Coronavirus : Premier sommet virtuel européen au sujet du plan de relance de la Commission

GROS SOUS Il s’agit toujours convaincre les « pays frugaux » de mettre au pot commun pour aider les pays les plus touchés par la crise

20 Minutes avec AFP

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. — Francisco Seco/AP/SIPA

« Pas de temps à perdre » : les chefs de l’Union européenne ont appelé vendredi les leaders des 27 Etats membres à se rassembler pour trouver rapidement un accord sur un plan de relance massif post-coronavirus, afin de sortir le Vieux Continent d’une récession historique. Un accord sur ce plan de 750 milliards d’euros marquerait une étape historique dans la construction européenne. Car cette somme sera pour la première fois empruntée au nom de l’UE sur les marchés financiers, créant ce qui constituait jusque-là un tabou : une dette commune européenne.

« Il est de notre responsabilité collective d’aboutir », a tweeté le président du Conseil européen, Charles Michel, juste avant le début du sommet par vidéoconférence qui donne le coup d’envoi de tractations difficiles et complexes. « Aujourd’hui nous faisons un pas en avant décisif pour sortir de la crise. Nous devons nous rassembler, nous n’avons pas de temps à perdre », a renchéri Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, dont la proposition sert de base de discussions aux Etats membres.

Un tour de chauffe

Ce sommet virtuel doit avant tout permettre à chaque dirigeant de dévoiler ses objectifs et ses marges de négociation, sur cette relance destinée à soutenir une économie européenne sinistrée. Un autre sommet, voire deux, seront nécessaires pour aboutir à un accord, souhaité au plus tard fin juillet. « Ce sera un tour de chauffe, indispensable pour prendre la température », explique l’Elysée. En particulier celle des Pays-Bas​, de l’Autriche, de la Suède et du Danemark, les quatre « frugaux », très réservés à l’égard de ce plan, qui bénéficiera avant tout aux pays du Sud.

La discussion portera sur la proposition de la Commission d’un « instrument de relance » de 750 milliards d’euros, largement inspiré de l’initiative d’Angela Merkel et du président français Emmanuel Macron – une alliance de poids dans le débat. Ce fonds complète une proposition révisée de budget de l’UE pour la période 2021-2027, de 1.100 milliards d’euros, sur laquelle les Etats membres doivent aussi s’entendre. Sur la somme de 750 milliards, 500 milliards seraient redistribués dans le cadre du budget de l’UE sous forme de subventions aux pays les plus touchés par le coronavirus, comme l’Espagne et l’Italie, et 250 milliards d’euros sous forme de prêts.

Nombreuses divergences

Les 27 devront surmonter d’importantes et nombreuses divergences, qu’il s’agisse du montant du plan, de sa durée, de l’équilibre entre prêts et subventions, des critères de répartition des aides, ainsi que de la délicate question d’une « conditionnalité », c’est-à-dire la contrepartie (par exemple des réformes) réclamée à un Etat en échange de ces fonds. Partisans d’une plus grande rigueur financière, les quatre « frugaux » réclament un niveau de dépense beaucoup moins élevé que les 750 milliards annoncés.

Et ils optent pour des prêts, que chaque Etat devra donc rembourser, plutôt que des subventions, dont les modalités de remboursement ne sont pas définies dans la proposition de la Commission. Dans une lettre aux 27, les chefs de file de cinq des sept groupes au Parlement européen (PPE, S & D, Renew Europe, Verts/ALE et GUE/NGL) ont averti que les 500 milliards de subventions proposés étaient « le strict minimum » et que les eurodéputés ne donneraient leur aval au budget que si de nouvelles ressources étaient créées.

La Commission évoque plusieurs possibilités pour le financement de ces 500 milliards, sans alourdir les contributions nationales des Etats : élargissement des recettes collectées sur le marché du carbone européen, taxe carbone aux frontières, impôt sur l’activité des grandes entreprises ou encore un impôt sur les entreprises numériques. Mais là encore, un compromis va devoir être trouvé entre les Etats membres.