l’autorisation de voler depuis la Chine. Il a fallu convaincre les autorités. C’était un véritable défi », se félicite Mathieu Munos, directeur d’Air Caraïbes, qui n’avait jamais effectué une telle opération.

« On avait neuf chances sur dix de se casser la figure »

Derrière cette performance se cache la société Prolaser, une société vendéenne que rien ne prédestinait à cette histoire puisqu’elle est spécialisée dans… le recyclage de cartouches d’encre. « On importe beaucoup de produits en Chine et nous étions donc sensibilisés au coronavirus avant qu’il arrive en France, raconte Jean-Marc Aubineau, PDG de Prolaser. Nos équipes sur place nous ont conseillé d’être prudents et de commander, grâce à son réseau, des masques pour nos 180 salariés. A ce moment-là on s’est rendu compte que les masques manquaient partout en France, que l’Etat et les collectivités n’en trouvaient pas. On a donc proposé nos services, par l’intermédiaire de Bruno Retailleau [sénateur LR]. »

Déchargement d'un stock de masques depuis l'aéroport Nantes-Atlantique.
Déchargement d'un stock de masques depuis l'aéroport Nantes-Atlantique. - Prolaser

Voilà comment Prolaser est devenue en quelques jours l’un des dix fournisseurs agréés par l’Etat français. Et s’est retrouvée à gérer une commande totale d’environ 200 millions de masques, destinés aux hôpitaux, aux Ehpad et aux collectivités. « On avait neuf chances sur dix de se casser la figure, considère Jean-Marc Aubineau. On a dû surmonter des problèmes d’autorisation, des problèmes de disponibilité puisque les usines de masques étaient prises d’assaut, des problèmes de fret puisque tous les avions-cargo étaient réservés… »

« On a désormais une expérience à faire valoir »

La collaboration avec Air Caraïbes est née à cette occasion. « Le 1er avril, quand l’aéroport d’Orly a été fermé, nos avions se sont retrouvés cloués au sol sans activité. On s’est intéressé aux opérations qui pouvaient être utiles. Nos actionnaires [le groupe Dubreuil, basé en Vendée] se sont alors rapprochés de Prolaser », explique Mathieu Munos, le directeur de la compagnie. « C’est aussi le résultat d’une alliance vendéenne », sourit Jean-Marc Aubineau.

Outre la « grande fierté » d’avoir « pu aider » à un moment de crise, les deux sociétés ont aussi perçu de nouvelles recettes financières avec cette activité imprévue. « Les marges sur ces produits sont extrêmement faibles », relativise le PDG de Prolaser. « C’était une demande très ponctuelle, analyse le patron d’Air Caraïbes. Y aura-t-il dans les années à venir à nouveau un besoin de ce type ? Je n’en sais rien mais, si c’est le cas, on sera là pour y répondre. »

Du côté de Prolaser, la mission n’est pas totalement terminée puisqu’il reste un nombre important de masques dans l’entrepôt de La Boissière-des-Landes, près de La Roche-sur-Yon. Une « business unit » santé va même être créée afin de pouvoir répondre aux sollicitations futures. « On a désormais une expérience à faire valoir, justifie Jean-Marc Aubineau. C’est une diversification forcément bienvenue pour le maintien d’emplois. » Une dizaine de personnes y travaillent depuis fin mars.