Déconfinement à Saint-Tropez : « Je n’ai pas d’avenir », le patron du VIP Room Jean Roch crie à « l’assassinat des clubs »

INTERVIEW Propriétaire du « VIP Room », discothèque emblématique de Saint-Tropez qui ne pourra pas ouvrir ses portes cet été, Jean Roch confie à 20 Minutes sa colère et sa crainte pour l'avenir du monde de la nuit 

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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Jean Roch est le propriétaire d'un club emblématique de Saint-Tropez, le VIP Room
Jean Roch est le propriétaire d'un club emblématique de Saint-Tropez, le VIP Room — GHNASSIA ANTHONY/SIPA
  • La France n’autorise la réouverture de ses boîtes de nuit qu’au mois de septembre prochain, pour éviter tout risque sanitaire.
  • Un véritable « choc » pour Jean Roch, propriétaire de l’emblématique VIP Room à Saint-Tropez, qui dénonce la mise à mort de toute une profession.

La nouvelle est tombée dans la nuit de vendredi à samedi. La France n’autorise la réouverture de ses boîtes de nuit qu’au mois de septembre prochain, pour éviter tout risque sanitaire. Sur la Côte d’Azur, les portes des discothèques, qui attirent des milliers de touristes chaque année, resteront closes durant toute la saison estivale. Un véritable cataclysme pour Jean Roch, figure de la nuit tropézienne et propriétaire de l’emblématique VIP Room. Quelques jours après avoir annoncé la fermeture de son club parisien, il confie à 20 Minutes ses craintes et ses doutes sur son avenir et celle de sa profession.

Comment avez-vous réagi en apprenant que les clubs ne pourraient ouvrir en France qu’en septembre ?

Ça a été plus qu’une surprise. C’est un choc. Nous sommes face à une mise à mort. Le gouvernement procède à l’assassinat des clubs, à l’assassinat inexplicable de toute une profession. On nous explique que les restaurants ont ouvert. Les salles de sport ont rouvert. Les cinémas vont rouvrir. Mais les clubs ne rouvrent pas. J’ai entendu que le gouvernement craignait une épidémie car, dans les clubs, on doit parler fort et près de l’oreille. Mais depuis quand attrape-t-on le coronavirus par les oreilles ? De quoi on parle, sérieusement ?

C’est plutôt par crainte des postillons, non ?

Mais quelle différence avec un café ou un restaurant ? Nous étions prêts à accueillir nos clients, en respectant un protocole sanitaire. Dans un club, il y a des professionnels pour encadrer tout ça. Et les gens ne vont pas se priver de faire la fête ! Sur la Côte d’Azur, où ces gens vont-ils sortir ? Ils vont aller sur les plages, dans les restaurants, dans les villas pour des soirées privées. Et c’est là que la propagation peut avoir lieu ! Il n’y a aucun encadrement dans les fêtes privées, aucun responsable ! Et rien ne remplace un club !

Comptez-vous ouvrir le VIP Room au mois de septembre ?

Mais à quoi bon ? Pour quoi faire ? En septembre, à Saint-Tropez, la saison est finie ! C’est comme ouvrir une station de ski au mois de mai ! Ça n’a aucun intérêt. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il faut être sérieux. Ça va trop loin. Le gouvernement fait n’importe quoi. Moi, je me demande sincèrement ce que je vais dire à mes 70 à 80 employés qui travaillent chaque année en saison au VIP Room depuis vingt ans. C’est 70 à 80 familles derrière. Un commerce ouvert toute l’année peut affronter des mois difficiles. Mais les clubs saisonniers ne peuvent pas affronter une non-saison. Aucune entreprise ne peut survivre à un tel crash.

Craignez-vous devoir fermer ?

Le VIP Room, c’est mon business principal. Et je n’ai pas de solution. Je n’ai pas d’avenir. Quand il va falloir payer les loyers, tout ça, je vais faire comment ? C’est toute une profession qu’on veut rayer de la carte. Comment vont faire les clubs saisonniers ? En prenant une telle décision, on privilégie les clubs de ville et des clubs saisonniers vont définitivement fermer ! L’Italie, qui a été le plus grand foyer de contamination en Europe, a rouvert ses clubs depuis trois jours. A Mykonos, tout a rouvert. En France, non. C’est hallucinant, inexplicable, irrationnel. C’est aussi un vrai problème pour l’économie locale. Quand vous choisissez vos vacances, entre un endroit où tout est ouvert, et un endroit où les clubs qui vous ressemblent sont fermés, que choisissez-vous ? Il faut absolument que le gouvernement revienne sur cette décision !